Catégorie : Caffè lungo

Des longs formats d’analyse sur la culture coréenne pour en découvrir toujours davantage sur le Pays du matin calme, à siroter en prenant son temps

  • CAFFÈ LUNGO : Forum Citoyen de KCRC France, la Jeunesse et la Paix.  

    CAFFÈ LUNGO : Forum Citoyen de KCRC France, la Jeunesse et la Paix.  

    Le 29 novembre 2025 a eu lieu, dans les locaux de Sciences Po, le Forum Citoyen annuel organisé par la branche française de l’ONG KCRC (Korean Council for Reconciliation and Cooperation). Soucieux de s’interroger sur la notion de paix, c’est cette année autour de la jeunesse que les questions sont portées. La séance s’est donc déroulée à travers le prisme suivant : “La Jeunesse et la Paix : construire et défendre la paix dans un monde en mutation”.

    Qu’est ce que KCRC France ?

    KCRC France est la branche française de l’ONG coréenne KCRC (Korean Council for Reconciliation and Cooperation), créée en 1998 en Corée du Sud. Présidée aujourd’hui par Hoon Moreau, elle a été officiellement lancée en France en 2021, sous la forme d’une association « loi 1901 ». Son objectif  principal est de promouvoir la paix, la réconciliation et la coopération dans la péninsule coréenne, via le dialogue civil, les échanges culturels/intellectuels, l’éducation et la sensibilisation du public en France et en Europe. KCRC France se veut un espace d’échange entre experts (chercheurs, universitaires) et grand public pour réfléchir collectivement aux enjeux de paix, d’identité et de coopération internationale. Parmi leurs leviers d’action, des forums et conférences à Paris et ce depuis 2022. L’année dernière, le forum portait par exemple sur “La coopération économique et paix”, mais de nombreux biais existent pour parler de paix.

    La jeunesse et la paix dans le monde 

    Focus sur la péninsule coréenne : la jeunesse sud-coréenne et nord-coréenne face à la paix (mémoire, indifférence, espoirs) avec Arnaud Leveau. 


    Le président d’Asia Centre, Arnaud Leveau, spécialiste de la géopolitique et des relations internationales en Asie, a livré une analyse du rôle de la jeunesse dans la construction de la paix en Asie et en Corée du Sud. La conférence a permis de brosser un portrait des espoirs et des leviers d’action exploitables par  les nouvelles générations en Corée du Sud.

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    Mme Hoon Moreau et M. Arnaud Leveau, photo par KCRC France

    Mobilisations de la population : une dynamique née de la quête de vérité

    Arnaud Leveau rappelle que la jeunesse sud-coréenne s’est profondément politisée après le naufrage du Sewol (2014), événement traumatique ayant déclenché des revendications fortes autour de la transparence, de la vérité et de la responsabilité publique.
Les années qui suivirent 2016 ont donc vu émerger de nouvelles formes de mobilisation citoyenne, plus structurées, plus connectées et souvent non violentes. De nombreuses manifestations ont par exemple été menées pour demander la démission de Park Geun-hye, la présidente de la République de Corée de l’époque. 

    Cette culture de contestation sud-coréenne s’exprime également au travers du cinéma, notamment les œuvres de Bong Joon-ho (Memories of a Murder, Parasite) qui questionnent la mémoire collective et les fractures sociales. Dans ses œuvres, il remet en cause le système et nous invite à interroger les normes sociales, entre autres. D’autres initiatives, comme le Real DMZ Art Project, transforment des espaces symboliques comme la zone démilitarisée entre les deux territoires coréens en lieux d’expression et de création.

    Construire la paix : un enjeu global

    Selon Arnaud Leveau, les enseignements tirés du cas sud-coréen résonnent bien au-delà de l’Asie, comme en Ukraine, à Gaza ou en Iran : sans confiance, la paix demeure une parenthèse et jamais un état durable. Pour lui, le travail de mémoire doit être un outil civique, et non un vecteur de division. Il utilise l’exemple iranien, dans lequel la jeunesse incarne aujourd’hui une quête universelle pour la dignité. Par ailleurs, il rappelle que des alliances transnationales se multiplient, comme la Milk Tea Alliance, qui unit des jeunes de Taïwan, Hong Kong, Thaïlande, Myanmar, et d’autres pays face aux dérives autoritaires politiques et militaires.

    L’ère du soupçon : médias, institutions, information

    Selon le spécialiste, l’époque actuelle se caractérise par une défiance généralisée des peuples envers la parole publique, les médias et les institutions.
Cette crise de confiance pousse les jeunes asiatiques à créer leurs propres espaces d’échange et d’action, tels que le Northeast Asia Youth Climate Council, qui aborde les enjeux climatiques dans une perspective régionale et transnationale. 

    Construire la paix requiert de la nuance, de la patience, de l’écoute et la création d’espaces partagés entre générations et entre pays. Un des leviers de la paix aujourd’hui est la capacité de relier technologie et humanité. La Corée du Sud montre qu’il est possible d’articuler puissance technologique, conscience civique, ouverture régionale et responsabilité démocratique.

    Nous garderons une citation clé en tête : “la jeunesse n’est pas l’avenir : elle est déjà un acteur central de la paix. La paix commence quand on accepte de comprendre avant de juger, elle ne se défend pas par les armes mais par la parole, la connaissance et la solidarité”.

    Une table ronde : La jeunesse, actrice de la paix

    Les intervenants 

    • Isaia Kim, présidente de l’Association des réfugiés nord-coréens en France
    • Arnaud Leveau, président du think tank Asia Centre
    • Théo Clément, chercheur spécialiste de la Corée du Nord
    • Elma Duval, étudiante en master RI à l’INALCO 
    • Stani Nino Mossé-Manso, diplômé de l’Université nationale de Chungbuk, Corée du Sud.
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    Mme Isaia KIM, photo par KCRC France

    Les résultats de l’enquête 

    Cette table ronde, animée par Olivia Choi de KCRC France, fait suite à un sondage mené auprès de 400 jeunes en France et en Corée du Sud qui révèle une vision plurielle de la paix 

    L’enquête “Jeunesse et Paix” apporte donc trois grandes conclusions : 

     1.⁠ ⁠Une vision active et globale de la paix

    Pour les jeunes interrogés, la paix dépasse largement la simple absence de conflit armé (64,4 %). Ils y associent avant tout des notions de justice sociale (82,1 %), de dialogue et de compréhension mutuelle (72,8 %). La paix est perçue comme un processus en mouvement plutôt que comme une situation figée. Cette manière d’appréhender la paix témoigne d’une compréhension approfondie des mécanismes qui alimentent les tensions et les conflits.

    2.⁠ ⁠Le paradoxe de l’engagement

    L’étude révèle que 80 % des jeunes ont déjà pris part à des actions en faveur de la paix, qu’il s’agisse d’initiatives locales ou de mobilisations en ligne. Pourtant, cette participation reste souvent irrégulière : seuls 60 % mènent des actions continues. Ce paradoxe met en évidence un phénomène ambivalent : une forte sensibilité aux enjeux de paix, mais une difficulté à la transformer en mouvements collectifs durables.

    3.⁠ ⁠La communauté internationale et la culture comme leviers

    Les jeunes voient majoritairement la communauté internationale comme un facilitateur pour la paix (87 %), plutôt que comme un acteur dominant (10 %). Ils identifient également la culture et l’éducation comme des leviers puissants pour promouvoir la paix  (86,5 %). Ensemble, ces deux leviers offrent un potentiel significatif pour construire des dynamiques de paix durables et tangibles.

    Le déroulé de la table ronde 

    Paix et réunification : une vision contrastée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

    Arnaud Leveau donne sa définition de la paix et rappelle que celle-ci n’est pas l’absence de conflit, citant l’exemple de l’armistice coréen qui n’a jamais été suivi d’un accord de paix. Pour lui la paix est un processus actif et dynamique, jamais figé, qui se nourrit de justice, dialogue et confiance. Elle ne s’obtient pas par la force mais se cultive. Une cessation de combat ne restaure ni paix ni confiance. 

    Selon Théo Clément, l’espoir d’une paix prochaine entre Nord et Sud n’existe pas, il offre une vision plutôt dubitative et pessimiste. Il est difficile de décrire comment les nord-coréens perçoivent la paix car les autorités en détruisent les symboles (lignes de communication, voies ferroviaires, etc.)

    Selon Elma Duval, la question de l’intérêt porté à la Corée du Nord par les jeunes sud-coréens demeure floue. La perception du Nord est souvent limitée aux représentations véhiculées par les médias : nucléaire, danger ou encore culte du leader.
 Pour de nombreux jeunes sud-coréens, la réunification n’est pas une priorité. 

    Stani Nino Mosse Manso le rappelle en citant ses amis sud-coréens. Pour lui, la réunification n’est même pas vraiment souhaitée en raison de  plusieurs facteurs. D’une part, une disparition progressive des liens familiaux directs. Seules les personnes nées sous l’époque Joseon ou sous l’ère de colonisation japonaise ont encore quelques liens, contrairement à  la Gen Z ou les Millenials. D’autre part, le coût potentiel d’une réunification est colossal (estimé entre 3 et 8 milliards de dollars). Les sud-coréens n’ont pas non plus l’impression de vivre dans un pays en guerre car ils nourrissent un fort sentiment de sécurité au sud. Enfin, il rappelle que le service militaire obligatoire enseigne aux jeunes hommes d’appréhender la  Corée du Nord comme leur  ennemi numéro 1. Pour lui, les sud-coréens seraient favorables à l’unification des deux Corées seulement si la Corée du Nord changeait tout son système politique.

    Théo Clément nous partage toutefois le témoignage de ses élèves nord-coréens pour qui la Corée du Sud semble justement dangereuse. Tout est question de perception et de description médiatique. Elle est vue comme empreinte d’un impérialisme américain qui nuit aux particularités culturelles. Pour lui, à l’inverse, nos médias ont des perceptions simplifiées, datées et très orientalistes de la Corée du Nord.

    Comment se construire en Corée du Sud en tant que réfugiée politique ?

    « La Corée du Nord m’a donné la vie, et la Corée du Sud m’a donné une maturité spirituelle. »

    Enfin Isaia Kim, réfugiée nord-coréenne, nous raconte son histoire. Dès son arrivée en Corée du Sud à l’Université de Yonsei, elle s’est confrontée à l’adversité et la contrariété de ses camarades sud-coréens qui sentaient de l’injustice quant aux privilèges que lui accordait son statut. Si son entrée à la faculté a été facilitée par le président de cette dernière en raison de sa nationalité, d’autres ont pourtant dû passer des concours d’entrée exigeants (le fameux CSAT).  

    Après l’obtention de son diplôme, le monde du travail lui semblait tout aussi difficile, dans la mesure où trouver un emploi stable reste un effort considérable. En voyant ses amis en difficulté dans la société sud-coréenne, elle a réalisé que tout un chacun se battait pour survivre et vivre décemment à sa manière, et qu’ici aussi les jeunes avaient peu de répit.

    Chez les sud-coréens, il existe une vraie quête de valeurs comme la liberté et  les droits humains, la réflexion sur soi, la capacité à faire le point sur sa vie, à se réconcilier, à pardonner ce qu’on a pu faire de mal aux autres. Pour elle, les jeunes sud-coréens souffrent aussi, tant bien que vivre est difficile pour tout le monde.

    À cela, elle ajoute son expérience biculturelle acquise par son mariage avec un français  et dont  les différences culturelles et communicationnelles ont nourri de nombreux conflits et  incompréhensions. Elle en est arrivée à décider qu’elle respectera et acceptera tout ce qui fait de lui ce qu’il est et elle aimerait qu’il essaye de comprendre ses mots. En adoptant cette approche, la paix est revenue dans leur foyer. 

    En élargissant cette manière de réfléchir sur le plan sociétal, ce qu’elle insinue est que la paix n’est pas quelque chose de grandiose. « C’est simplement reconnaître que vous et moi sommes différents. Nous avons grandi dans des environnements différents, nos vies sont différentes. Reconnaître cette différence, et nous respecter mutuellement, c’est le premier pas vers la paix. Et je pense que le dialogue entre la Corée du Nord et la Corée du Sud repose exactement sur cela. En arrivant en France, j’ai réalisé que le Nord et le Sud se ressemblent énormément. Tellement qu’ils se disputent depuis si longtemps. » « Pour qu’une société progresse, elle a besoin de points de vue différents. Il ne faut pas chercher à rendre l’autre identique à soi. J’aimerais que l’on puisse réfléchir à cela. »

    Quels leviers pour mobiliser la jeunesse ?

    Les intervenants identifient plusieurs pistes :

    •  La culture et le sport : des terrains communs

    Ce sont des éléments non conflictuels, capables de créer des émotions partagées :
films, K-dramas, musique, mais aussi événements communs (comme les spectacles musicaux de Pansori et Gayageum, communs à toute la péninsule, et les performances coréennes aux JO de Pyeongchang).

    • L’éducation

    Mettre en place des programmes et initiatives permettant aux jeunes sud-coréens de mieux comprendre la Corée du Nord, ses habitants et son histoire.

    • La diaspora et le déplacement des discussions

    Selon les intervenants, l’espace de dialogue le plus réaliste n’est ni au Sud ni au Nord, mais dans les communautés nord-coréennes présentes en Chine ou au Japon, ou encore sur d’autres territoires plus neutres comme la Mongolie. La France est également citée comme un lieu de discussion pour les diasporas. 

    • Le contact humain

    Créer des espaces d’échange dépolitisés, loin de la confrontation directe, tout en faisant attention à ne pas mettre en danger certaines populations. 

    Clôture et annonce du gagnant du concours d’éloquence

    Plus tôt dans le forum, trois lauréats du concours d’éloquence pour la paix ont concouru sur la question :  « Notre avenir repose-t-il sur des trêves fragiles ? »

    Nous avons pu entendre Amandine Memery, Raphaël Yussourou et Emna Besrour à tour de rôle, dans un style propre à chacun d’eux puis  voter grâce à un code QR. C’est à la fin du forum que Raphaël Yussourou a été annoncé grand vainqueur. 

    Le forum s’est conclu par une nouvelle présentation de KCRC et son importance, surtout en ce 80ème anniversaire de la libération de la Corée. Des initiatives comme celles-ci s’avèrent toujours aussi importantes et aident à ouvrir le dialogue et l’échange autour d’un objectif commun : la paix. 

    Merci à KCRC pour leur invitation. 

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    Équipe bénévole du KCRC France

    Site : https://www.helloasso.com/associations/kcrc-france 

    Retrouvez KCRC sur tous les réseaux : https://linktr.ee/kcrc.france

  • CAFFÈ LUNGO : Song Jin-sun, l’architecte des émotions derrière les K-dramas

    CAFFÈ LUNGO : Song Jin-sun, l’architecte des émotions derrière les K-dramas

    Productrice créative et PDG du studio coréen indépendant HAJI, Song Jin-sun a contribué à un large panel de k-dramas à succès tels que What’s Wrong with Secretary Kim (2018), Duty After School (2023) ou encore Connect (2022). Après avoir commencé sa carrière dans l’écriture de webtoons, elle a participé à l’écriture de True Beauty, Sweet Home (en cours d’écriture), ou encore What’s Wrong with Secretary Kim, devenu culte auprès du public international et  bien d’autres œuvres originales. Lors d’une conférence organisée avec l’agence CLV, elle nous livre les cinq points qui rendent les dramas coréens si uniques.

    1. La diversité des matériaux de base

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    Les K-dramas s’inspirent de romans, de webtoons, de web-novels ou encore d’anecdotes culturelles typiquement coréennes. Lors de workshops à Taïwan, Singapour ou au Japon, Song Jin-sun interroge ses homologues  sur ce qui rend les dramas si captivants. La réponse : la richesse des sujets abordés, par exemple les dynamiques familiales dans les dramas historiques, et une vraie prise de risque dès le premier épisode. Si on compare la Corée, la Chine et les Etats-Unis, on se rend compte que dès l’épisode 1, le taux d’audience des séries est plus élevé car, contrairement à la France où les moyens sont plus réduits, on ne limite pas le budget dès le premier épisode.

    En revenant sur son passé dans l’écriture de webtoons, elle confie que le rachat de propriété intellectuelle (donc l’adaptation de webtoons et web-novels en drama filmés) est très populaire en Corée du Sud. Elle déclare également que les jeunes préfèrent les séries et webtoons des genres thriller, d’horreur et d’action. Des genres dans lesquels l’accent est  mis sur les émotions ressenties par les acteurs. Cela induit une discussion précise dès la phase d’écriture entre la production et les scénaristes :  soit le scénariste écrit son script seul dans son coin, soit on fait intervenir un.e producteur.ice pour discuter des émotions qui vont être injectées dans le script et comment elles devront être jouées.

    2. Des personnages profonds et réalistes

    La création des personnages ne se limite pas à leur apparence ou à leur « vibe« . Il s’agit de leur donner une vie intérieure, des conflits, des contradictions pour les rendre les plus réalistes possibles. 
    Le casting devient alors un véritable processus d’alchimie : pour un personnage principal aussi complexe que dans Extraordinary Attorney Woo, le choix de l’actrice a pris énormément de temps, car il a été difficile de trouver une actrice capable de porter un personnage aussi riche et multiple.

    3. Une narration au cœur de l’œuvre

    La narration est considérée comme la colonne vertébrale du drama. Chaque personnage est pensé avec une histoire personnelle complète, un monde intérieur qu’il faut retranscrire à l’écran. Ce processus d’écriture peut, selon Song Jin Sun, durer entre six mois et un an, pour construire un scénario cohérent, puissant et émotionnellement riche.

    4. Un système d’écriture collaboratif

    © Jonathan Lelong SERIES MANIA

    Contrairement à certaines industries où le scénariste travaille seul, la Corée favorise une collaboration étroite entre scénaristes, producteurs artistiques et réalisateurs, à l’image des Etats-Unis. Song Jin-sun insiste sur l’importance de discuter des émotions à transmettre avant même l’écriture des dialogues, pour mieux guider le jeu des acteurs. Selon elle, il est très important d’avoir des producteurs artistiques (ou directeurs créatifs) dans le processus d’écriture du scénario.

    5. Une production centrée sur l’émotion

    En tant que productrice artistique, Song Jin-sun commence toujours par dénicher une idée originale. Elle s’entoure ensuite d’une équipe aux talents complémentaires, et guide le projet avec une vision à la fois créative et stratégique. Son objectif : rendre l’œuvre aussi immersive que possible, en cultivant les émotions à chaque étape. 

    Elle explique qu’en tant que directrice artistique, son rôle est de toujours avoir l’œil sur les tendances, la qualité donnée à l’œuvre et les émotions données pour les rendre le plus réalistes possibles. Il faut penser comme une autrice, mais avoir conscience de la globalité de l’œuvre.

    Elle explique qu’en tant que Productrice Artistique, son rôle est de toujours avoir l’œil sur les tendances, la qualité donnée à l’œuvre et les émotions données pour les rendre le plus réelles possibles. Il faut penser comme un auteur, mais avoir conscience de la globalité de l’œuvre.

    Après avoir parlé pendant plus d’une heure autour des dramas coréens, de leur production et des cinq charmes uniques, Song Jin Sun propose un temps de questions/réponses afin d’approfondir certains sujets abordés lors de la conférence.

    Drama ou film ? Une question d’humain, pas de format

    Pour elle, la différence ne se fait pas au niveau du genre, mais de l’intention. Film ou drama, il s’agit toujours de raconter l’histoire d’un être humain qui aime, rit, et pleure comme nous.

    L’impact de Netflix : la culture américaine prend-elle le pas sur les codes coréens ?

    Song Jin-sun souligne que la plateforme offre une grande diversité, mais peut aussi imposer des codes narratifs occidentaux. Tout dépend alors de la volonté des scénaristes à défendre leur vision jusqu’au bout. Elle compare Netflix à un centre commercial : vaste, accessible, mais parfois standardisé. Pour autant, Netflix produit du contenu régional (qu’il n’est possible de voir qu’en Corée du Sud) qui est très populaire. 

    Les dramas il y a 10 ans vs aujourd’hui : quels sont les changements ?

    Second Husband TV series

    Autrefois, les dramas pouvaient atteindre 100 épisodes, comme Second Husband (2021 – 150 épisodes) ou Once Again (2020 – 100 épisodes), avec de multiples arcs narratifs et un coût de production très élevé. Aujourd’hui, face aux coûts de production et à une audience plus exigeante, les formats sont raccourcis, rendant chaque épisode plus dense et frappant. Les dramas longs sont de moins en moins populaires en Corée du Sud.

    Quelle est l’étape la plus importante dans la réalisation d’un drama ?

    L’écriture du scénario reste l’étape la plus cruciale. Le développement des personnages continue même après le choix des acteurs, pour créer une véritable symbiose entre interprète et rôle.

    Est-ce que les jeunes coréens regardent toujours la télévision ?

    Les coûts de production des dramas sur les chaînes télévisées coréennes sont moins élevés que ceux sur les plateformes de streaming, donc les jeunes continuent de regarder la télévision. Les programmes tels que Running Man sont ainsi toujours populaires et ce, depuis 2010 ! A contrario, les dramas qui sortent sur les sites de streaming ont moins de succès en Corée.

    Lors de cette conférence, Song Jin-sun explique donc qu’elle fait partie d’une nouvelle génération de créateurs sud-coréens qui mêlent sensibilité artistique et intelligence stratégique. À travers son travail, elle décrit le processus de création des K-dramas comme “bien plus que des divertissements”. Pour elle, ce sont des fenêtres sur l’âme humaine, façonnées avec rigueur, passion et une profonde compréhension des émotions.

  • CAFFÈ LUNGO : Qu’est-il arrivé à Fifty Fifty ?

    CAFFÈ LUNGO : Qu’est-il arrivé à Fifty Fifty ?

    Fifty Fifty est un girlgroup ayant débuté en novembre 2022 avec leur mini album The Fifty et la title track « Higher ». Le monde les découvre avec la version anglophone de « Cupid » qui devient rapidement virale sur les réseaux sociaux, dont Tiktok. 

    Le quatuor accède à la célébrité du jour au lendemain, dépassant les 34 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify et décrochant la 17ème place du Billboard Hot 100, un classement musical prestigieux, et en devenant également la chanson par un girlgroup de K-pop à y être restée le plus longtemps. « Cupid (twin. ver) » atteint aussi la première place du Billboard Global Excl. U.S. (un classement Billboard qui exclut les Etats-Unis de ses calculs). 

    Tout sourit à Fifty Fifty qui fait même une apparition dans la bande sonore originale du film « Barbie », projet mené par Atlantic Records. 

    Pourtant, le 19 juin 2023, le public apprend que les quatre membres de Fifty Fifty ont déposé une action en injonction provisoire pour suspendre leurs contrats exclusifs avec leur agence Attrakt. La base de cette injonction est la rupture de confiance entre l’agence et le groupe qui s’estime lésé par le manque de transparence d’Attrakt et évoque également de la maltraitance.

    Revenons, point par point, sur cette affaire parfois difficile à comprendre.

    LES PROTAGONISTES

    Afin de suivre correctement le déroulé de cette affaire qui oppose principalement Fifty Fifty et l’agence Attrakt, il est important de comprendre qui sont les protagonistes dont nous parlerons. 

    1. Les membres de Fifty Fifty

    Les membres originales de Fifty Fifty sont Keena (Jakyung de son vrai nom), Saena (Sehyun), Sio (Jiho) ainsi que Aran (Eunah). C’est cette line up qui a débuté en novembre 2022 et demandera la fin de son contrat exclusif en juin 2023. 

    Keena décide par la suite d’abandonner les charges contre l’agence et d’y retourner, devenant ainsi une membre de Fifty Fifty à nouveau. 

    1. Jeon Hongjoon (JHJ)

    Jeon Hongjoon est le directeur général de l’agence Attrakt. 

    Il est également le fondateur et ancien directeur général de l’agence Star Crew Entertainment, label du boygroup HOTSHOT. 

    Les quatre membres originelles de Fifty Fifty ont été recrutées par Star Crew Entertainment.

    Le directeur général actuel de Star Crew Entertainment est le frère de Jeon Hongjoon, Jeon Youngjoon. 

    1. Ahn Sungil (SIAHN)

    Ahn Sungil est le directeur général de l’agence The Givers. The Givers est une entreprise externe, un sous-traitant, à laquelle Attrakt a fait appel pour former et manager Fifty Fifty ainsi que produire leur discographie.  

    1. Interpark

    Interpark est une entreprise présente dans plusieurs secteurs culturels, notamment la billetterie d’événements (Interpark Ticket), un label (Interpark Entertainment), la distribution musicale (Interpark Music) mais aussi le management de salles de conférence (Interpark Theater). 

    1. Warner Music Korea (WMK)

    WMK est un distributeur ainsi qu’un label qui manage notamment GOT7 ou le soliste Shaun. 

    1. MASSIVE ENC 

    MASSIVE ENC (ou MASSIVE E&C) est une filiale de NS ENM, anciennement IOK Company. Saena, Sio et Aran ont signé un contrat avec MASSIVE E&C en août 2024 pour re-débuter en tant que trio. Le nom de ce trio est dévoilé plus tard comme étant « Ablume ». 

    LES DÉBUTS DE FIFTY FIFTY

    L’agence Attrakt est fondée par Jeon Hongjoon en 2021 en empruntant plusieurs milliards de wons à Star Crew, agence dont il prétend être le PDG alors même que la Korea Creative Content Agency (KOCCA) liste son frère, Jeon Youngjoon, comme étant le véritable PDG. 

    Interpark a en effet investi initialement 7 milliards de wons dans Star Crew Entertainment en tant qu’avance pour produire un nouveau groupe et posséder les droits de distribution suite au succès de Ha Sungwoon, ancien membre de Wanna One et HOTSHOT. Interpark investit en faisant donc confiance à Jeon Hongjoon dans sa compétence à créer un nouveau groupe rentable financièrement. 

    Saena, Sio, Aran et Keena, quatre trainees de Star Crew sont alors transférées chez Attrakt.

    LES PROBLÈMES AVANCÉS PAR LES MEMBRES

    Le 19 juin 2023, Keena, Aran, Sio et Saena portent plainte, demandant la suspension de leur contrat exclusif avec Attrakt Entertainment.

    Rupture de confiance : non-transparence financière

    Un premier problème se trouve dans le contrat de Fifty Fifty, puisque les revenus du groupe vont directement à Star Crew pour rembourser la dette de l’entreprise plutôt que de passer par Attrakt. Ainsi, aucune des quatre membres ne voit leurs propres dettes envers Star Crew remboursées. 

    Comme vous le savez peut-être, les idols qui débutent doivent rembourser les frais de formation, ainsi que parfois des frais de logement, à l’agence dans lesquelles ils étaient trainees. Pendant parfois plusieurs années après leur début, les idols ne sont pas payées tant tous les profits générés qui devraient leur revenir en tant que salaire retournent à l’agence comme remboursement. Certains idols ne seront jamais payés de leur carrière, recevant seulement une petite somme d’argent quotidienne pour payer leurs repas. 

    Tant que Star Crew n’aura pas remboursé les 9 milliards de wons dûs à Interpark, Attrakt ne paiera donc pas de salaire aux membres de Fifty Fifty. Mais après l’immense succès de « Cupid », les quatre jeunes femmes s’étonnent de n’avoir aucune nouvelle de l’état de leurs finances. Une des premières accusations qu’elles porteront envers Attrakt Entertainment sera donc le manque de transparence financière. 

    De même, on apprendra que les crédits accordés à Keena pour la rédaction de son couplet dans la version coréenne de « Cupid » ont été manipulés par The Givers afin que Keena ne bénéficie que du minimum possible de royalties, passant de 6,5% à seulement 0,5%. The Givers et SIAHN s’attribuent le reste des crédits. 

    Détournement de fonds et fraude 

    Dans leur dépôt de plainte, on apprendra que Jeon Hongjoon est accusé de détournement de fonds. La dette acquise pour financer les débuts du groupe aurait été utilisée pour des dépenses personnelles de Jeon Hongjoon mais incluses dans la déclaration d’imposition d’Attrakt comme dépenses professionnelles du groupe. 

    Maltraitances envers Fifty Fifty

    Le 13 octobre 2023, le cabinet d’avocats représentant les trois membres publie plusieurs preuves concernant les problèmes de santé générés ou aggravés par Attrakt, dont des diagnostics médicaux. 

    Saena témoigne que le régime sévère imposé par l’agence ainsi que le stress lui a causé une énorme perte de poids, au point de ne plus avoir de menstruations normales et de souffrir d’anorexie et de boulimie. 

    Sio a été diagnostiquée en juillet 2022, soit plusieurs mois avant les débuts de Fifty Fifty, d’un syndrome d’anxiété généralisée sévère ainsi que phobie sociale après s’être évanouie à plusieurs reprises et des mois à souffrir de spasmes et migraines. Elle témoigne qu’aucune aide ne lui a été offerte par Attrakt à cette occasion, ainsi que lorsqu’elle a commencé à souffrir de problèmes de santé liés à son foie. Le régime sévère imposé par l’agence a été critiqué par les médecins que Sio a consultés, ces derniers la mettant en garde. En effet, sans une diète plus saine, Sio risquait de devoir faire des dialyses. Attrakt a néanmoins continué à forcer Sio à perdre du poids.

    Aran a commencé à souffrir de douleurs en octobre 2022. C’est une gastro-entérite qui est initialement diagnostiquée, mais les douleurs n’ont pas cessé malgré le traitement prescrit. Ce n’est qu’en janvier 2023 qu’on lui diagnostique une inflammation de la vésicule biliaire qui devient rapidement chronique avec la présence de deux polypes. Les médecins lui disent alors que cette situation pourrait se transformer en cancer mais Attrakt ne l’autorise pas à se faire opérer avant les promotions de « Cupid ». Le peu de nourriture qu’elle est autorisée à manger ne reste pas dans son corps, et Aran ne peut alors même plus aller aux toilettes. Elle survit en continuant les activités du groupe avec des antidouleurs et n’ose pas se plaindre puisque les autres membres souffrent également en silence. 

    Alors qu’elle devait se faire opérer en avril, Attrakt force Aran à repousser la date de son hospitalisation. Ce n’est que vers la fin du mois de mai (ndlr : date précise inconnue) qu’elle peut enfin se faire opérer.  Lors de son opération, les polypes s’étaient multipliés et avaient visiblement grandi. Moins d’une semaine après son hospitalisation, Attrakt pousse Aran à reprendre ses activités, l’empêchant de récupérer sereinement. 

    Source 1 / Source 2 / Source 3

    (Traductions des documents légaux fournis par les membres de Fifty Fifty)

    LE BOYCOTT DE FIFTY FIFTY

    Dès le 23 septembre 2023, les fans de Fifty Fifty (« hunnies ») organisent un boycott officiel contre Attrakt au travers des comptes sources. Ce boycott incite : 

    • A ne plus stream la discographie du quatuor
    • A ne plus acheter d’albums ou de merchandising officiel 
    • A se désabonner des comptes officiels de Fifty Fifty et Attrakt

    Ce boycott vise à affaiblir financièrement l’entreprise pour les dissuader de poursuivre leurs actions contre les quatre membres. Le boycott est en partie un succès au sein du fandom, à l’instar de celui mené par les fans de LOONA contre Blockberry Entertainment. Cependant, Attrakt mène une campagne féroce pour sauver son image, portée par du media play et du (supposé) botting sur Twitter ainsi que Youtube. 

    Le media play consiste à payer des journalistes afin d’écrire des articles en faveur (ou défaveur) de quelqu’un ou d’une entreprise. Il s’agit d’une forme de corruption. Cette méthode de désinformation a également été utilisée lors de l’affaire NewJeans par HYBE. 

    Le botting fait référence à la supposée création de dizaines voire centaines de comptes sur les réseaux sociaux dédiés à protéger Attrakt et sa réputation tout en accusant les membres de mentir. Sur Youtube, les vues sur les MV du groupe continueraient également de grimper grâce à ces comptes spam et au potentiel recours à des viewing farms en Inde. 

    (ndlr: Pour des raisons légales, nous ne pouvons affirmer avec assurance que le botting ou le recours des viewing farms dans des pays tels que l’Inde sont avérés. Il s’agit de suppositions faites suites aux recherches de l’auteure de cet article.) 

    REPRÉSAILLES D’ATTRAKT

    Accuser The Givers et Warner Music Korea

    La veille de l’annonce de l’injonction déposée par les quatre membres de Fifty Fifty, Attrakt Entertainment dépose une plainte contre The Givers et Ahn Sungil pour abus de confiance. Jeon Hongjoon accuse SIAHN de tenter de lui voler le groupe, notamment en essayant de le faire racheter par Warner Music Korea. WMK dément immédiatement les accusations d’Attrakt et menace de porter plainte si l’agence venait à continuer de « propager de fausses informations dans les médias ».

    Attrakt continue de réunir des documents pour prouver la culpabilité de SIAHN et ainsi se dédouaner des accusations portées par Fifty Fifty. The Givers sont pointés du doigt comme ayant détourné des fonds en réalisant de faux contrats. De même, Jeon Hongjoon accuse SIAHN d’avoir manipulé les membres de Fifty Fifty afin qu’elles le détestent. L’agence porte plainte contre The Givers le 7 juillet 2023. 

    En réponse et en attendant les conclusions de la justice, la KOMCA (Korea Music Copyright Association) gèle les paiements de droits d’auteurs pour « Cupid ». 

    Attrakt tente également de se protéger en déposant le nom « Fifty Fifty » dans plusieurs pays afin que le groupe ne puisse pas se produire dans ces derniers le 26 juillet 2023. L’agence obtient les droits du « Fifty Fifty » dans quatre pays : les Etats-Unis d’Amérique, le Japon, la Chine et le Royaume-Uni.

    « Media play »

    Immédiatement, l’opinion publique se place du côté d’Attrakt. Les quatre membres sont dépeintes comme étant ingrates et cupides. Même si Warner Music Korea dément les accusations de l’agence et que le groupe se met en pause en déposant son injonction qui accuse Attrakt et The Givers, la machine médiatique est lancée. 

    Souvenez-vous, plusieurs mois auparavant, pendant le pic du succès de « Cupid », les médias et les fans de K-pop complimentaient Jeon Hongjoon d’avoir vendu toutes ses possessions pour financer les débuts de Fifty Fifty.

    Il est donc facile de compatir envers cet homme qui a « tout donné » pour ce groupe. Jeon Hongjoon regrette d’avoir placé autant de confiance envers The Givers qui sont, pour lui, à l’origine de tous les malheurs que dénoncent les membres de Fifty Fifty. 

    Jeon Hongjoon et Attrakt se tournent vers les médias pour livrer leur version des faits, donnant naissance à des articles largement critiques des membres et glorifiant l’agence. 

    Dénigrer les artistes dans la presse

    Le 30 juin, on peut lire dans Sports Kyunghyang : « Il ne s’agit même pas de NewJeans… Les demandes de règlement à l’amiable sont qualifiées d’ingrates ». Fifty Fifty n’étant pas au « même niveau » que NewJeans en termes de popularité ne sont pas, selon cet article, en mesure de demander certaines choses lors de la médiation proposée par le tribunal. 

    Les membres commencent à être appelées « Tongsudol » (통수돌) : un idol qui trahit. Encore aujourd’hui, les trois membres ne faisant plus partie de Fifty Fifty traînent ce surnom dans les médias comme un boulet. 

    Selon la presse, Fifty Fifty aurait même refusé toute médiation juridique avec l’agence Attrakt en août 2023. Les mères de Saena et Aran ayant participé à la médiation en compagnie du cabinet d’avocats auraient d’abord réussi à trouver un arrangement avec l’agence le 9 août avant que cet arrangement ne soit finalement annulé le 16 août. Le procès a repris par la suite et le tribunal a rendu son verdict quelques jours plus tard, refusant l’injonction des quatre membres. 

    Le scandale « I Want To Know That »

    Le 19 août, la chaîne de télévision SBS diffuse un épisode de l’émission « I Want To Know That » dédié à l’affaire Fifty Fifty. Ce reportage, loin d’être neutre, se place du côté des membres de manière extrême, déclenchant une nouvelle vague de haine envers les quatre jeunes femmes. Plutôt que de tenter de mener une enquête basée sur les faits, ce qui pourrait apporter plus de clarté à la situation, SBS utilise des stratégies sensationnalistes. Cette émission est contre-productive et la chaîne de télévision reçoit un avertissement de la part du gouvernement sud-coréen pour son manque de professionnalisme, et l’émission sera la plus dénoncée à la Korea Communications Standards Commission (équivalent de l’Arcom en Corée du Sud) en 2023 avec plus de 1.100 plaintes de spectateurs.  

    Fifty Fifty s’exprime au travers de son cabinet d’avocats, affirmant souffrir des critiques qui enflamment la toile. De même, on apprend que les quatre membres n’ont pas refusé catégoriquement la médiation comme d’autres articles le laissaient croire. On les appelle notamment « traîtres » et « menteuses ». 

    Acharnement des journalistes corrompus

    Plusieurs journalistes écrivent des dizaines d’articles pointant du doigt les membres du groupe, défendant l’agence des critiques émises par celles-ci. On peut par exemple citer Jang Jinri du média Sports TV News (SPOTV) qui critiquera SBS pour son reportage biaisé en octobre 2023, appuiera sur l’importance d’une loi qui empêcherait une situation similaire de se reproduire en octobre 2024, allant jusqu’à dire lors du rebranding de Fifty Fifty que « les nouvelles membres sont mieux adaptées (que les anciennes). » 

    « Fifty Fifty est devenu populaire pour ses chansons plus que pour ses membres, ce qui est avantageux pour la deuxième génération (de membres). » 

    Jang Jinri, journaliste en faveur d’Attrakt

    Ces journalistes sont parfois à l’origine des surnoms donnés aux membres, mais aussi et surtout, ils amplifient les critiques à tel point qu’il est facile de penser que le pays entier est contre les membres. Le même processus sera utilisé par HYBE pour manipuler l’opinion publique contre NewJeans lors des prémices du scandale

    Menacer les membres de Fifty Fifty et leurs familles

    Dans un premier temps, Attrakt tente de faire revenir les membres en clamant que l’agence oubliera tout si elles abandonnent leurs poursuites judiciaires. Mais rapidement, l’agence change son fusil d’épaule et tente d’organiser le boycott des membres par les médias (radio, télévision…). 

    Aran témoigne dans un document publié par le cabinet d’avocats représentant les trois anciennes membres de Fifty Fifty : « Après avoir déposé l’injonction, des personnes de l’agence ont commencé à venir chez moi pour parler. Des gens que je n’avaient jamais vus avant venaient chez moi sans prévenir à multiples reprises, frappant à la porte avec insistance et appuyant sur la sonnette sans arrêt, campant devant chez moi pendant des heures. Je me suis évanouie à cause de la terreur. J’ai traversé une période où même regarder ma famille dans les yeux ou leur parler était difficile. »  

    « Il n’y avait aucune considération (de leur part). Avec toutes les rumeurs, j’ai souffert de stress et d‘un syndrome post-soins intensifs qui m’ont fait perdre 7kg en un mois car je ne pouvais pas manger ou dormir correctement. J’étais si fatiguée que je ne pouvais pas rester debout longtemps. Je n’arrivais pas à trouver le courage de faire quoi que ce soit. Je suis devenue un bouc émissaire. Les mots ne peuvent pas décrire la douleur que ma famille a traversé pendant tout cela. Pour l’agence, nous n’étions que des machines qui devaient fonctionner même si nous n’avions plus de batterie. » 

    Une pression qui porte ses fruits ?

    Cette pression fera craquer Keena qui reviendra sur sa décision de quitter Attrakt. Le 16 octobre 2023, elle retire sa demande d’appel à la décision du tribunal concernant l’injonction déposée par les quatre membres. Il serait aussi possible que d’avoir appris la trahison de SIAHN quant à ses droits d’auteur pour « Cupid » dans la presse ait changé sa position quant à Attrakt. 

    Le 23 octobre, Attrakt publie un communiqué confirmant le retour de Keena ainsi que la résiliation des contrats exclusifs des trois autres membres. L’agence profite de l’occasion pour appuyer sur le fait qu’ils continueront de poursuivre en justice les trois anciennes membres avec leurs familles ainsi que The Givers. 

    Keena reçoit également son premier salaire lors de son retour, tandis que Sio, Aran et Saena ne sont toujours pas payées pour leurs performances. Keena fait une donation de plus de 7000 euros en décembre 2023 à la Croix Rouge Coréenne, citant vouloir aider les adolescents à poursuivre leurs rêves et d’être honorée de pouvoir dépenser cet argent d’une manière aussi noble. 

    Le 29 octobre 2023, un fan sur Twitter / X découvre en parcourant les abonnements sur le compte Instagram (public) de Jeon Hongjoon que ce dernier suit des comptes dérangeants, partageant de la cruauté animale ainsi que des créatrices de contenu érotique et pornographique, parfois tout juste majeures. Si cela n’est pas une attaque directe envers les membres de Fifty Fifty, les hunnies (fans du groupe) se demandent si cela ne révèle pas quelque chose sur la personnalité du PDG d’Attrakt.

    Préparer la suite : « Fifty Fifty deuxième génération »

    Alors que les membres attaquent l’agence, Attrakt décide de sortir un album compilant tous les titres de Fifty Fifty aux Etats-Unis. N’ayant pas de nouveau photoshoot, le photobook est constitué principalement de pages blanches ainsi que de formes géométriques. 

    Lors du retour de Keena dans l’agence, l’opinion publique devient favorable envers elle. Elle révèle que le départ des quatre membres était le fruit d’une manipulation de The Givers et que les accusations envers Attrakt étaient mensongères. Pour ces aveux et sa demande de pardon, elle gagne en popularité en Corée du Sud tandis que Aran, Sio et Saena sont de plus en plus critiquées, désormais accusées de mensonge par leur propre coéquipière.

    Keena participe aux Billboard Music Awards 2023 seule, représentant Fifty Fifty et « Cupid ». Tandis que l’opinion des fans étrangers est négative envers cette apparition, citant le fait que Keena ne chante pas la version anglaise de « Cupid », les netizens coréens saluent ses progrès en anglais et sa beauté (cette dernière ayant teint ses cheveux en noir après les avoir décoloré pendant longtemps). 

    Auditions pour trouver de nouvelles membres

    Une vidéo est publiée en février 2024, montrant les coulisses des auditions tenues par Attrakt pour recruter de nouvelles membres pour le groupe à Singapour. Ces auditions sont tenues en partenariat avec Evergreen Group Holdings, dont le CEO est David Yong. 

    Ce dernier a investi en novembre 2024 près de 10 milliards de wons (6.6 millions d’euros) dans Attrakt Entertainment. Il a également été accusé en août de la même année de fraude au travers de sa holding en créant des documents contrefaits. Sa caution, fixée à plus de 700.000 euros, est payée mais il fait face à une interdiction de quitter le territoire de Singapour. 

    Attrakt avait initialement prévu d’organiser un survival avec JTBC pour, apparemment, créer un nouveau girlgroup composé de 9 membres en octobre 2023. Cependant, le projet semble avoir été abandonné, ou tout du moins mis en pause.        

    Ce n’est que le 9 août 2024 que les quatre nouvelles membres seront dévoilées, faisant de Fifty Fifty un quintet. On y retrouve deux anciennes participantes du survival RUNEXT, Chanelle Moon et Yewon. Cette décision est stratégique, puisque les deux ont déjà un fandom conséquent autour d’elles.  

    LE PROCÈS 

    The Givers

    Attrakt dévoile un enregistrement téléphonique entre WMK (distributeur de Fifty Fifty) et Jeon Hong-jun (Oscar Jun, frère de Jeon Hongjoon) le 3 juillet 2023. Dedans, on peut y entendre un directeur de WMK avouer à Oscar Jun avoir proposé 20 milliards de wons (environ 15 millions d’euro) à The Givers pour le rachat de Fifty Fifty. 

    Attrakt accuse dans sa plainte SIAHN de fraude (concernant les crédits de « Cupid ») ainsi que d’obstruction de commerce (concernant le fait de mentir aux membres et de les retourner contre leur agence). 

    The Givers contre-attaque en portant également plainte contre Attrakt pour diffamation. 

    Néanmoins, Attrakt gagnera la bataille contre The Givers en prouvant la fraude commise par The Givers concernant les crédits de « Cupid ». SIAHN est également accusé par les médias sud-coréens de détournement de fonds. Les royalties pour « Cupid » sont saisis temporairement comme demandé par Attrakt. Attrakt demande également à récupérer les droits de « Cupid ». 

    Le 29 mai 2025, l’affaire des crédits de « Cupid » connaît enfin une conclusion. En effet, la police de Gangnam classe l’affaire sans suite, considérant que « Il n’y a pas suffisamment de preuves pour confirmer le crime. » 

    Avec cela, Attrakt perd l’autorisation de faire ré-enregistrer « Cupid » par la nouvelle lineup de Fifty Fifty. Pour autant, le quintet peut toujours performer le titre en live. 

    Attrakt

    Attrakt n’a révélé publiquement des preuves de ses dépenses et revenus que lors du procès. C’est ainsi que le public apprend que les investissements reçus d’Interpark sont perçus par Star Crew et non Attrakt. 

    6 milliards de wons sont, selon Attrakt, dépensés pour le début de Fifty Fifty, mais les profits de cet investissement sont à nouveau perçus par Star Crew. 

    Le bilan comptable déclare qu’aucun bénéfice n’a été perçu pour les ventes d’albums ou pour les streams alors même qu’Attrakt ne peut fournir aucune preuve à ce propos. Les avocats de Fifty Fifty demandent donc à voir des documents justifiant la dépense déclarée de 6 milliards de wons pour leurs débuts. 

    Verdict

    Le 28 août, le tribunal refuse la demande de suspension du contrat exclusif des membres, citant un manque de preuves de leur part concernant les maltraitances. Pour la cour, même si le manque de transparence financière est flagrant, il ne s’agit pas d’une raison suffisante pour annuler le contrat exclusif. Le cabinet d’avocats du groupe, Barun Law, annonce qu’elles feront appel

    Le 23 octobre, Attrakt annonce avoir mis fin aux contrats de Saena, Sio et Aran le 19 octobre et vouloir des dédommagements pour les dommages subis par l’agence. 

    L’appel est rejeté par le tribunal le 24 octobre, quelques jours après que Keena ait décidé de se retirer du dossier. La Haute Cour de Séoul met fin à l’action en justice des trois membres restantes à ce jour. 

    LOI FIFTY FIFTY

    La KMCA (Korea Music Content Association) a, en décembre 2024, encouragé les organisateurs des cérémonies de fin d’année à ne pas inviter les anciennes membres de Fifty Fifty, désormais connues comme membres d’Ablume, ainsi que NewJeans. Cette incitation est une violation de la loi JYJ passée en 2015 qui empêche au boycott des artistes. 

    « Circle Chart devrait envisager d’exclure les ventes d’albums et de musique des agences et des artistes qui ont été soupçonnés de falsification. En outre, Circle Chart devrait également envisager d’exclure les données des émissions musicales telles que M-Countdown, Music Bank, Inkigayo, The Show, Show ! Champion et d’autres émissions musicales. Les principales cérémonies de remise de prix en Corée (Circle Chart Music Awards, MAMA, Golden Disk) devraient également exclure ces artistes. » 

    Article écrit par Jang Jin-ri, journaliste en faveur d’Attrakt

    On a observé plusieurs tentatives (qui ont eu du succès ou non) de ce type de boycott organisé qui est légalement interdit par la « Loi JYJ »

    Loi JYJ

    Pour rappel, JYJ est un groupe formé de trois anciens membres de TVXQ qui ont attaqué leur agence, SM Entertainment, pour mettre fin à leur slave contract (contrat d’esclavage) en 2009. Les membres de TVXQ étant toujours à SM nient les accusations, assurant que ces dernières sont des mensonges. 

    Le procès est gagné par les membres mais SM Entertainment fera pression sur plusieurs groupes médiatiques comme KBS et SBS pour qu’ils n’invitent pas JYJ dans leurs émissions (Music Show, Inkigayo etc). Ce n’est qu’en 2015 que la « Loi JYJ » qui empêche de blacklister des artistes est votée par l’Assemblée Nationale. 

    Les tentatives de manipulation et de boycott par Attrakt sont donc illégales, mais loin de protéger les idols, la loi Fifty Fifty est proposée afin de protéger les petites agences d’entertainment

    Protection des agences par la loi : une proposition de Ha Tae-keung

    « Un développement équilibré entre les artistes et les agences est nécessaire pour revitaliser l’industrie à mesure que la K-pop gagne en reconnaissance internationale. » 

    Ha Tae-keung du parti « Pouvoir des nationaux » 

    Ha Tae-keung soulève le fait qu’au-delà des idols, ce sont aussi les producteurs de ces idols dans des petites agences qui tentent de réaliser leurs rêves. 

    Présentée le 14 décembre, la loi FIFTY FIFTY, officiellement appelée « Amendement partiel à la loi sur le développement de l’industrie de la culture populaire et des arts », vise à « préserver les droits des agences tout en établissant un cadre juridique pour le développement de l’industrie du divertissement. » 

    Times of India

    Cet amendement propose ainsi une protection juste et égale pour toutes les agences de divertissement sans distinction de leur taille sur le marché. Ha Tae-keung dénonce le fait que seuls les idols soient protégés par la loi, et que les agences soient délaissées, utilisant le cas de Fifty Fifty pour appuyer sa démarche. 

    Cette demande d’amendement et la situation de Fifty Fifty sont également mentionnées à de multiples reprises dans l’histoire de NewJeans contre Ador et HYBE. 

    En juin 2024, le Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme annonce également changer le contrat standard des artistes pour améliorer les relations entre agences et artistes. Ce contrat standardisé prévoit de meilleures modalités quant à la propriété intellectuelle et au management des artistes, tout en appuyant sur les devoirs des artistes envers leur agence. 

    AUJOURD’HUI

    Saena, Sio et Aran – Ablume 

    Le 26 février 2025 il est révélé par la nouvelle agence de Sio, Saena et Aran, MASSIVE ENC, que SIAHN et The Givers ont été embauchés pour réaliser le début du nouveau trio Ablume. Les médias rapportent que cela était la volonté des membres, citant un employé de l’agence MASSIVE. 

    Le lendemain, 27 février, les trois membres s’expriment sur leur compte Twitter / X pour annoncer qu’il s’agit de la vérité. « En parlant de notre futur, nous avons réalisé que la chose la plus importante était de continuer de partager notre message au travers de notre musique. Notre agence a soutenu cette idée, et après réflexion, nous avons décidé de contacter SIAHN, quelqu’un qui nous comprend mieux que quiconque et nous a aidé à produire certaines de nos œuvres les plus impactantes. » 

    MASSIVE E&C publie également un communiqué ce même jour pour clarifier la situation. Ce communiqué explique que l’agence a reçu « les informations complètes et transparentes concernant les problèmes juridiques. » Ces informations ont poussé l’agence à soutenir les trois membres dans leur décision de contacter SIAHN. 

    L’agence promet de publier un autre communiqué lorsque les affaires juridiques en cours aboutiront. 

    Ces deux posts, traduits en anglais pour apaiser le fandom majoritairement étranger, peinent à convaincre les fans. Au contraire, certains se retournent contre le trio, comprenant par ces déclarations que Keena avait raison de retourner chez Attrakt. 

    Malheureusement, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas plus d’informations sur cette « vérité » dont parlent MASSIVE ou les trois membres d’Ablume.  

    Ablume ont fait leurs débuts le 9 mai avec le single « Echo », produit par SIAHN, et ont également sorti une reprise version bossa nova de « Cupid » . Malheureusement pour le trio, aucun music show ne les a accueilli pour des performances de « Echo ».  

    Keena

    Keena, comme mentionné à plusieurs reprises, est retournée dans l’agence Attrakt, se retirant des procès pour faire annuler son contrat. Elle a présenté ses excuses aux dirigeants de l’agence et a demandé à faire à nouveau partie du groupe, ce que cette dernière a accepté. 

    Jeon Hongjoon parle dans les médias du fait que Keena doive se reposer avant de penser au futur du groupe, tout en appuyant sur le fait qu’elle « comprenne son erreur ». Son pardon est salué et il est applaudi pour son empathie : 

    « Le drame en cours, marqué par les pleurs, les excuses et la compréhension empathique du PDG peint une image de résilience, de rédemption et d’endurance dans la poursuite de ses rêves dans la dure industrie du divertissement. » 

    Times Of India

    Attrakt a fait de Keena le center de Fifty Fifty, la faisant participer seule à des activités comme les Billboard Awards pour continuer à promouvoir le groupe. La « deuxième génération » de Fifty Fifty a ainsi été construite autour d’elle. 

    Nouvelles membres de Fifty Fifty 

    Les quatre nouvelles membres sont dévoilées par des vidéos teasers. La nouvelle line-up comprend deux anciennes participantes de RUNEXT, Chanelle Moon et Yewon, ainsi que Athena et Hana. 

    Le 21 août, il est annoncé que Attrakt a signé un contrat avec Sony Music Entertainment Korea pour la distribution de la nouvelle line-up de Fifty Fifty et promouvoir le groupe à l’international, avec une emphase sur les Etats-Unis d’Amérique. L’agence continue également d’attaquer Warner Music Korea, les accusant encore aujourd’hui d’avoir tenté de racheter le groupe et « voler » les membres. 

    Attrakt change le logo du groupe avant d’annoncer les quatre nouvelles membres et annonce également un nouveau nom pour le fandom : Tweny. 

    Les activités du groupe

    Le 30 août, le single de pre-release « Starry Night » est dévoilé. 

    Le 2 septembre 2024, Fifty Fifty annonce Love Tune, le deuxième mini album du groupe, premier de la nouvelle line-up avec le single « SOS », sorti le 20 septembre. 

    Les cinq membres partent en tournée aux Etats-Unis d’Amérique avec le tourneur MyMusicTaste. Le « Love Sprinkle Tour in USA » se déroule en novembre 2024, cependant la réaction des fans de K-pop est mitigée. 

    Le 9 décembre, le quintet sort deux chansons pour célébrer Noël dans un single digital nommé Winter Glow. En janvier, Fifty Fifty sort un album composé de remix de leur premier EP nommé Love Tune : Rewired

    Les nouvelles membres semblent être appréciées par le public coréen, et leur début « SOS » a été bien reçu. Néanmoins, ce succès est très relatif par rapport à ce que l’ancienne line-up a connu avec « Cupid », et il faudra probablement beaucoup d’efforts de la part de l’agence pour connaître à nouveau ce niveau de réussite. 

    Fifty Fifty ont fait un comeback le 29 avril avec le titre « Pookie ». Cependant, le 7 mai, Attrakt annonce que Keena fera une pause dans ses activités. Cette dernière souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique (PTSD), les deux parties ont convenu d’un hiatus pour que Keena se remette à son rythme. Le groupe fait donc actuellement des promotions en tant que quatuor, sans Keena.

    Attrakt a également annoncé le 5 février 2025 tenir des auditions globales pour recruter les membres de son futur boygroup. Les candidats doivent être nés entre 2007 (18 ans) et 2012 (13 ans). 

    Notes : 

    Nous remercions le compte Twitter / X FightForFifi qui mène le boycott depuis le début de l’affaire et réunit toutes les informations disponibles. Cette archive nous a permis d’approfondir notre travail de recherche afin de rédiger un article clair et fiable. De même, des documents postés par les membres elles-même sur leur compte Twitter / X fifi20221118 ont été utilisés et traduits. 

    Beaucoup de sources de différents médias de confiance coréens ont été utilisées pour cet article, avec des traductions effectuées sur Papago. Ces dernières peuvent comporter quelques erreurs de nuance sur certains mots. Les traductions de l’anglais au français ont été effectuées par l’auteure de cet article. 

  • CAFFÉ LUNGO : Tout ce que l’on sait du conflit entre NewJeans, ADOR et HYBE

    CAFFÉ LUNGO : Tout ce que l’on sait du conflit entre NewJeans, ADOR et HYBE

    Après un debut en fanfare en 2022 et deux années d’activités aussi soutenues que couronnées de succès, le groupe NewJeans a vu le conte de fées tourner au cauchemar et est désormais engagé dans une bataille judiciaire et médiatique contre son agence ADOR. État des lieux de cet affrontement aux multiples rebondissements. 

    Si vous aimez la K-pop, impossible d’être passé à côté de NewJeans. Avec “Attention”, “Hype Boy”, “Ditto”, “OMG” ou encore “Super Shy”, le 2ème girl group de l’empire HYBE a explosé dès son debut et enchaîné les titres à succès. 

    Depuis leur apparition sur la scène musicale sud-coréenne, les cinq chanteuses de NewJeans cumulent en effet les records, au point d’être remarquées dans le monde entier. De grands médias comme TIME, Variety ou Forbes font leur éloge et en seulement 2 ans, elles s’imposent comme l’un des groupes les plus célèbres de l’industrie. 

    conflit newjeans

    Pourtant, alors qu’une chance exceptionnelle semble sourire au groupe et que ses membres jouissent d’une carrière à la progression fulgurante, les choses se gâtent en avril 2024 : les médias sud-coréens révèlent l’existence d’un conflit profond opposant les actionnaires de HYBE à Min Heejin, la PDG d’ADOR, l’agence de NewJeans. 

    Un peu de contexte

    Pour bien cerner l’environnement dans lequel évolue les membres de NewJeans, il faut remonter à 2005, à la création de Big Hit Entertainment. Ce qui n’est à l’époque qu’une petite agence de K-pop fondée par Bang Si-hyuk, un ancien producteur de JYP Entertainment, tire son épingle du jeu dans les années 2010 en créant le groupe BTS, qui explose  à l’international durant la 2ème moitié de la décennie.

    Forte de ce succès mondial (et donc financier), l’entreprise Big Hit Entertainment commence alors à s’étendre en rachetant d’autres labels : Source Music en 2019 puis Pledis Entertainment et KOZ Entertainment en 2020. Big Hit confonde aussi l’agence Belift Lab en partenariat avec CJ E&M (avant de racheter la totalité de l’agence en 2023). . 

    Big Hit devient HYBE

    En mars 2021, Big Hit Entertainment annonce qu’elle se restructure en une “société de plateforme de style de vie de divertissement”, et qu’elle prend le nom de Hybe Corporation (plus simplement connue sous le nom de HYBE). Une division consacrée aux labels de musique est créée, Hybe Labels, et le nom Big Hit Entertainment est conservé pour devenir le label Big Hit Music (qui est toujours à ce jour le label de BTS et TXT). 

    hybe locaux titre

    À partir de cette restructuration, Hybe Corporation étend considérablement son champ d’activités, créant de nouvelles filiales et de nouveaux labels, et devient  rapidement l’un des conglomérats les plus puissants de l’industrie du divertissement. 

    La création d’ADOR

    Parmi ces nouveaux labels se trouve ADOR, créé en novembre 2021 et dirigé par la PDG Min Heejin. Directrice artistique pour SM Entertainment entre 2002 et 2018, elle participe notamment à la création de l’image de marque de célèbres groupes comme Girls’ Generation, Shinee, Exo ou Red Velvet. Elle rejoint HYBE en 2019 en tant que chief brand officer (responsable de la marque) et est à ce titre chargée de superviser le rebranding (changement d’image de marque) de l’entreprise. 

    min hee jin

    Dès 2019, un projet de groupe dont Min Heejin serait la directrice artistique commence chez HYBE : deux des labels de l’entreprise, Big Hit Music et Source Music, lancent des auditions conjointes pour recruter des trainees pour un futur girl group. Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein, les futures membres de NewJeans, sont donc signées par Source Music. 

    Finalement, ADOR est essentiellement créé pour permettre à Min Heejin de développer son propre groupe dans son propre label. Min Heejin possède 18% des parts du label, HYBE en possède 80%. Le projet de nouveau girl group est alors transféré chez ADOR, de même que les trainees Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein. Un an plus tard, en juillet 2022, NewJeans débute et connaît rapidement un grand succès. 

    Le début du conflit

    Après 2 ans de succès quasi ininterrompu et la sortie de 2 EPs, 3 single albums et 10 singles, les choses se gâtent donc en avril 2024. Le 22 avril, les médias coréens révèlent que HYBE a lancé une enquête interne concernant le management d’ADOR, suspectant Min Heejin de vouloir prendre le contrôle total du label et de se séparer de HYBE. 

    Selon HYBE, Min Heejin et le vice président d’ADOR, dont l’identité n’a pas été révélée, auraient fait fuiter des documents classifiés comme les contrats des artistes pour attirer de potentiels investisseurs. Ils auraient également réfléchi à des stratégies pour pousser HYBE à vendre ses parts d’ADOR. HYBE demande alors la démission de Min Heejin en tant que PDG du label. 

    ILLIT se retrouve impliqué

    Le même jour, Min Heejin répond dans un communiqué de presse aux accusations en déclarant qu’elle n’a aucune intention de se séparer de HYBE. Elle affirme que cet audit relève du media play, une technique visant à infuser dans les médias une information susceptible de créer la controverse pour attirer l’attention. Elle considère que ce media play serait pour HYBE une façon de détourner l’attention du véritable problème qui les oppose. Selon elle, HYBE souhaiterait qu’elle démissionne suite à ses plaintes concernant des similitudes entre la direction artistique de NewJeans et celle du groupe ILLIT. 

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    ILLIT est un autre girl group appartenant à l’empire HYBE, créé par Belift Lab en mars 2024, soit 2 ans après le debut de NewJeans. Composé de cinq membres, il débute avec le titre “Magnetic”. Ce debut est notamment supervisé et produit par Bang Si-hyuk, fondateur, président et principal actionnaire de HYBE. 

    Dans les jours suivants ces premières déclarations, l’audit de HYBE se poursuit au milieu des spéculations du public. Le 25 avril, l’entreprise publie le rapport qui fait suite à cet audit, dans lequel elle affirme avoir trouvé des preuves concrètes confirmant ses soupçons vis-à-vis de Min Heejin. HYBE annonce alors avoir décidé de déposer officiellement plainte pour abus de confiance contre le management d’ADOR. 

    La conférence de presse de Min Heejin

    Le même jour, Min Heejin tient une conférence de presse de deux heures en compagnie de deux avocats, durant lesquelles elle présente sa version des faits. Elle revient sur sa relation avec les cadres exécutifs de HYBE, SMS à l’appui, et sur la création des 3 girl groups actuels de l’agence : LE SSERAFIM, NewJeans et ILLIT. 

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    Elle explique qu’il était prévu que NewJeans soit le premier girl group à débuter sous HYBE et s’être sentie trahie lorsque ce fut finalement LE SSERAFIM qui débuta en mai 2022 (deux mois avant NewJeans). 

    À noter qu’une des particularités de NewJeans est d’avoir débuté sans aucune promotion préalable (là où la plupart des groupes de K-pop annoncent progressivement leur line up avant de sortir leur première chanson). Min Heejin explique dans sa conférence de presse que cela est dû au fait que HYBE avait forcé ADOR à ne pas promouvoir NewJeans en amont de leur debut pour concentrer l’attention du public sur le debut de LE SSERAFIM. 

    Min Heejin explique s’être sentie trahie une seconde fois par HYBE au moment du debut d’ILLIT, groupe créé par un autre label de l’entreprise avec un concept, selon elle, similaire à celui qu’elle avait créé pour NewJeans. Enfin, elle affirme avoir le soutien des membres de NewJeans ainsi que de leurs parents. 

    Min Heejin conserve son poste…

    Tout au long du mois de mai, HYBE et Min Heejin se répondent par communiqués de presse interposés, chacun démentant les déclarations de la partie adverse. De nouveaux éléments sont amenés par chacun à l’attention du public et de la justice pour défendre leurs versions.

    Le 17 mai, une audience a lieu devant le tribunal central de Séoul dans le cadre d’une procédure d’injonction démarrée par Min Heejin à l’encontre d’HYBE. Une procédure d’injonction consiste à demander à un tribunal d’obliger une personne à faire, ne pas faire ou de cesser de faire quelque chose. Elle permet plus largement d’obtenir une réponse du tribunal sur un aspect précis d’une procédure en cours, qui prendra plus de temps à être résolue par la justice. 

    En l’occurrence, cette audience doit déterminer si HYBE peut démettre Min Heejin de ses fonctions de PDG lors de la réunion du conseil d’administration d’ADOR, qui doit avoir lieu le 31 mai. Chaque partie présente ce jour-là ses arguments et preuves devant la cour. 

    conflit newjeans

    Le 30 mai, le tribunal rend sa décision : il estime que Min Heejin a bien essayé d’agir contre HYBE et de séparer ADOR de l’entreprise, mais que son contrat lui interdit d’agir contre ADOR, et non pas contre HYBE. Le jugement considère qu’elle n’a pas nuit à ADOR et que HYBE ne peut donc pas la démettre de ses fonctions de PDG du label. 

    En conséquence, au cours de la réunion du conseil d’administration d’ADOR, Min Heejin reste PDG du label. Deux de ses collègues proches et membres du conseil d’administration d’ADOR, non protégés par la décision de justice, sont en revanche remplacés par HYBE, qui nomme trois nouveaux membres du conseil d’administration. Le même jour, Min Heejin tient une nouvelle conférence de presse au cours de laquelle elle se déclare soulagée et invite HYBE à une réconciliation pour le bien de tous. 

    …Avant d’être démise de ses fonctions

    En juillet, les investigations de la police coréenne dans le cadre de la plainte pour abus de confiance déposée par HYBE contre Min Heejin se poursuivent. En effet, la décision de justice rendue au mois de mai était liée à une autre procédure, la plainte est donc toujours en cours. De manière générale, de nombreuses plaintes sont déposées dans cette affaire, par Min Heejin et HYBE dans le cadre de procédures diverses, mais aussi par d’autres labels de HYBE, comme BeLift Lab, contre Min Heejin pour diffamation contre ILLIT. Ces affaires sont toujours en cours.

    L’affaire connaît un nouveau rebondissement le 27 juillet : à la suite d’une nouvelle réunion du conseil d’administration d’ADOR, le label annonce que Min Heejin cesse d’être PDG. Elle est remplacée par Kim Jooyoung, spécialiste des ressources humaines, mais reste membre du conseil d’administration du label et productrice pour NewJeans. Dans les jours qui suivent, Min Heejin déclare que cette décision a été prise sans son consentement et qu’elle ne peut accepter les termes “déraisonnables” de son nouveau contrat. 

    Les membres de NewJeans prennent la parole

    Le 11 septembre, un lien est posté sur le compte Twitter officiel de NewJeans : celui d’un live démarré sur une nouvelle chaîne Youtube par les cinq membres de NewJeans. Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein font bloc en faveur de Min Heejin et demandent qu’elle récupère son poste de PDG d’ADOR avant le 25 septembre. 

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    Danielle explique qu’elle considère HYBE comme une “entreprise inhumaine” et que Min Heejin est “irremplaçable” et fait partie intégrante de l’identité de NewJeans. Peu après la fin du live, la vidéo, la chaîne Youtube et le tweet sont supprimés. 

    Le 25 septembre, ADOR annonce refuser de réintégrer Min Heejin comme PDG d’ADOR, mais réitère sa décision de lui permettre de rester membre du conseil d’administration et productrice de NewJeans. 

    Hanni témoigne devant l’Assemblée nationale

    Le 30 septembre, Hanni, membre de NewJeans, est appelée à témoigner devant l’Assemblée nationale de Corée du Sud dans le cadre d’un audit sur le harcèlement moral au travail, à la suite d’une de ses déclarations pendant le live du 11 septembre. Elle y raconte qu’un manager d’ILLIT aurait demandé au groupe de l’ignorer, qu’elle s’en serait plainte à la nouvelle PDG d’ADOR et que celle-ci ne l’aurait pas défendue. Le 7 octobre, Belift Lab dément cette information. 

    Hanni témoigne devant l’Assemblée nationale le 15 octobre. Elle réitère ses accusations et parle d’une atmosphère “négative” au sein de HYBE et d’un environnement de travail “hostile” au sein duquel les membres de NewJeans auraient été traitées injustement. 

    L’escalade : NewJeans quitte ADOR

    Le 13 novembre, dans un document officiel envoyé à ADOR, les membres de NewJeans demandent à nouveau à ce que Min Heejin redevienne PDG du label. Si leur demande ne reçoit pas une réponse favorable dans les 15 jours qui suivent, les membres affirment qu’elles prendront des mesures légales pour mettre un terme aux contrats qui les lient à ADOR. 

    Le 20 novembre, Min Heejin annonce dans un communiqué de presse qu’elle démissionne de son poste chez ADOR et qu’elle quitte donc le label et HYBE. 

    Le 28 novembre, dernier jour de l’ultimatum posé à ADOR, les cinq membres de NewJeans tiennent une conférence de presse pour annoncer leur décision de quitter le label. Le lendemain, elles réaffirment leur décision dans un communiqué de presse et estiment qu’ADOR n’a pas respecté les termes de leurs contrats (elles citent le devoir d’ADOR d’agir “dans l’intérêt du groupe”) et qu’elles sont donc en droit de quitter le label sans lui payer d’indemnités. Selon elles, leur contrat prend fin de manière effective immédiatement. 

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    Le même jour, ADOR déclare que le contrat de NewJeans reste valable jusqu’au 31 juillet 2029 et qu’ils ont l’intention de continuer d’être le label du groupe. Le 5 décembre, l’agence annonce entamer une procédure judiciaire pour qu’un tribunal confirme que le contrat de NewJeans reste valable. Depuis, l’agence a aussi lancé une procédure pour que le tribunal empêche les membres de NewJeans de signer des contrats publicitaires sans l’accord d’ADOR. 

    Un nouveau nom

    Le 7 février, plusieurs semaines après la création d’un nouveau compte Instagram gérées par elles, Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein dévoilent leur nouveau nom de groupe : NJZ. Elles annoncent également qu’elles seront présentes au festival ComplexCon à Hong Kong le 23 mars et qu’elles performeront à cette occasion une nouvelle chanson. 

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    Le même jour, le média américain CNN publie un article et une interview exclusive dans lesquels les membres du groupe reviennent sur cette annonce. Le groupe a également accordé une interview au média CNBC. Dans ces deux interviews, elles évoquent l’envie que le conflit qui les oppose à ADOR ne définisse pas leur carrière, et teasent une nouvelle ère pour leur musique : “Nous allons vers quelque chose de beaucoup plus mordant, de beaucoup plus audacieux” a déclaré Hanni. 

    En réponse, ADOR déclare regretter la décision unilatérale de changement de nom par les membres du groupe, alors qu’aucun jugement n’a encore été rendu. L’agence réitère son intention de “protéger la valeur de la marque NewJeans” et se déclare à nouveau disposée à rencontrer les membres du groupe ou leurs représentants légaux pour “clarifier tout malentendu et discuter des futures activités du groupe”. Dans l’interview accordée à CNBC, Hanni avait affirmé que le groupe ne réintégrera “jamais” ADOR ou HYBE. 

    Et maintenant ?

    À l’heure actuelle, l’avenir de NewJeans/NJZ reste particulièrement flou. En effet, malgré la volonté assumée des membres du groupe d’aller de l’avant et de laisser ADOR et HYBE derrière elles, difficile de prédire ce qu’il va se passer pour elles dans le futur dans la mesure où l’on attend encore que la justice coréenne tranche le différend qui les oppose à leur agence. 

    Deux dates importantes sont attendues pour espérer y voir plus clair : le 7 mars aura lieu l’audience liée à la procédure entamée par ADOR pour empêcher Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein de signer des contrats publicitaires sans l’accord d’ADOR. Chaque partie présentera ses arguments durant cette audience et la justice coréenne devrait rendre sa décision quelques semaines plus tard. 

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    Le 3 avril, la 1ère audience dans le cadre de la procédure visant à déterminer si le contrat des membres de NewJeans/NJZ avec ADOR reste valable aura lieu. C’est cette procédure qui est particulièrement importante et déterminera l’avenir du groupe. 

    L’avenir du groupe en suspens

    Si la justice déclare que NewJeans/NJZ peuvent légalement quitter ADOR comme elles l’ont fait, elles seront libres de poursuivre leur carrière dans un autre label. En revanche, si leur contrat, qui devait courir jusqu’en 2029, est considéré comme valide par le tribunal, alors les cinq artistes s’exposent à devoir verser à ADOR de lourdes indemnités. Le Korea Times estime à 213 millions de dollars la somme que le groupe pourrait devoir verser à l’agence. 

    En attendant, alors que les membres du groupe anime elles-mêmes le compte Instagram @njz_official, le compte @newjeans_official continue d’être alimenté par les équipes d’ADOR, énième signe que l’agence ne compte pas se séparer aussi facilement du groupe. À côté de ça, on se demande aussi qui gère NJZ à l’heure actuelle, et qui produira et distribuera la chanson que le groupe doit performer le 23 mars à Hong Kong. 

    Alors que de nombreuses procédures judiciaires impliquant NewJeans/NJZ, ADOR, HYBE, Min Heejin ainsi que d’autres labels de HYBE sont encore en cours, on ne peut donc qu’attendre que la justice fasse son travail, tranche ces nombreux différends et décide ainsi de quoi l’avenir de Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein sera fait. 

  • CAFFÈ LUNGO : La K-pop dans le Youtube Game français

    CAFFÈ LUNGO : La K-pop dans le Youtube Game français

    Depuis plusieurs années, la K-pop s’immisce dans les médias français. Que ce soit sous forme de reportages sur les chaînes, d’invitations dans certaines émissions ou à des évènements tels que le Gala des Pièces Jaunes, il n’est plus anodin de retrouver nos idols préférés dans notre quotidien pourtant loin des paillettes de l’industrie musicale sud-coréenne. Cette dernière est également de plus en plus présente sur Youtube grâce à certains créateurs qui la mettent en valeur sous toutes ses couleurs. 

    La plateforme Youtube est idéale pour partager sa passion pour la K-pop : réagir aux nouveautés, filmer un vlog à l’occasion d’un concert ou encore créer des compilations de moments drôles pour faire découvrir un groupe, il est facile de trouver son bonheur. Quelques noms comme Kevin Tran et Louis San sont récurrents lorsqu’il s’agit de traiter, avec du contenu créatif et humoristique, certains sujets à propos de l’Asie de l’Est. Mais si ces Youtubeurs ont fait de leur attrait pour la Corée du Sud et l’Asie en général leur marque de fabrique, d’autres s’y confrontent plus ponctuellement, au gré de leurs envies et en fonction de leur type de contenu.

    La mode, une passerelle étroite

    Impossible de parler de mode sur Youtube sans évoquer Léna Mahfouf, aka Léna Situations, qui emmène ses 2.95 millions d’abonnés dans ses aventures. Au-delà de ses “vlogs d’août”, Léna est connue pour sa passion pour la mode. En plus d’avoir créée sa propre marque intitulée Hôtel Mahfouf, elle est invitée par les plus grandes marques pour assister aux défilés lors de la fashion week de Paris mais aussi au fameux Met Gala, l’événement de mode planétaire organisé chaque année par Anna Wintour. En 2024, elle y a croisé Jennie (Blackpink) ainsi que les huit membres de Stray Kids qui faisaient leur première apparition sur le tapis rouge. Elle a immortalisé ses rencontres avec son appareil photo jetable, les téléphones portables étant interdits.

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    photo de Stray Kids au Met Gala prise par Léna Situations (Instagram)

    Moins d’an plus tard, Léna invite Jennie sur sa chaîne Youtube pour son format de relooking : des stars internationales doivent créer trois tenues à partir de sa garde-robe insolite déplacée dans les plus beaux hôtels parisiens. Jennie, comme ses prédécesseures Lily Collins et Ashley Park (Emily in Paris), se voit attribuer trois thèmes dont celui de préparer une tenue pour assister à son concert. Elle sélectionne avec minutie les pièces qu’elle se plaît à assembler pour créer des tenues adaptées aux différentes situations imposées.

    Depuis quelques années, les premiers rangs des défilés de mode pendant la fashion week sont principalement occupés par des influenceurs et des idols de K-pop. Ces événements filmés et documentés donnent souvent lieu à des clichés uniques qui immortalisent ce multiverse et font jaser sur la toile. Si Léna prend l’habitude de poster des photos en compagnie de Hongjoong, le leader d’Ateez dès qu’elle le croise à un défilé, d’autres youtubeurs profitent de leurs invitations pour filmer du contenu pour un vlog spécial mode.

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    Léna Situations et Kim Hongjoong (Ateez) au défilé Jacquemus en janvier 2025

    Mcfly et Carlito se sont prêté au jeu lors du défilé Lacoste et, tandis qu’ils s’amusent à repérer des célébrités dans le public et à les attraper comme s’ils étaient des Pokémons, Soyeon de (G)-Idle est aperçue au premier rang et ajoutée dans leur pokédex.

    Maghla, invitée par Louis Vuitton, assiste au premier catwalk de Felix (Stray Kids) et avoue en voix off avoir “hurlé intérieurement” lorsqu’elle l’a vu défiler.

    Dans un des épisodes de son émission Sip and Gossip, elle a lu en compagnie de Marcus (streamer) l’anecdote d’un.e fan de K-pop qui est allé jusqu’à voler son père pour acheter des albums de musique. Cette mention, bien que peu gratifiante et non représentative, marque un tournant dans la façon dont le sujet est abordé puisqu’il ne s’agit plus de découvrir ce phénomène mais de parler librement des avancées et des problématiques qui en découlent. 

    La parole libérée

    Longtemps considérée en France comme un style musical à la limite du marginal, la K-pop et ceux qui en écoutent profitent aujourd’hui de l’engouement général pour s’affirmer et libérer la parole sur le sujet. Cette évolution se ressent dans le Youtube Game français qui a vu grandir des youtubeurs comme Sulivan Gwed et Bilal Hassani, fans de K-pop depuis les années 2010.

    Aujourd’hui, ils parviennent à allier cette passion avec leurs intérêts au quotidien, qui sont respectivement la mode et la musique. Tandis que Sulivan rencontre ses idols préférées lors des défilés et se prête au jeu des dance challenge avec deux membres d’Illit, Bilal Hassani fait des reprises de chansons telles que Eyes Nose Lips de Taeyang (Big Bang) qu’il performe sur le plateau de Cstar.

    Fin 2024, il anime un débat à propos de la K-pop pour la station de radio Mouv’ dans le cadre de sa chronique intitulée “Song I.D” également diffusée sur Youtube. Lui et ses invités font un rappel historique et chronologique de la naissance de la K-pop à aujourd’hui tout en partageant leurs propres anecdotes et recommandations. 

    Des reportages loin des clichés

    Si les documentaires sur l’industrie musicale sud-coréenne et son impact en France sont de plus en plus produits et diffusés à la télévision, les fans ne cessent de s’insurger du non-professionnalisme de certains journalistes : prononciation à la française de termes anglais et coréens ou encore contenu et adjectifs répétitifs d’un reportage à l’autre, sans oublier la vision souvent péjorative donnée aux fans. Sur Youtube, les contraintes sont moindres, ce qui laisse une liberté non négligeable aux créateurs tels que Pape San qui propose en 2021 un documentaire sur le quotidien de quelques trainees (apprenties) de l’agence SG Entertainment. 

    Début février, c’est sur la chaîne d’Hugo Décrypte qu’est posté un documentaire qui expose les risques et les difficultés auxquels les idols sont confrontés. Le journaliste interviewe une élève de l’agence High Up Entertainment (agence notamment de StayC) qui rêve de devenir idol, ainsi qu’une chanteuse qui se lance en solo après avoir quitté son groupe. Régimes et nuits blanches rythment le quotidien des deux artistes qui se confient sur leurs ambitions et leurs conditions de vie. La jeune soliste évoque l’impact de l’industrie sur sa santé mentale, un sujet tabou dans la société sud-coréenne, et incite les futur(e)s trainee à rester proche de leur entourage et à se reposer sur eux dans les moments difficiles. 

    5 ans plus tôt, alors que BTS venait de remplir deux fois le stade de France, Hugo Décrypte avait posté une courte introduction de l’impact et des objectifs du groupe afin d’expliquer l’ampleur du phénomène.

    Squeezie : fan malgré lui

    En 2022, Squeezie sort le premier épisode de son format intitulé “Qui est l’imposteur” aux côtés de Jonathan Cohen et Mister V. Face à eux, trois présumés fans de K-pop répondent à leurs questions ainsi qu’à un quiz spécial K-pop tandis qu’ils essaient de démasquer l’imposteur. Les trois enquêteurs, bien que peu connaisseurs, surprennent tout de même les fans avec notamment la mention du concert d’Ateez faite par Mister V.

    Mais les adeptes des vidéos de Squeezie se souviennent sûrement de sa période de “fan malgré lui” qui remonte à l’année 2016. En effet, il disait avoir un.e fan de K-pop dans son entourage et plusieurs de ses montages vidéos contenaient des extraits de clips d’EXO et de BTS. Avant son premier voyage en Corée du sud, il avait réagit aux chaînes youtube les plus populaires du pays, dont le top 10 étaient sans surprise des chaînes de musique. Squeezie avait alors réagi au dernier titre en date de BIG BANG, “Fxxk it”. Il fait également le connaisseur en expliquant ce qu’est l’agence SM Entertainment puis regarde quelques clips dont “Lotto” de EXO, “TT” de Twice et “Blood Sweat and Tears” de BTS qu’il commente rapidement. 

    La culture des réactions

    Sur Youtube, les vidéos de réactions sont nombreuses : dégustations culinaires, objets insolites ou encore nouveautés musicales, il en existe pour tous les goûts. Côté K-pop, certains (re)découvrent ce genre musical en filmant leur réaction aux clips. C’est le cas de Maroua, connue sous le pseudo TheDollBeauty, qui réagit aux groupes populaires des nouvelles générations. Cette ancienne fan de la seconde génération pioche parmi les recommandations de ses fans et donne son avis à chaud sur le style et le clip de certaines chansons dont “Love shot” de Exo, “On” de Bts et “Maniac” de Stray Kids. 

    D’autres sont assistés par des amis qui leur font découvrir la K-pop, comme Sora qui réagit aux recommandations de son ami Kai en 2019. De BOA à Blackpink en passant par 2Ne1 et TVXQ, ils passent en revue quelques classiques qui ne déplaisent pas à l’initié. 

    Mais parfois l’impact est tel qu’une passion naît de ces vidéos réactions. C’est le cas en 2018 pour Romy, Youtubeuse lifestyle, qui réagit à quelques clips avant de s’intéresser à la skincare puis au pays dans sa globalité et d’y voyager régulièrement. En 2024, après plusieurs vlogs et vidéos de dégustation, elle enregistre un micro-trottoir en Corée et pose des questions “osées” aux français et coréens qu’elle croise dans les rues de Hongdae (Séoul). 

    Ce type de contenu est aussi très populaire sur la plateforme de streaming Twitch, qui permet aux streamers de réagir en direct et de bénéficier d’indications et de recommandations de la part des fans. Amine a notamment posté sur youtube les extraits de son live où il découvre la K-pop. Il réagit entre autres au hit “Bouncy” de Ateez qu’il acclame : “la prod[uction] est monstrueuse et le clip est exceptionnel”. 

    Conclusion

    En France, Youtube est devenue une plateforme de création de contenu reconnue qui permet aux plus appliqués de s’épanouir dans le monde de la vidéo et de partager leurs passions. La K-pop s’y est faite une place grâce à des formats de contenu variés qui ne cessent de plaire et de surprendre les fans tout en titillant la curiosité des non-initiés. En ce mois de fashion week, on espère assister à de nouvelles rencontres et interactions entre ces deux mondes que tout oppose. 

  • CAFFÈ LUNGO : Forum Citoyen de KCRC France, la paix par la coopération économique inter-coréenne.

    CAFFÈ LUNGO : Forum Citoyen de KCRC France, la paix par la coopération économique inter-coréenne.

    cr photos : Marie pour Dear. korea (+82)

    Le 9 novembre 2024, l’association KCRC France a organisé un forum citoyen dans les locaux de Sciences Po à Paris. Son thème : envisager la paix sur la péninsule coréenne par le biais de l’intégration de la Corée du Nord dans l’économie mondiale, a été présenté puis discuté par plusieurs intervenants venus du monde entier pour l’occasion. Nos journalistes y ont assisté et vous proposent un retour concis et en image du forum. 

    Présentation de l’association KCRC 

    KCRC France est la branche française de l’ONG KCRC (Korean Council for Reconciliation and Cooperation) (Conseil Coréen pour la Réconciliation et la Coopération) basée en Corée du Sud et lancée en 1998. Son objectif est de sensibiliser le monde à l’histoire et aux relations inter-coréennes mais aussi d’envisager la paix par la réconciliation des deux Corées. KCRC France poursuit cette ambition en organisant des forums et des conférences à Paris depuis 2022. Leurs thèmes varient, bien que le sujet central reste la paix, avec par exemple un premier forum ayant pour thème “La Corée pour la Paix, quel rôle pour l’Europe ?” ou encore celui traitant du lien entre “Art et Paix, l’art à travers la frontière” en novembre 2023. Ces forums ont permis à l’association de remporter deux prix de la part du Ministère de l’Unification sud-coréen. 

    En plus des 20 membres professionnels, le comité étudiant de KCRC France compte plus d’une trentaine de bénévoles qui participent à l’organisation des conférences mais aussi à la communication des objectifs de l’association, notamment par le biais des réseaux sociaux. Avec plus de 200 participants, ce forum est un nouveau record battu pour ce collectif de jeunes engagés dont l’association se dit reconnaissante et admirative de leur dévouement et implication.

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    Hoon Moreau, présidente de KCRC France

    Ouverture du forum

    Le forum a ouvert sur plusieurs discours de la part des représentants de KCRC FRANCE dont la présidente Hoon Moreau et le conseiller Park Jong Bum. Tous deux sont présentés par deux membres du comité étudiant de KCRC France qui seront les hôtes du forum. L’ancien PDG de Hyundai Mipo Dockyard (branche du secteur naval de Hyundai) et actuel président de KCRC Corée, Sohn Myoung Won, prend ensuite la parole pour faire un rappel du rôle de l’Union Européenne dans l’intégration économique de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. L’objectif est de démontrer qu’une paix commune peut être trouvée par le biais de l’économie. Kim Young Ho, le ministre sud-coréen de l’unification, rappelle ensuite les enjeux de la situation actuelle en évoquant les provocations militaires subies par la Corée du Sud. Il insiste sur la nécessité d’établir la paix sur la péninsule et promeut une unification basée sur la liberté de chacun. 

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    Cette première partie est clôturée par Catherine Dumas, vice-présidente de la commission des Affaires Étrangères de la Défense et des Forces armées du Sénat et présidente du groupe d’amitié entre la France et la Corée du sud. Elle rappelle la proximité de territoire et d’histoire entre les deux Corées et mentionne le selfie pris par les pongistes sud et nord coréen pendant les Jeux Olympiques de Paris. Catherine Dumas se dit aussi en mesure de faire remonter les échanges et initiatives émises au cours de ce forum citoyen jusqu’au Sénat français qui a la volonté de «coopérer pour faire face à ces nouveaux défis».

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    La péninsule coréenne dans les relations internationales et ses enjeux stratégiques pour la paix par Pascal Boniface

    Les conférences sont introduites par Pascal Boniface, fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (l’IRIS). Il évoque d’abord le succès économique florissant de la Corée du sud qu’il dit fondé sur le «talent» et le «sens du collectif et de l’intérêt national» ; des qualités, selon lui, manquantes en Corée du Nord alors que le gouvernement privilégie «son confort au dépens de la nation». Il doute que les dirigeants acceptent la politique de dénucléarisation du pays en cas d’accord concernant son entrée dans l’économie mondiale car «l’arme nucléaire fait office d’assurance vie du régime».

    Pascal Boniface insiste sur l’écart palpable entre le nord et le sud en termes de fonctionnement des sociétés, de taux de population et de modernisation. Il se dit également sceptique concernant l’apport d’un soutien économique de la part du Japon et de la Chine comme l’a fait l’Europe au moment de la réunification de l’Allemagne.  

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    Histoire économique de la péninsule coréenne par Choi Jangho

    La première conférence est donnée par Choi Jangho, Chef de l’équipe d’unification et de coopération internationale de l’Institut coréen de politique économique internationale (KIEP). Ses propos, appuyés par des graphiques et des photos d’archives, permettent de faire un rappel sur les dates et évènements clés dans l’évolution de la Corée du Nord depuis la division de la péninsule. 

    Dans les années 1990, une crise économique en Corée du Nord, avec notamment une hausse du prix du pétrole, a plongé le pays dans une période de pénurie et de famine. Tandis que la Corée du sud obtient de l’aide économique de la part du Japon, apaisant les tensions restantes de la colonisation (1910-1945) et démontrant que le terrain économique peut être une voie pour la paix, le Nord ne bénéficie pas de ses anciens alliés. Ainsi, au début des années 2000, une première coopération entre les deux parties de la péninsule coréenne a été mise en place dans le cadre de la Politique du Rayon de Soleil.

    Cette initiative menée par le président Kim Dae-jung se solde par un échec lorsqu’en 2008, une touriste est fusillée par un soldat nord-coréen dans les hauteurs du Mont Kumgang, situé à la frontière entre les deux Corées. Cette période marque également la réactivation de la création d’armes nucléaires en Corée du Nord tandis que le processus de démantèlement venait d’être engagé. 

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    Choi Jangho garde une vision positive néanmoins rationnelle concernant un potentiel futur commun. Les deux Corées devraient en premier lieu «réguler les distances et les différences» qui empêchent un rapprochement afin «d’établir la paix». Un levier de négociation pourrait alors être envisager concernant les échanges et l’intégration économique de la Corée du Nord à condition que cette dernière «accepte l’abandon de son projet nucléaire».

    Construction européenne et paix par René Schwok 

    Le forum se poursuit avec la conférence de René Schwok, enseignant au Département de science politique et titulaire de la Chaire Jean Monnet à l’Institut européen de l’Université de Genève. 

    Contrairement aux autres intervenants qui proposent de s’inspirer du modèle européen pour atteindre la paix via une collaboration économique, René Schwok se dit «sceptique» quant à cette approche. Bien que l’Europe ait contribué à la «normalisation de la situation allemande sur la scène internationale» en évitant les tensions, il doute qu’un tel phénomène puisse se reproduire sur la péninsule coréenne. Cela impliquerait que les deux États adoptent et respectent la démocratie ainsi que le «libre établissement des personnes, l’abolition du contrôle des frontières et la libre circulation du capital» : des sujets sensibles pour la Corée du Nord. Dans cet idéal, il faudrait également «éviter de créer un sentiment d’humiliation ou d’infériorité chez les plus faibles» avec pour solutions une «solidarité» et une «surreprésentation des minorités». 

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    René Schwok évoque aussi l’idée du panasiatisme, une doctrine politique, culturelle et sociale qui valorise l’identité commune que partagent les différentes populations vivant en Asie Orientale. Une fois de plus, la réticence de la Corée du Nord quant au libéralisme politique pose problème. Il s’inspire alors du modèle de l’accord de libre échange entre la Suisse et la Chine : aucune dimension politique n’y est associée et toute contrainte concernant, entre autres, les droits de l’Homme, est exclue. 

    Table ronde

    La dernière partie du forum consiste en une table ronde animée par Zion Lee, membre du Comité Étudiant de KCRC France, et oppose les deux conférenciers cités précédemment ainsi que Olivier Routeau, directeur de l’ONG Première Urgence Internationale. Cette ONG vient en aide aux populations «marginalisées ou exclues par les effets de guerres, de catastrophes d’origine naturelle et de situations d’effondrement économique» dans plus de 25 pays, dont la Corée du Nord avant la fermeture du pays en 2020. L’ONG opère dans ce pays sous le nom d’unité technique européenne et a ouvert un premier programme d’aide dans le domaine de la santé en 2002 puis de développement agricole en 2008. 

    Le débat s’ouvre avec la question fermée posée au public avant le début du forum : “Devrait-on poursuivre une coopération  économique  avec la Corée du Nord sans conditions de dénucléarisation au préalable ?”. Les résultats du sondage sont ex aequos, démontrant la pertinence de la question de la conditionnalité dans cet accord. Concernant la dénucléarisation, Choi Jangho explique qu’un accord aura plus de chances d’être conclu si une telle contrainte est écartée. Il fait également un rappel de la situation actuelle du pays qui a subi d’importantes pertes agricoles en 2021 et connaît actuellement un pic de construction de logements avec plus de 50 000 nouvelles habitations. 

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    Lors de sa prise de parole, Olivier Routeau expose l’impact des sanctions sur l’efficacité et le coût des actions entreprises en Corée du Nord. Les capacités opérationnelles restent «très limitées» malgré le développement de leur savoir-faire sur le territoire ces vingt dernières années et remarque une «dégradation de la situation humanitaire», notamment à cause de la sécheresse qui a touché les terres agricoles en 2021. Son objectif est donc de pouvoir «retourner rapidement et efficacement» sur le territoire Nord-Coréen et espère que le contrat de soutien entre l’Union Européenne et l’ONG Première Urgence Internationale sera remis en vigueur. 

    René Schwok propose une approche «constructiviste» par la diffusion du soft power sud-coréen en Corée du Nord. Bien que cette diffusion soit illégale et mette en danger les nord-coréens qui la consomment, c’est pour eux un moyen de prendre conscience de l’existence d’autres réalités et modes de vie auxquels ils n’ont pas accès autrement. 

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    Le public a pu poser quelques questions aux intervenants.

    Conclusion du forum

    Ces quatre heures d’échanges sur les thèmes de la paix et de l’espoir sont clôturées par une présentation des futurs projets de l’association KCRC France puis d’un discours de fin donné par le président de KCRC Corée, Sohn Myoung Won. Ce dernier se dit être «très fier de la jeune génération» et de son implication dans cette recherche d’un futur meilleur pour un pays comme la Corée du Nord. Il conclut son discours avec la certitude qu’une «paix via l’économie» vaut bien mieux qu’une «paix par la guerre».

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    Sohn Myoung Won, président de KCRC Corée

    Les participants ont ensuite pu dialoguer entre eux mais aussi avec les intervenants lors du cocktail afin de prolonger les débats dans un cadre plus intimiste. 

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    Site : https://www.helloasso.com/associations/kcrc-france

    Insta : kcrc_france

    Youtube : kcrcfrance899

  • CAFFÈ LUNGO : L’essor des Webtoons : Quand la culture sud-coréenne réinvente la bande dessinée

    CAFFÈ LUNGO : L’essor des Webtoons : Quand la culture sud-coréenne réinvente la bande dessinée

    Depuis le succès fulgurant de la K-pop et des K-dramas à l’international ces dix dernières années, les webtoons, ces bandes dessinées numériques originaires de Corée du Sud, ont réussi à étendre leur influence à l’échelle mondiale.

    L’impact global des webtoons

    Bien que l’édition de manhwa (bandes dessinées coréennes) ait débuté en France il y a de nombreuses années, les mangas n’ont jamais cessé de séduire le public et n’ont pas été surpassés par les manhwa, qui restent moins connus. Cependant, avec l’émergence des webtoons, un nouveau pilier du soft power coréen est apparu sur le marché du livre et de l’édition. Leur format numérique, spécifiquement conçu pour une lecture sur smartphone, a transformé la façon dont les lecteurs consomment des bandes dessinées. Grâce à leur vaste palette de genres, allant de la romance au thriller, en passant par la science-fiction, les webtoons séduisent désormais un public de plus en plus large, tant en Corée qu’à l’étranger.

    Un autre facteur clé de ce phénomène est l’accessibilité des webtoons : gratuits et disponibles directement sur smartphone, ils sont devenus un média privilégié pour une génération connectée en permanence. Ce modèle a non seulement profité aux lecteurs, mais également aux auteurs, qui, autrefois limités à des cercles restreints, gagnent aujourd’hui en visibilité et en reconnaissance. De plus, l’interactivité qu’offrent les webtoons permet aux fans de communiquer entre eux, mais aussi avec les créateurs eux-mêmes, créant ainsi une véritable communauté mondiale.

    Une industrie en pleine expansion

    Le succès des webtoons a donné naissance à de nombreuses entreprises coréennes spécialisées dans ce format. Aujourd’hui, des sociétés japonaises, américaines et même françaises se sont elles aussi lancées dans l’aventure. Les entreprises coréennes, pionnières, ont développé des applications disponibles dans des dizaines de langues, dont le français. Avec cette montée en popularité, des entreprises françaises de webtoons sont également apparues (Delitoon, ONO (Izneo), Webtoon Factory (éditions Dupuis)…). Si ce format est solidement implanté en Asie depuis des années, il est maintenant en plein essor sur les marchés américain et européen, que les entreprises de webtoon ciblent de plus en plus.

    Adaptations et popularisation à l’international

    Ce succès n’est pas le fruit du hasard : la popularité croissante des dramas coréens et de la K-pop a grandement contribué à la diffusion des webtoons à l’étranger. De plus en plus souvent, ces œuvres sont adaptées en K-dramas, offrant une nouvelle dimension à leurs récits. Aujourd’hui, des dizaines d’adaptations de webtoons ont conquis un public international.

    La diffusion sur des plateformes comme Netflix a joué un rôle déterminant, avec des succès comme The Sound of Your Heart (2016-2017) ou Mask Girl (2023). Ces adaptations visent à attirer un public déjà acquis à ces programmes. Des titres comme Itaewon Class (2020) ou All of Us Are Dead (2022) ont connu un retentissement international. Leur impact est tel que des remakes, notamment chinois et japonais, ont vu le jour, avec des titres comme Roppongi Class (2022), la version japonaise d’Itaewon Class, ou Lookism, qui a eu droit à un drama chinois en 2019 et une adaptation en dessin animé en 2022.

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    Illustrations du webtoon et du drama Mask Girl

    Un marché en plein essor en France

    Grâce à cette popularité, les webtoons ont fait leur entrée dans nos librairies françaises ces cinq dernières années, notamment depuis la période de la pandémie de Covid-19, où leur popularité a explosé. Bien que le marché français ait d’abord été dominé par les entreprises coréennes, des maisons d’édition françaises ont progressivement investi ce secteur. Des studios français spécialisés dans la traduction, le lettrage et la relecture de webtoons voient également le jour. Cette effervescence a conduit à la création de la première école dédiée au webtoon en France : la Webtoon Academy, située à Angoulême. L’impact des webtoons se fait désormais sentir jusque dans les industries de la bande dessinée à l’international, où ils contribuent à l’émergence de nouvelles formes de culture locale.

    Un reflet des enjeux sociaux contemporains

    Au-delà du simple divertissement, les webtoons reflètent également les évolutions sociales et les préoccupations contemporaines. Des œuvres comme Navillera (2021), qui explore le thème du vieillissement et des rêves inachevés, ou My ID is Gangnam Beauty (2018) et True Beauty (2020-2021), qui traitent de la pression sociale liée à l’apparence, mettent en lumière des réalités profondément ancrées dans la société sud-coréenne. Ces pressions, particulièrement marquées en Corée du Sud, vont souvent au-delà de celles observées dans nos sociétés occidentales. Ces récits montrent que les webtoons, en plus d’être captivants, peuvent aussi aborder des thèmes sociaux forts, créant un lien entre le divertissement et la réflexion sociale.

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    Illustrations du webtoon et du drama True Beauty

    Les webtoons représentent donc une nouvelle ère pour la bande dessinée, portée par la vague hallyu qui continue de séduire le monde entier. Que ce soit pour leur format innovant, leurs récits captivants ou leur capacité à aborder des sujets d’actualité, les webtoons sont devenus un phénomène incontournable du paysage culturel global.

  • CAFFÈ LUNGO : Un nouveau scandale sexuel secoue la Corée du Sud

    CAFFÈ LUNGO : Un nouveau scandale sexuel secoue la Corée du Sud

    Des groupes féministes coréens révèlent l’existence de salons de  discussions Telegram sur lesquels plusieurs centaines de milliers d’hommes échangent des photos privées de femmes de leur entourage. Quelques années après le scandale des nth rooms, cette affaire secoue un pays qui peine à lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles.

    Trigger warning (TW) : l’article suivant évoque des salons de discussions digitaux Telegram contenant abus, violences et crimes sexuels, (pédo)pornographie et inceste.

    Depuis plusieurs jours, l’affaire prend de l’ampleur sur le réseau social X / Twitter : plus de 400 000 hommes coréens s’échangeraient sur des salons de discussion Telegram des photos intimes voire pornographiques de femmes de leur entourage : petites amies, ex, amies, camarades de classe, collègues… Mais aussi cousines, mères ou sœurs. 

    C’est l’utilisatrice X / Twitter @.Queenarchive1 qui révèle le premier ces agissements. Sur ce compte, depuis supprimé par la plateforme des suites de son signalement en masse par des hommes sud-coréens, on trouve des photos (anonymisées pour protéger l’identité des victimes) partagées sur ces salons Telegram.

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    Clichés de sous-vêtements pris à l’insu des victimes, de femmes en train de dormir, voire vidéos d’agressions sexuelles, on trouve de nombreuses preuves de violence sur ces salons, hébergés par une application qui a l’avantage de permettre d’envoyer des messages cryptés et anonymes dans des groupes pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes. 

    Il semblerait même que la règle, pour rentrer dans ces salons virtuels, soit d’envoyer des photos intimes de femmes de son entourage. 

    Le fléau des deep fakes 

    On y retrouve aussi des deep fakes : des vidéos pornographiques créées grâce à l’intelligence artificielle à partir d’une simple photo. Ces vidéos, montées de toutes pièces à partir de selfies récupérés par exemple sur Instagram, concernent des femmes de tous âges, y compris des mineures. 

    Selon l’agence de statistiques Security Hero, près de 53% de femmes sud-coréennes seraient les cibles de deep fakes à caractère sexuel. Ce chiffre exorbitant place ainsi la Corée du Sud en première position de création de pornographie basée sur l’intelligence artificielle.

    Parmi ces victimes de deep fakes, 99% sont des femmes, et 94% sont des femmes qui travaillent dans l’industrie de l’entertainment : actrices, idols et influenceuses. Mais malgré ce chiffre, ce nouveau scandale de salons Telegram révèle que ce phénomène touche également des femmes anonymes, agressées par leurs proches et parfois même des membres de leurs familles. 

    Dans les esprits, le spectre des nth rooms 

    Ces révélations interviennent seulement quelques années après le scandale des nth rooms (“n-ième salle” en français), arrivé en Corée du Sud entre décembre 2018 et mars 2020. Ce nom fait référence à une autre affaire d’abus et d’exploitation sexuelle impliquant des salons Telegram. 

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    Dans ceux-ci, 260 000 utilisateurs consommaient des contenus provenant de femmes à qui était fait du chantage afin qu’elles filment des photos et des vidéos d’elles sexuellement explicites, dont des viols, des humiliations, des scarifications et de nombreuses autres formes de violences. L’accès à ces salons était payant : 200 000 won pour y entrer (soit 150 euros environ) et jusqu’à 1,5 million de won (1 100 euros environ) pour avoir accès à l’intégralité des contenus. 

    En mars 2020, plus de 100 personnes dont le principal suspect, Cho Joo-bin (accusé d’avoir orchestré le chantage de dizaines de femmes pour vendre ensuite leurs vidéos), sont arrêtées. Cho Joo-bin est condamné à 40 ans de prison. En revanche, les hommes identifiés comme ayant acheté et consommé les contenus de ces salons Telegram ne reçoivent que des peines avec sursis ou des amendes. 

    L’impact de l’indignation internationale

    A la suite de ces révélations, ce sont des dizaines de victimes qui témoignent anonymement sur X / Twitter, partageant leurs expériences traumatiques intimement liées à la misogynie encore omniprésente en Corée du Sud.

    Les médias coréens tardent pourtant à se saisir de cette affaire, et les féministes du pays en appellent donc sur X / Twitter au soutien des internautes. L’affaire, alors amplifiée en ligne par des féministes du monde entier, prend de l’ampleur et est relayée par des médias internationaux comme BBC News.

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    Le mardi 27 août, c’est finalement le président sud-coréen Yoon Suk-Yeol qui réagit à cette affaire désormais impossible à ignorer, en déclarant : « J’exhorte les autorités à mener des enquêtes approfondies et à prendre des mesures pour éradiquer ces crimes sexuels numériques ». 

    Reste à savoir désormais si cette mobilisation internationale permettra que justice soit rendue pour les victimes de ce nouveau scandale, dans un pays qui peine à lutter véritablement contre les violences sexistes et sexuelles et dans lequel le féminisme est encore largement décrié.

  • CAFFÈ LUNGO : la K-pop s’invite aux Jeux !

    CAFFÈ LUNGO : la K-pop s’invite aux Jeux !

    Cet été, Paris a accueilli les Jeux olympiques, un événement planétaire qui a permis de célébrer 41 sports en mettant en compétition des athlètes venant de plus de 200 nations différentes. Parmi elles, la Corée du Sud a brillé et récolté 32 médailles, décrochant ainsi la huitième place du classement mondial. Mais ce n’est pas tout : au-delà du talent des athlètes, c’est la culture du pays qui a été mise en avant, et parfois même malgré lui !


    Jin, porteur de flamme

    Mais revenons à l’événement qui a précédé les épreuves : l’arrivée de la flamme olympique depuis Athènes. Elle a eu l’honneur d’être portée par divers athlètes et artistes, et surtout par Jin, le hyung (membre le plus âgé) du groupe BTS !

    Jin (BTS) posant avec la torche olympique dans Paris
    X : @bts_bighit

    Il a effectivement célébré son retour après 18 mois de service militaire en défilant dans les rues de Paris, offrant au monde une séquence légendaire diffusée en direct sur les chaînes de télévision de toute la planète. De quoi émouvoir les ARMY de toutes les nations ! 


    La Korea House

    Pour réunir les athlètes et les supporters, plusieurs pays se sont vu assigner une Maison représentant leur culture. La Maison de la Corée du Sud, ouverte du 26 juillet au 11 août dans le 7ème arrondissement, a proposé plusieurs activités : poser dans un photomaton, déguster les plats coréens les plus emblématiques ou encore regarder les épreuves olympiques sur un écran géant. Plusieurs expositions mettaient en avant la culture du pays, que ce soit la musique, le cinéma ou encore la mode. Une scène était également mise à disposition pour permettre à des jeunes talents de chanter et danser sur les sons K-Pop du moment ! 

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    Hybe à l’assaut des JOs

    Si les lightsticks (bâtons lumineux) sont devenus indispensables pour les fans de K-pop lors des concerts, il en est de même pour les supporters de la Corée du Sud pendant les épreuves sportives ! En effet, c’est l’agence HYBE qui a produit en édition limitée des lightsticks spécialement pour l’événement: une version pour les athlètes et une autre pour les supporters.

    Le design plutôt minimaliste n’enlève rien à son charme et son originalité puisque aucun autre pays n’en a produit. 

    BSS

    C’est la chanson Fighting interprétée par la sous-unité BSS du groupe Seventeen qui a été sélectionnée comme hymne sud-coréen pour les Jeux olympiques. Seungkwan, DK et Hoshi ont filmé plusieurs TikToks avec tenues et lightsticks appropriés pour l’occasion !

    Les amis olympiques

    L’acteur Lee Dong Wook et le membre de SHINee Lee Min Ho ont été choisi comme “amis olympiques” pour apporter un soutien supplémentaire aux athlètes sud-coréens. Ils ont donc assisté aux épreuves depuis les gradins en plus de profiter de l’ambiance de Paris et de sa gastronomie !

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    Postée par Lee Dong Wook sur son compte Instagram

    Les deux artistes remplissent leur mission en tant qu’amis olympiques depuis les Jeux olympiques d’hiver de 2018 et de 2024 qui se sont respectivement déroulés à Pyeongchang et Gangwon (Corée du Sud). Ils attendent avec impatience les prochains Jeux prévus pour 2028 à Los Angeles !

    Ode aux fans

    La Corée du Sud s’est particulièrement investie pour diffuser sa culture pendant cet événement mondial, mais elle n’a pas été la seule. En effet, les gymnastes Alexa Moreno (Mexique) et Boryana Kaleyn (Bulgarie) ont toutes les deux utilisé des chansons du groupe Stray Kids pour leurs performances artistiques. La première a proposé un mashup de “S-Class”, “Maniac” et “Lalala” tandis que la seconde a ajouté “S-Class” à sa routine et a décroché une médaille d’argent ! L’équipe polonaise de gymnastique rythmique a quant à elle envoûté les spectateurs avec une performance sur la version instrumentale de “Black Swan” de BTS.

    Avec toutes ces actions et événements, on peut dire que la Corée du Sud a su se faire remarquer pendant ces JOs ! Saura-t-elle retrouver ce souffle aux prochains JOs de Los Angeles en 2028 ?


    Credit image de couverture : @le_Parisien

  • CAFFÈ LUNGO : le chant live et le playback dans la K-Pop

    CAFFÈ LUNGO : le chant live et le playback dans la K-Pop

    Où trouve-t-on du chant live dans la K-pop ? Comment reconnaître les différents types de live ? Est-ce que mon idol préférée fait du playback ? On vous explique tout dans cet article !

    Sur les réseaux sociaux, on trouve maintes vidéos vantant les exploits vocaux de tel ou tel membre d’un groupe de K-pop, qui ferait en direct des prouesses incroyables. On trouve tout autant de contenu fustigeant des groupes ou des idols à Coachella (où il n’y a pas de backtrack, soit une piste d’accompagnement avec l’instrumentale et les voix d’origine de l’album). La même critique se fait pour des encore stages pour leurs voix jugées chevrotantes, peu stables, ou juste totalement fausses. 

    Cependant, dans la longue histoire de la K-pop, qui commence dans les années 90, les standards pour les performances live ont bien changé. Il n’est pas rare de retrouver une performance des années 2000-2010 avec un chant bien audible. 

    Dans cette vidéo, le groupe SHINee chante sa toute première chanson « Replay » quasiment entièrement en direct.

    L’emphase dans la 4e et même 5e génération est, désormais, sur la performance. Les chorégraphies se font plus complexes, sans arrangement pour pouvoir chanter plus facilement. Le recours au playback, c’est-à-dire le fait de chanter sur une musique pré-enregistrée, sans que l’on entende le chant en direct, est beaucoup plus courant. Les chanteur·euses se contentent alors soit de mimer les sons, soit le son de leur micro n’est pas assez fort pour qu’on les entende. On peut aussi dire que la performance est en lip-sync

    Mais ce n’est pas la seule explication pour ce changement de standards : l’émergence des réseaux sociaux et la facilité à découper et rendre viraux des extraits met également plus de pression sur les idols. Le public attend alors de la perfection pendant l’intégralité de la performance, rendant un chant 100% live plus difficile à accomplir. Enfin, il est aussi possible que les agences investissent moins de temps et d’argent dans les cours de chant qu’auparavant, tant l’emphase se fait de nos jours sur le visuel et la danse. A ce sujet, la vidéo de la chaîne d’Ain’t No Other Fan sur le coaching vocal de HYBE pour Le Sserafim peut donner des pistes. 

    Cet article ne présente pas une des façons de faire comme fondamentalement meilleure ou moins bonne qu’une autre, mais cherche simplement à informer sur les différents procédés utilisés. A noter que les exemples présentés ci-dessous sont pour la plupart issus d’émissions télévisées, mais ces règles sont tout aussi valables en concert, où certaines chansons peuvent être aussi performées en playback

    Les performances en playback

    Commençons par le plus évident : les performances, le plus souvent filmées pour des shows télévisés, dans lesquelles les idols chantent sur la version enregistrée pour leur album de leur chanson, en playback complet. La focale est ainsi mise entièrement sur la chorégraphie. Il est facile de les reconnaître dès lors que l’on connaît bien la chanson ! 

    Dans cette performance de ENHYPEN en collaboration avec JYP, le chant de ENHYPEN est entièrement pré-enregistré.

    Là où cela se corse, c’est lorsque les agences prennent le soin de pré-enregistrer des versions lives des chansons, sans que les idols ne dansent. La version sera ainsi différente de celle des albums, avec même des bruits de respiration, mais sans les sons que le mouvement en direct pourrait produire. SM entertainment en tant qu’agence est très connue pour ce procédé. Un bon moyen de les reconnaître est aussi de comparer deux live à des dates différentes pour comparer les bandes-son, et ainsi juger de si la performance est ou non en playback

    Le groupe Red Velvet interprète sa chanson « Cosmic » dans une version pré-enregistrée pour sonner live, mais qui est en playback sur cette vidéo.

    Les performances avec bande-son d’accompagnement

    Ces performances, qui mêlent une bande-son avec les voix de l’album enregistré et le chant live des idols sur scène qui dansent, sont les plus courantes. Ce qui change est le niveau de ces voix d’arrière-plan par rapport au volume du micro en live sur scène. Ces niveaux font qu’il est plus ou moins difficile d’entendre les idols chanter : qui plus est lorsque les notes sont graves et donc moins fortes, ou que la chorégraphie est difficile. Il est aussi possible que l’accompagnement disparaisse lors des raps, ou que le rappeur change son flow et la hauteur de sa voix par rapport à cette bande son. 

    Le groupe Stray Kids interprète son titre « Chk Chk Boom ».

    Dans cet exemple avec Stray Kids, on entend bien les niveaux changer. Il est plus facile d’être bien entendu avec des micros à la main qu’avec des micros attachés à la tête. Les premières parties des refrains sont par conséquent plus difficiles à entendre en live, et tiennent donc plus du playback

    Ces performances se reconnaissent car on entend alors deux voix distinctes et des imperfections. Le mouvement dans le son correspond à ce qu’il se passe dans la vidéo. Les niveaux peuvent changer en fonction des membres et en fonction des passages de la chanson. 

    Le groupe Dreamcatcher interprète « Justice ». La différence entre les voix d’accompagnement et les voix en direct est particulièrement audible sur cette vidéo.

    Les performances entièrement live

    Il est vraiment difficile de trouver, dans les émissions K-pop, des exemples de live entièrement réalisés sans aucune backtrack. Au mieux, la voix en direct des idols sera beaucoup plus forte que la bande-son. Une exception cependant : les encore stages. Lors d’une émission de musique en Corée, les chansons les plus populaires de la semaine participent à un concours avec les votes de juges et des fans. La chanson gagnante se voit offrir un second passage, qu’on appelle une encore stage. Là, les idols chantent en général sans bande-son vocale et sans effectuer la chorégraphie complète.

    Le groupe Aespa interprète « Supernova » dans une version encore stage, soit sans danser et sans backtrack. On entend très bien leurs voix en direct dans cet exemple.

    Focus : les vrai-faux live sur YouTube 

    Les concerts et les émissions en direct, avec chorégraphie, ne sont heureusement pas la seule façon d’entendre des idols chanter live. Depuis quelques années, des émissions en ligne se multiplient pour montrer les talents vocaux des groupes. 

    L’émission « Killing Voice » avec le groupe Ateez, où le groupe interprète plusieurs de leurs chansons avec une emphase sur les voix de chaque membre.

    Cependant, si bien souvent les émissions sont bien enregistrées en une fois (c’est même le concept de l’émission “The First Take” ci-dessous), les arrangements en post-production sur les voix sont tellement importants qu’il est parfois difficile de parler de véritable live. Dans l’exemple de l’émission “Killing Voice” de dingo music ci-dessus, les voix des membres de Ateez sont corrigées au niveau de la hauteur des notes, si bien qu’elles sonnent parfois robotiques et artificielles. A quel point peut-on parler de live quand chaque note a été ré-arrangée au montage ? On peut aussi déplorer que le mixage des voix dans ces émissions soit souvent déplorable, rendant l’écoute peu agréable. 

    The First Take, une émission japonaise qui propose aux idols de réaliser une version de leur chanson en une seule prise.

    A signaler également, l’émission “it’s live”, qui propose des live avec un groupe de musique à l’accompagnement. Si les performances vocales sont largement éditées en post-production, l’émission peut occasionner de beaux moments musicaux. Elle permet de découvrir ses chansons préférées sous un autre angle. 

    L’émission it’s live avec le groupe NMIXX en featuring avec Young K de Day6, sur le titre « Run for Roses ». Une des versions les plus réussies de cette émission puisqu’elle propose une vraie réinterprétation de la chanson originale.

    Enfin, pour se faire une vraie idée de comment les chansons de K-Pop sont produites, pourquoi ne pas regarder les recording vlogs ? Ce sont des vidéos montrant les prises vocales brutes des idols qui enregistrent une chanson ? C’est l’occasion de les entendre sans aucun effet. Attention cependant, certaines agences n’hésitent plus désormais à mettre de l’autotune même sur les prises brutes. Ce procédé rend la vidéo contre-productive.

    Je vous propose ainsi de comparer les recording vlogs d’un même groupe, Enhypen. Sur cette première vidéo de “Bite Me”, on entend bien les prises brutes, tandis que sur celle de “Fatal Trouble”, on sent que les prises ont été corrigées en post-production. Cela s’entend à cause de l’effet robotique et de la compression (réduction de la plage dynamique audio, que l’on utilise pour rendre la voix plus audible dans un mix) appliqués. 

    Conclusion

    La K-pop, avec son envie de performance la plus optimale possible, ne laisse que peu de place aux imperfections et aux imprévus. Cependant, le fait de chanter en direct implique forcément du mouvement, des essoufflements, et même quelques fausses notes ! Et c’est cela qui fait la saveur aussi du live par rapport au playback. On ne peut qu’espérer que les standards des agences, et du public, laissent un peu plus de place aux performances authentiques. 

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    En attendant, ce petit guide peut vous aider à vous y retrouver devant la multiplicité des vidéos revendiquées comme live. Quelques ressources anglophones sur YouTube si vous souhaitez aller plus loin et exercer vos oreilles :