Catégorie : Caffè lungo

Des longs formats d’analyse sur la culture coréenne pour en découvrir toujours davantage sur le Pays du matin calme, à siroter en prenant son temps

  • CAFFÈ LUNGO : Que se cache-t-il derrière le renouvellement de contrat de KEP1ER ?

    CAFFÈ LUNGO : Que se cache-t-il derrière le renouvellement de contrat de KEP1ER ?

    KEP1ER est le premier groupe temporaire issu d’un survival show de Mnet à renouveler son contrat. Revenons sur la genèse du groupe, sa carrière jusqu’à présent, ainsi que les différences entre lui et leurs prédécesseurs afin d’essayer de comprendre pourquoi sept des neuf membres du groupe ont prolongé leur contrat. 

    Kep1er Connect 1 Concept Photo

    Les survival shows 

    Le girlgroup de neuf membres KEP1ER est issu du survival Girls Planet 999 diffusé en 2021 sur la chaîne de télévision coréenne Mnet. Cette émission est la première de la série “Planet”, successeure de la licence “Produce” de la même chaîne.

    En 2016, l’émission Produce 101 a bouleversé le concept de survival show et changé l’industrie de la K-pop pour toujours. Bien que l’existence de ces émissions de survie n’était pas nouvelle, à cette époque, elles ne concernaient que des trainees d’une agence spécifique et le nombre de personnes concourant pour une place dans le groupe final était moindre.

    Certains des exemples les plus connus étaient SIXTEEN organisé par JYP Entertainment pour la création de TWICE ainsi que WIN: Who is Next créé par YG Entertainment dont sont issus les groupes WINNER et iKON. 

    La nouvelle émission de Mnet ne suivait pas ces règles : les candidates venaient de dizaines d’agences différentes et, tout comme l’indique le titre de l’émission, 101 trainees sont en compétition pour une place dans le girlgroup final, I.O.I. 

    La première saison a été populaire immédiatement et le groupe I.O.I a connu un vrai succès malgré son contrat de moins d’un an. Les saisons et les groupes qui ont suivi ont été encore plus célèbres (Wanna One, IZ*ONE, X1). 

    On peut noter par ailleurs que l’émission a rapidement gagné un tel prestige que des versions chinoises et japonaises ont été créées. 

    Cependant, en 2019, un scandale a éclaté autour de plusieurs émissions diffusées sur Mnet et la série Produce n’a pas été épargnée. Ainsi, il a été révélé que les résultats des votes avaient été truqués depuis la toute première saison. La supercherie était allée encore plus loin lors des deux dernières saisons, puisque les membres du groupe avaient été présélectionnés par la production avant même que la finale n’ait lieu. 

    Cette découverte a conduit à l’arrêt de la version coréenne de l’émission ainsi qu’à un disband anticipé du groupe X1 issu de Produce X, la dernière saison de l’émission. Le groupe IZ*ONE a également été menacé de ce même sort avant d’y échapper suite à un nouvel accord entre les agences respectives des membres et de l’agence manageant le groupe. 

    La création de Kep1er

    Presque trois ans après, Mnet a souhaité relancer un survival show avec un concept similaire, donnant naissance à Girls Planet 999. 

    Pour changer de la formule des quatre saisons de Produce, les candidates ont été séparées dans trois groupes selon leur nationalité : le K-group pour les Coréennes, le C-group pour les Chinoises et le J-group pour les Japonaises. Lors des premiers épisodes, les candidates devaient former des groupes de trois avec une personne de chaque nationalité afin de promouvoir l’entente et la collaboration entre les candidates. 

    En Corée du Sud, l’émission n’a pas été autant suivie que ne l’avaient été Produce 101, Produce 48 et Produce X 101. Il n’y a pas de raison certaine expliquant ce phénomène, cependant il est possible que, suite au scandale lié à la chaîne de télévision, les téléspectateurs coréens n’avaient plus autant confiance dans le fait que l’émission n’était pas truquée. 

    Capture decran 2024 06 30 174329 1
    Taux d’audience en Corée du Sud de Produce 101 (2016)
    Source : Nielsen Korea
    Capture decran 2024 06 30 174354
    Taux d’audience en Corée du Sud de Produce 48 (2018)
    Source : Nielsen Korea
    Capture decran 2024 06 30 174235
    Taux d’audience en Corée du Sud de Girls Planet 999 (2021)
    Source : Nielsen Korea

    Une carrière en dents de scie

    Cependant, pour la première fois, Mnet a souhaité toucher un plus large public et l’émission était également diffusée gratuitement sur Youtube avec des sous-titres en anglais. Ainsi, Girls Planet 999 a été suivi par beaucoup de fans ne résidant pas en Corée du Sud. 

    Après plusieurs mois de préparation et des complications liées au COVID 19, le groupe a débuté le 3 janvier 2022 avec un premier mini-album intitulé First Impact

    La chanson titre “WA DA DA” est un concept teen crush, marquant immédiatement une séparation avec le style musical d’IZ*ONE, plus tourné vers l’élégance et un côté plus doux. 

    Le premier album de KEP1ER s’est vendu de manière honorable pour un groupe de ce calibre. Cependant, la chanson “WA DA DA” n’a pas été beaucoup écoutée par les personnes n’étant pas déjà fan du groupe, et n’a donc pas su toucher un large public. 

    Là où le début d’IZ*ONE était resté plusieurs mois dans le classement de divers sites de streaming, “WA DA DA” n’a ainsi jamais réellement décollé. 

    Peu de temps après leur début et dans le but de les faire connaître davantage, l’agence WakeOne a fait participer le groupe à l’émission Queendom 2, également diffusée par Mnet. C’est une stratégie qui avait déjà été utilisée pour le groupe TOO issu du survival show World Klass également créé par Mnet. En 2020, peu de temps après leur début, le boygroup avait participé à Road to Kingdom. 

    Le premier comeback du groupe a eu lieu en juin 2022 avec le mini-album DOUBLAST. “Up!” est une chanson joyeuse et estivale qui tranche avec le style musical et visuel du début du groupe. Cet album s’est encore mieux vendu que leur premier. 

    En septembre 2022, le groupe a fait son début japonais avec l’album FLY-UP. KEP1ER connaît immédiatement le succès au Japon avec 35 711 ventes dès le premier jour. Le girlgroup se hisse dans le top 10 des artistes de K-pop ayant le plus vendu de CD au Japon en 2022. 

    Pour leurs deux prochains albums coréens TROUBLESHOOTER et LOVESTRUCK!, sortis respectivement en octobre 2022 et en avril 2023, le groupe va continuer à alterner les concepts.

    C’est une stratégie souvent risquée et, dans le cas de KEP1ER, comme pour d’autres groupes, c’est un choix qui les a desservis. Les ventes d’albums ont commencé à chuter, les chansons peinant aussi à se classer dans les charts. Le groupe qui se défendait bien au départ s’est vite fait dépasser par plusieurs girlgroups concurrents. 

    White Colorful Minimalist Website Builders Comparison Chart Table Graph 2 2

    Puis, le groupe va trouver un équilibre artistique à partir de Magic Hour sorti en septembre 2023. Le concept de “Galileo” correspond mieux à la dynamique du groupe et la chanson se classe relativement bien dans les charts, atteignant même la 36e place dans le HOT 100 (30 jours) de Melon, ce qui marque leur première apparition dans ce classement. 

    Malheureusement, le groupe n’a pas réussi à remonter la pente et, bien que ses ventes restent plus qu’honorables, elles ne rivalisent pas avec celles des girlgroups les plus populaires comme IVE ou NewJeans. 

    KEP1ER a sorti d’autres albums japonais entre-temps. Il s’agit d’un marché sur lequel elles ont connu un plus grand succès, même si on ne peut pas non plus affirmer qu’elles dominent actuellement les charts japonais. 

    Malgré cette situation qui ne laissait rien augurer de bon pour le groupe, le 30 mai 2024, l’agence du groupe a annoncé que sept des neuf membres ont renouvelé leur contrat avec eux : c’est un fait assez incroyable, une première pour un groupe temporaire issu d’une émission de Mnet. 

    Kep1going On, leur dernier projet à neuf membres et le premier album complet du groupe, est sorti le 3 juin 2024. 

    ab67616d0000b2732a9f421eaffac98b470b972d

    Les résultats de KEP1ER ne peuvent pas être considérés comme étant mauvais, mais ils restent en dessous de ce que l’on peut attendre d’un groupe issu d’un survival show de Mnet. 

    Là où IZ*ONE dominait sans problème les ventes des albums des groupes de la 4e génération et arrivait à rivaliser avec plusieurs groupes établis de la génération précédente, KEP1ER n’est même pas dans le top 5 des groupes féminins de K-pop vendant le plus actuellement.

    White Colorful Minimalist Website Builders Comparison Chart Table Graph 1

    On peut cependant noter que, contrairement aux groupes issus des saisons de Produce, KEP1ER est plus populaire à l’étranger, notamment au Japon, qu’en Corée du Sud. 

    ZEROBASEONE, le deuxième groupe issu de la série Planet, est également très populaire dans plusieurs pays. Ainsi, on peut dire que cette nouvelle licence marque un nouveau tournant pour les groupes Mnet, un changement qui reflète le fait que de plus en plus de fans de K-pop viennent d’ailleurs que de la Corée du Sud. 

    Cette popularité à l’étranger peut être prouvée par le nombre de vues sur Youtube, ainsi que les streams sur Spotify. Le MV de “WA DA DA” a mis 103 jours à obtenir 100 millions de vues, alors que celui de “La Vie En Rose” d’IZ*ONE a atteint cet objectif plus de 250 jours après sa sortie. En ce qui concerne Spotify, le début de KEP1ER a été écouté plus de fois que celui d’IZ*ONE alors que la chanson est sortie trois ans plus tard. 

    Un devenir incertain pour les groupes issus de survival shows

    Il est difficile de comparer le devenir des membres de I.O.I à celui des autres groupes de la licence Produce. En effet, puisqu’I.O.I étaient les pionnières, des erreurs ont été commises dans leur management, mais aussi dans la création hâtive de groupes par les agences de plusieurs membres suite à leur séparation. 

    Ce n’est également pas simple de comparer le futur de KEP1ER avec celui de WANNA ONE et de ses membres puisque, historiquement, le public visé par les girlgroups et les boygroups n’estpas le même. 

    Ainsi, les groupes féminins sont en général écoutés par davantage de personnes, mais ont moins de fans et font donc des chiffres moins impressionnants au niveau de leurs ventes que les groupes masculins. Pour preuve, parmi les 100 albums de K-pop les plus vendus de tous les temps, les vingt premiers sont tous des albums de boygroups

    IZ*ONE représente néanmoins la meilleure source de comparaison étant donné que KEP1ER a été créé juste après leur séparation.

    Le souhait d’une extension des contrats des groupes temporaires créés par Mnet n’est pas une nouveauté. C’est un vœu qui avait déjà été exprimé par les fans de I.O.I et Wanna One. Dans le cas d’IZ*ONE, l’option avait été réellement envisagée par les agences. Les WIZ*ONE avaient même réussi à réunir l’équivalent de presque deux millions d’euros via le Parallel Universe Project pour que le groupe puisse continuer. Cependant, aucun accord commun n’a vu le jour entre les agences et le projet a échoué. 

    En effet, les agences savaient qu’elles avaient énormément à gagner grâce aux membres. Le meilleur exemple est IVE, créé avec Yujin et Wonyoung par STARSHIP Entertainment, qui est l’un des groupes les plus populaires de la quatrième génération. 

    Pour revenir à KEP1ER, en analysant la situation actuelle de chacune des agences, on peut remarquer qu’elles ont moins d’intérêt à ce que les membres reviennent dans leurs agences respectives. Comme vu précédemment, le groupe n’a pas connu un succès aussi important que d’autres groupes Mnet, donc l’étiquette “ancienne membre de KEP1ER” n’aura pas un impact aussi important. De plus, plusieurs des agences ne semblent pas avoir pour projet de créer de nouveaux girlgroups ou de faire débuter des solistes dans un futur proche. La majorité des agences ont donc probablement trouvé préférable que leurs idols continuent avec Wake One Entertainment. 

    Les différentes situations des membres de KEP1ER

    Ajouter un sous titre

    Analysons en détail la situation des agences dont sont issus les neuf membres de KEP1ER. 

    Premièrement, Yujin (ex-membre de CLC) est toujours sous contrat avec Cube Entertainment. L’agence est dans une phase complexe actuellement parce qu’elle se repose presque entièrement sur leur groupe (G)I-DLE pour faire des profits. Cependant, le groupe est dans sa dernière année avant un éventuel renouvellement de contrat, qui est loin d’être certain puisque Cube est connu pour avoir du mal à garder ses groupes (BEAST, 4Minutes, CLC ou encore PENTAGON). 

    L’agence a deux autres groupes actifs, Lightsum ayant débuté en 2021 et Nowadays qui a débuté cette année, cependant aucun des deux n’a encore trouvé son public. 

    Il n’est donc pas incohérent de penser que l’agence préfère que Yujin ne revienne pas tout de suite parce qu’ils ont d’autres artistes à gérer. 

    Ensuite, Xiaoting est membre de l’agence chinoise TOP CLASS. C’est une agence peu connue qui n’a que des trainees pour le moment, dont plusieurs qui ont participé à des survival show

    Il est également à noter que la scène idol en Chine continentale est généralement peu lucrative. Cela est dû à plusieurs facteurs : une industrie qui a émergé récemment, les restrictions par le gouvernement, mais aussi une culture fan très centrée sur les solistes et beaucoup de personnes fans d’un seul membre quand il s’agit de groupes.   

    Xiaoting n’est pas inconnue en Chine, cependant son agence actuelle n’a pas forcément la capacité de bien gérer sa carrière à cause d’un manque de visibilité et d’expérience. 

    Chaehyun est déjà sous contrat auprès de WakeOne, l’agence de KEP1ER, il est donc dans leur intérêt qu’elle reste dans le groupe. Sans compter que l’agence a déjà prouvé qu’elle avait du mal à manager plusieurs artistes à la fois : fromis_9 a été transféré vers une autre agence, TO1 a disband après seulement trois ans d’activité, Jo Yuri, ex-IZ*ONE, n’a pas de comebacks réguliers. 

    En ce qui concerne Dayeon, elle est signée chez Jellyfish Entertainment. Leur dernier girlgroup Gugudan, a disband avant la fin de leur contrat bien que deux anciennes membres d’I.O.I faisaient partie du groupe. L’agence a également eu des difficultés à promouvoir d’autres groupes tels que VERIVERY. 

    Actuellement, Jellyfish Entertainment regagne du terrain grâce au boygroup EVNNE, mais cela ne signifie pas qu’ils sont prêts à recréer un groupe féminin. 

    Hikaru fait partie de l’Avex Artist Academy reliée à l’entreprise Avex, qui est très présente dans le paysage musical japonais. L’Avex Artist Academy possède le sous-label XGalX dont est issu le groupe XG,populaire parmi les fans de K-pop. L’agence étant déjà très profitable et ayant des activités variées, elle n’a pas d’impératif à ce que Hikaru revienne tout de suite. 

    Ensuite, Bahiyyih est liée à IST Entertainment. L’agence se repose beaucoup sur leur boygroup THE BOYZ dont le premier contrat va se terminer cette année. APINK, le célèbre groupe de la deuxième génération, est également dans cette agence. Elles n’ont que peu d’activités, ce qui est commun pour des groupes aussi anciens.
    Depuis 2020, l’agence a fait débuter deux groupes : Weeekly et ABTO. Cependant, ils n’ont pas réussi à gagner en notoriété. L’agence est dans une situation assez similaire à celle de CUBE, donc leur priorité n’est sans doute pas le retour de Bahiyyih.

    Youngeun est signée au sein de l’agence Biscuit Entertainment. Les premiers pas de cette petite agence avec le boygroup HAWW n’ont pas connu beaucoup de succès. C’est donc également dans leur intérêt que Youngeun reste dans une plus grosse agence avec un groupe qui fonctionne relativement bien. 

    Passons maintenant au cas des deux membres qui ne vont pas continuer avec KEP1ER. En effet, Mashiro et Yeseo vont retourner chez 143 Entertainment, leur agence d’origine. Il s’agit également d’une entreprise récente, mais le fait que le boygroup iKON, anciennement signé chez YG, ait signé avec eux indique que l’agence possède du potentiel et un certain attrait. 

    143 a également créé le girlgroup Limelight qui n’a, pour le moment, pas réussi à se démarquer. C’est ce groupe là que les deux membres de KEP1ER vont rejoindre plus tard dans l’année. La stratégie de l’agence est probablement de faire connaître Limelight avec l’arrivée de ces deux nouvelles membres qui ont déjà des fans et sont identifiées par le public. Seul le futur nous dira si cette tactique va être gagnante. 

    Conclusion

    KEP1ER a toujours eu du potentiel. Après un premier album qui a performé de manière honorable, WakeOne a malheureusement pris plusieurs décisions qui ont impacté négativement la croissance du groupe. 

    Il est vrai que le bilan du premier contrat de KEP1ER est décevant pour un groupe Mnet. Cependant, on ne peut pas dire que le girlgroup n’a pas du tout fonctionné, l’extension de leur contrat a justement eu lieu parce que la majorité des agences ont jugé que leurs idols seraient mieux en restant avec WakeOne. 

    Au niveau musical, une cohérence et une véritable signature sonique semblent avoir été trouvées lors des derniers albums du groupe, ce qui annonce du positif pour la suite de leur carrière.

    Bien que le groupe ne continue malheureusement pas  avec toutes ses membres, KEP1ER restera dans les mémoires pour avoir été le premier groupe temporaire issu d’une émission de Mnet à avoir renouvelé son contrat. 

    240627 Kep1er PROBLEM at M Countdown documents 1
  • CAFFÈ LUNGO : La presse française et la K-pop : où en sommes-nous en 2024 ?

    CAFFÈ LUNGO : La presse française et la K-pop : où en sommes-nous en 2024 ?

    La presse française a beaucoup été décriée pour sa couverture de la K-pop : stéréotypes, approximations, voire mépris. Alors que ce genre musical prend une place de plus en plus importante dans les charts français, où en sommes-nous en 2024 ?

    Le magazine Koï, “le média de société des cultures et communautés asiatiques”, a publié en 2019 un très bon article intitulé « Pop culture coréenne : pourquoi les médias s’y intéressent si peu ? » qui analyse la place de la hallyu dans la presse française. La question se pose encore en 2024, alors que la K-pop s’impose de plus en plus dans le monde entier.  Les chiffres du streaming musical 2023 ne trompent pas : d’après l’IPFI, 5 albums sur 10 du top mondial 2023 sont des albums de K-pop. Alors, la presse française et la K-pop : où en sommes-nous en 2024 ? 

    AVERTISSEMENT : Cet article se base sur un corpus non exhaustif, à date du 30 avril 2024, et par choix éditorial ne se focalise que sur le sujet de la K-pop, soit un type de musique spécifique produit par les grandes firmes de divertissement coréennes. Le cinéma, les dramas et d’autres aspects de la culture coréenne sont par ailleurs largement couverts par les médias français, de manière complètement différente. N’hésitez pas à continuer la conversation en commentaires ! 

    Illustration de l'article de Koi magazine montrant un groupe de jeunes à un concert de K-pop
    Extrait de l’article de Koi magazine

    L’article de Koi Magazine décryptait les nombreux stéréotypes présents dans la presse française dès lors qu’il s’agissait de parler de K-pop : fans présenté·es comme des adolescentes écervelées, sexisme envers les fans “hystériques”, qualificatifs racistes ou homophobes pour parler des idols, noms coréens mal orthographiés… L’article soulignait aussi que le monde anglo-saxon avait une couverture beaucoup plus neutre du phénomène K-pop, avec une couverture du magazine Time dès 2018 pour BTS, nommé « Next Generation Leader ». 5 ans plus tard, la situation a-t-elle évolué ?

    Un peu de contexte…

    Depuis la publication de l’article de Koï magazine, en 2019, la K-pop s’est largement imposée aux yeux du grand public, et donc des médias, en France. Juste avant le premier confinement, le groupe Super M s’était offert un Bercy, et on ne comptait plus les annonces de concerts à venir. Certes, le nombre de concerts et leur remplissage n’est pas un gage d’intérêt pour la K-pop pour les médias. Mais en 2022, lors de la reprise des concerts, il devient impossible d’ignorer le phénomène (lire à ce sujet notre article sur la place de plus en plus importante des événements K-pop en France). Les fans français·es et européen·nes se déplacent en masse pour des événements à très grande échelle : des concerts  au Stade de France (capacité d’environ 80 000 personnes), à la Défense Arena, au festival Lollapalooza Paris… tout comme dans des plus petites salles, dans d’autres villes que la capitale. Il est donc logique que la K-pop s’impose de plus en plus dans l’agenda médiatique. 

    Cependant, les constats faits en 2019 dans l’article de Koï magazine ne sont pas totalement dépassés. Si depuis de nombreuses rédactions ont enfin fait appel à des rédactrices expertes, créé des rubriques spécifiques, et amélioré la qualité globale de leurs écrits, des stéréotypes subsistent sur la musique, les fans et les idols, quand le sujet ne reste pas absent des rédactions. 

    Une presse généraliste qui s’empare enfin du sujet K-pop

    Par rapport à 2019, le premier constat est plutôt positif pour la couverture du sujet K-pop en France. Il est ainsi possible de retrouver des articles sur le sujet dans tous les quotidiens généralistes principaux : Le Monde, le Figaro, le Parisien, ainsi que le service public avec France Info (en ligne). Certaines rédactions font le choix de rubriques spécifiques, d’autres de “tags” consultables sur leur site, d’autres enfin de traiter les articles comme n’importe quel sujet. 

    Extrait d'un article d'interview du groupe de K-pop de The Boyz
    Extrait de l’interview de The Boyz sur QG par Thilda Riou

    Des journalistes aguerries au sujet

    Une évolution indéniable par rapport à 2019 est la présence de plus en plus importante d’articles fouillés, sourcés et bien rédigés dans la presse française. Ces articles sont très souvent le fait de journalistes “culture”, voire pour certaines spécialisées dans la K-pop, engagées et sans a priori. 

    On relèvera ainsi le travail de notre consoeur Thilda Riou, qui officie sur Marie Claire, GQ ou encore Konbini. Sa spécialisation dans la musique K-pop lui permet de conduire des interviews exclusives pour certains médias, en tête avec Stray Kids et The Boyz. Ce contenu se démarque en termes de qualité et d’originalité, tant les interviews d’idols sont rares dans la presse française. 

    La presse mode n’est pas en reste, avec une couverture de qualité des sujets K-pop (sous un prisme forcément de l’industrie de la mode) dans Vogue France par Lolita Mang, qui n’hésite pas même à intégrer une dimension de critique musicale dans ses articles, par exemple sur l’album “Chill Kill” de Red Velvet. Là aussi, la dimension critique -purement sur l’aspect musical et non pas sur des stéréotypes associés à la K-pop- est suffisamment rare pour être soulignée. Notons aussi les articles dans Stylist et l’Officiel, qui confirment que la presse mode a pris le sujet de la K-pop et de ses liens avec le luxe (voir notre article) en marche. 

    Enfin, le troisième titre qui se démarque des autres par sa couverture exhaustive des sorties musicales K-pop est Paris Match, plutôt connu pour ses sujets people. Les articles de la rédactrice spécialisée Séraphine Roger sont ainsi les seuls à couvrir de manière régulière les principales sorties d’album K-pop en presse française généraliste. Une interview de Taemin est même disponible.

    La K-pop présente en force dans la presse en ligne… et dans la presse régionale

    La K-pop étant un sujet intéressant de près les jeunes générations, il est logique que la couverture de la musique pop coréenne soit plus importante en ligne. Langage informel, références à des memes, ces articles ont souvent un ton moins sérieux que ceux de la presse écrite généraliste, ce qui parfois se fait au détriment de la qualité d’écriture. Konbini, leader sur le sujet, s’offre ainsi beaucoup d’interviews exclusives et de revues de concert ; Brut, média entièrement en ligne et en vidéo, suit parfois des idols lors d’événements en France ; jeuxvideos.com couvre les news people de la K-pop, malgré sa ligne éditoriale assez éloignée à la base. Notons enfin sur le site de Nylon.fr, qui se définit comme « le média américain culte de la jeune génération dédié au monde de la culture pop et des célébrités » la présence de revues hebdomadaires de sorties musicales par un rédacteur francophone qui font la part belle à la K-pop. 

    extrait de l'article de Nylon France qui parle du comeback d'Ive
    Extrait de la revue musicale de Nylon France qui mentionne Ive

    De manière plus inattendue, on retrouve un nombre notable d’articles parlant de K-pop dans la presse régionale. S’il peut s’agir de mettre en valeur des initiatives locales autour de la K-pop (exemple ici dans Ouest France),  ou des concerts (ici dans Sud Ouest, avec certes son lot d’approximations), les articles peuvent aussi revenir sur des sujets plus larges, en parlant de groupes comme BTS, et ce dans beaucoup de quotidiens qui couvrent tout le territoire français. 

    La hallyu, manière d’amener la culture sud-coréenne dans tous les médias

    Pour nuancer cependant ces points positifs sur la couverture du sujet K-pop en France, de par l’importance qu’il prend dans le pays, il est important de rappeler que si les grands médias s’y intéressent de plus en plus, c’est avant tout parce que la Corée du Sud est “à la mode”. La politique culturelle du gouvernement coréen a porté ses fruits : la hallyu s’exporte à la fois avec la musique pop, mais aussi les dramas, les films, les produits de beauté et même la cuisine coréenne. 

    Le Monde rend ainsi compte de ces nouvelles tendances “food”, ainsi que de l’actualité politique et culturelle du pays, en plus des éventuelles revues de concert. Le Figaro se positionne de manière similaire, tandis que Libération ne mentionne la K-pop que pour ses aspects économiques, par exemple la vente de disques physiques. Télérama consacre des articles aux séries coréennes, incontournables désormais depuis le succès de Squid Game en 2021, et la montée en puissance des services de streaming en ligne comme Netflix. Le réseau social TikTok a fait monter en popularité la skincare et les produits de beauté coréens, gagnant des millions d’abonnés pendant le confinement en 2020. Impossible donc d’ignorer ces nouveaux produits culturels et marchands en provenance d’Asie de l’Est – la dynamique est d’ailleurs comparable avec la popularité de la culture japonaise en France. Encore quelque chose qui a évolué depuis 2019. 

    Un manque de rigueur et d’intérêt qui persiste 

    Malgré quelques exceptions, surtout dues au travail de rédactrices spécialisées et une ouverture progressive, la K-pop est loin d’être un sujet maîtrisé et traité avec rigueur dans la plupart des rédactions francophones. Le chemin à parcourir est d’autant plus évident lorsque l’on compare avec la presse anglophone généraliste et culturelle, qui se fend d’articles d’analyse de qualité, et ce de manière assez constante. En témoignent par exemple cet article du New York Times sur le groupe Balming Tiger qui propose un vrai travail journalistique mature sur le sujet, du Daily Mail sur la venue de Stray kids au festival Hyde Park, qui met sur le même plan les artistes K-pop et les autres, et cet article de Billboard sur Vcha qui mêle interview des membres et analyse. Plus proche de nous, le magazine italien Panorama propose de manière très régulière des interviews exclusives d’idols au travers sa rédactrice Marianna Baroli. 

    Des stéréotypes un peu moins prégnants, mais toujours visibles

    Il faut tout d’abord signaler que beaucoup de médias généralistes ne parlent de la K-pop que lorsqu’un scandale ou un décès survient. Ce traitement sensationnaliste contribue au cliché d’une industrie véreuse, qui, si elle reste bien sûr hautement critiquable, est aussi une des plus importantes au monde en dehors des industries musicales occidentales. Le problème n’est pas tant d’en parler donc, mais plutôt de ne parler que de cela. Ce traitement était d’ailleurs dénoncé dans cet article de 2022 sur Konbini.

    Extrait de l'article du Parisien sur le concert de Blackpink

    Si les clichés sur les fans semblent désormais excessifs (même Quotidien ne fait plus de sujets sur les jeunes femmes fans et hystériques de K-pop, si courants en 2019 ; ils préfèrent parler par exemple, de l’événement à l’UNESCO avec Seventeen sous l’angle de la lutte contre le changement climatique), un article a cependant attiré les foudres des blinks françaises et internationales : la revue du concert de Blackpink au Stade de France par le Parisien en juillet 2023. En une phrase d’accroche, la journaliste réussit à cocher toutes les cases du cliché misogyne de la fan : « Des larmes (beaucoup de larmes), des jarretières apparentes sous des minijupes portées par des adolescentes, des cris d’hystérie et des paillettes, voilà peu ou prou, la recette de la soirée ». Si dans le reste de l’article, la critique de la performance et du prix du concert est tout à fait entendable, ce choix de chapô continue à interroger par ses relents sexistes et méprisants à l’égard des adolescentes. La fanbase globale de Blackpink a d’ailleurs largement critiqué l’article en exigeant des excuses et en fustigeant un journalisme « injuste » et « irresponsable ».  

    Cet article a heureusement fait figure d’exception dans le paysage journalistique français en 2023/2024. Il est d’ailleurs tout à fait possible de critiquer l’industrie de la K-pop sans verser dans les clichés, comme sur ce podcast de France Inter qui parle de Blackswan. Le travail des fans pour dénoncer les stéréotypes n’y est sans doute pas étranger, tout comme la contribution de plus en plus de journalistes spécialisées dans les rédactions.

    Fautes d’orthographes et approximations

    En revanche, ce qui reste toujours préoccupant dans les écrits et était déjà signalé en 2019 dans l’article de Koï magazine, c’est le manque de rigueur flagrant dans la rédaction des articles. Les noms des groupes sont parfois mal orthographiés, alors même qu’ils sont choisis pour être très simples : par exemple, on passe de Itzy à Itzi (Libération) ou de Yugyeom à Yugyeon (Marie-Claire). 

    Article de Libération sur les ventes physiques de K-pop
    Extrait d’un article dans Libération comportant des erreurs sur les noms des groupes

    De même, des imprécisions subsistent, parfois même dans des médias qui traitent par ailleurs plutôt bien de K-pop. Ainsi, sur la revue du concert MCountdown de Konbini, non rédigée par une spécialiste, on parle de « kimonos » pour parler des tenues traditionnelles coréennes doboks ou de « sticks » au lieu des lightsticks. Le fait d’envoyer au concert une rédactrice non spécialisée et non renseignée donne également un article incomplet, ne parlant pas de tous les groupes, reposant avant tout sur les ressentis. Si cela passe avec la ligne édito de Konbini, c’est néanmoins à déplorer car le média est l’un des seuls, avec le site d’événements Sortir à Paris (hors médias spécialisés comme le nôtre) à avoir proposé une revue de l’événement. 

    Sur le service public, le même genre d’approximations a cours. On relève ainsi sur divers articles de France Info que les idols virtuelles seraient un énorme phénomène de la K-pop, en passe de remplacer les vraies idols, ou qu’il y aurait 200 groupes de pop coréenne sans sourcer ce chiffre ou ces données. Des commentaires critiquent d’ailleurs ce manque de sources, en qualifiant l’article de « pas professionnel ». Hors des rédactrices spécialisées, les journalistes ont donc un travail de formation à faire sur ces sujets afin de proposer une information de qualité. 

    Capture d'écran de la page de France.tv avec un reportage "génération K-pop"
    Reportage de France TV

    Une presse culturelle encore peu intéressée

    Les grands absents de cette revue de presse, jusque-là, sont les magazines spécialisés en musique. En France, cela s’explique par une presse écrite qui cible des musiques particulières, comme le rock, le jazz ou le classique. Mais alors que la pop, le r’n’b et le hip-hop se font de plus en plus de place dans ces magazines, la K-pop est toujours grande absente. Et même sur la presse culturelle plus généraliste, la K-pop ne suscite pas la rédaction d’articles : sur Télérama par exemple, hebdomadaire culturel très important, très peu d’articles mentionnent la K-pop, le dernier hors revues de documentaires datant de 2020

    Sur les Inrocks par exemple, le dernier article qui parle de la K-pop en termes de musique (c’est-à-dire une des spécialisations éditoriales du magazine…) date de 2016 (!). En revanche, les idols coréennes sont mentionnées dans les articles qui parlent de mode, de séries, de scandales et de morts. Classique. Rock&Folk ne mentionne la K-pop que dans un article sur les ventes de merch, et Rolling Stone en a fait un hors-série (non lu pour cet article) mais ne la mentionne pas dans le reste de son magazine régulier. 

    Des magazines à destination des ados spécial K-pop sont parfois édités, sans régularité car il s’agit souvent de projets indépendants, mais ils sont extrêmement ciblés et ne présentent souvent pas de contenus exclusifs. Signalons tout de même l’existence du magazine bimensuel K-world, qui se fait une place en kiosque. 

    Extraits de magazines spécialisés K-pop
    Extraits de magazines spécialisés K-pop : Rolling Stone et K-world

    Conclusion

    En 2024, subsistent donc des vides et surtout un grand manque de rigueur sur le traitement d’un genre musical montant, qui intéresse une part grandissante du public français. La presse généraliste a encore du chemin à faire, surtout sur la qualité du travail journalistique, pour traiter correctement ce sujet. Les rédactrices spécialisées sont particulièrement prometteuses et la qualité de leur travail est à saluer. 

    Très humblement, c’est bien tout l’objectif d’un média indépendant comme dear. korea que de faire vivre des écrits de qualité sur la K-pop. Là où les médias traditionnels peuvent manquer de recherche et de rigueur, les médias indépendants (et nous tenons d’ailleurs à saluer nos confrères de France et d’ailleurs, comme l’excellent The Bias List) font vivre un journalisme musical de qualité. C’est peut-être là, en soutenant les écrits de presse indépendante, que le changement se fera.

  • CAFFÈ LUNGO : Le modèle de la K-pop et son internationalisation

    CAFFÈ LUNGO : Le modèle de la K-pop et son internationalisation

    Récemment, le début du nouveau groupe féminin de JYP, VCHA, a lancé un nouveau débat dans la communauté des fans de K-pop à l’international. VCHA est en effet un groupe composé uniquement de membres non-coréennes et créé à l’issu du survival « A2K » (America To Korea) sur le modèle de la K-pop.

    Le principe de VCHA est de performer aux Etats-Unis ainsi qu’en Corée du Sud, puisque JYP Entertainment souhaite investir le marché américain, comme la plupart des agences de K-pop. Ce n’est donc pas un concept « neuf » : BTS a ainsi sorti « Dynamite » ou encore « Butter » pour plaire aux anglophones, tout comme BLACKPINK a proposé des featurings avec Selena Gomez, Cardi B ou encore Lady Gaga pour séduire le marché américain. 

    De même, JYP a d’ores et déjà exporté le modèle K-pop au Japon avec le groupe NiziU, composé lors d’un survival (« Nizi Project »), qui connaît actuellement une deuxième saison prochainement afin de former un nouveau boygroup. NiziU se classe dans le genre de la J-pop, tout en suivant le prototype perfectionniste de son équivalent coréen. Alors que les idols de J-pop les plus connus tels que AKB48 et ses sister groups (HKT48, NMB48 …) se concentrent plus sur le fait de donner l’impression de s’amuser lors des performances tout en renvoyant une image très pure, NiziU sont à l’image de leurs aînées, Twice et Itzy. 

    NiziU, bien que peu suivi en occident, est un groupe extrêmement populaire au Japon. Entre juillet et septembre 2023, le groupe a donné dix-sept représentations dans des villes telles que Tokyo, Chiba et Osaka devant 185,000 personnes en tout. 

    Cependant, JYP est le premier à proposer un groupe basé sur le modèle de la K-pop destiné au marché américain. VCHA suivra des codes précis de chorégraphies, de techniques vocales, de styles musicaux et de présentation globale : attitude, stylisme … Et cela en chantant en anglais. VCHA est destiné à s’intégrer au paysage musical américain en suivant les traces de groupes tels que Little Mix (« Wings », « Black Magic », « Move »), Fifth Harmony (« Miss Movin’ On », « Me & My Girls ») , Boys World (« Girlfriends »)… 

    C’est le même principe que suit désormais HYBE à travers le survival « Dream Academy ». Pourtant, « Dream Academy » est globalement mieux reçu par les fans de K-pop que « A2K ». 

    Pourquoi ? Certainement parce que les participantes de « Dream Academy » ont été entraînées par HYBE pendant un an, tandis que « A2K » était basé sur le fait de trouver des talents bruts, qui n’ont pas connu d’entraînement K-pop. De ce fait,Alors les membres choisies pour faire partie de VCHA semblent moins prêtes à entrer dans l’industrie. 

    Alors pourquoi continuer de vouloir faire des groupes de « K-pop internationaux » ? 

    Le marché américain est devenu assez porteur pour la K-pop. A vrai dire, depuis plus d’une décennie, les agences redoublent d’efforts pour exporter leurs groupes dans ce pays où les artistes sont propulsés au rang de stars. 

    Les charts les plus reconnues sont américaines, notamment le Billboard Hot 100 qui est convoité par les artistes du monde entier. Les plus grandes stars de la pop sont souvent américaines : Lady Gaga, Beyoncé, Katy Perry … Se faire une place aux Etats-Unis, c’est bénéficier d’une exposition dans tout l’occident, puisque l’Amérique du Nord possède une influence énorme notamment en Europe. 

    Il serait bien plus difficile de viser le marché britannique pour tenter de se faire connaître dans le monde entier. Prenons les exemples de One Direction et de Little Mix. Les deux groupes sont issus de X Factor en Angleterre et signés à l’origine chez Syco, le label de Simon Cowell, juge de l’émission. 

    Alors que One Direction connaît immédiatement le succès en Europe avant même la finale de X Factor (2010), ce n’est qu’après la sortie de leurs premiers singles (« What Makes You Beautiful », « Gotta Be You », « One Thing ») que le groupe signe avec le label américain Columbia Records. 

    Le co-président du label, Steve Barnett, déclare en novembre 2011 que signer le boyband n’était pas une décision très compliquée. Le manque de boybands à l’époque l’a poussé à saisir l’opportunité. Les Backstreet Boys ont arrêté la musique en 2005, NSYNC en 2002, et les Jonas Brothers ont décidé de se concentrer sur leurs carrières solo en 2011. 

    C’est ainsi qu’en 2012, One Direction assure la première partie du boyband de Nickelodeon, Big Time Rush, ouvrant une voie aux britanniques pour se faire connaître des américains. Les 5 membres des « 1D » apparaissent par la suite dans iCarly et dans le Saturday Night Live, leur assurant le succès. 

    Pas besoin de tergiverser sur le succès qui suivra pour Louis, Zayn, Niall, Harry et Liam. Le quintuor sort cinq albums qui sont des succès commerciaux, atteignant les sommets des charts et brisant même les records des Beatles ! 

    Little Mix participent à X Factor en 2011. Tout comme les One Direction, le groupe est formé au cours de l’émission et remporte même la finale. « Wings » sort en août 2012, précédant la sortie de leur premier album DNA en novembre de la même année. 

    En janvier 2013, le quatuor signe chez Columbia Records mais l’album Salute, sorti la même année, ne connaît pas un franc succès aux Etats-Unis. Cela est certainement dû à un manque flagrant de promotions du label américain. Cependant, le groupe apparaît tout de même en couverture du légendaire magazine Seventeen et dans l’émission « Good Morning America ». En 2014, leur tournée américaine est annulée – la raison officielle étant que Little Mix a décidé de se concentrer sur la production de son futur album. 

    Lorsque l’on regarde les distinctions que Leigh-Anne, Jade, Perrie et Jesy ont pu reçevoir, on y retrouve des Brit Awards, des MTV Europe Music Awards, un IHeartRadio Music Awards … Bref, aucune récompense américaine. 

    Malgré un label américain, le manque de promotions aux Etats-Unis nuit au succès du groupe. Little Mix reste néanmoins apprécié en Europe, sans pour autant vraiment réussir à sortir de la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, chacune des membres se concentre sur sa carrière solo. 

    La comparaison entre les deux groupes britanniques prouve que les Etats-Unis ont un rôle important à jouer dans la popularité des groupes. Le soutien d’un label implanté sur le territoire américain n’est pas nécessaire : BTS ont bien réussi à s’exporter alors que BigHit n’était pas encore sous HYBE. 

    On peut également penser à Wonder Girls qui a assuré la première partie des concerts des Jonas Brothers en 2009, ou encore Crayon Pop pour Lady Gaga en 2014. En 2011, Girls’ Generation faisait leur premier concert aux Etats-Unis au mythique Madison Square Garden. 

    Avec l’explosion de la popularité de la K-pop partout dans le monde ces dernières années, il semble presque naturel que les agences coréennes tentent de trouver une nouvelle formule magique pour pérenniser leur succès à l’étranger. 

    La K-pop ne capte pas une grande partie du marché mondial. La musique latine et l’afrobeat, en revanche, connaissent une croissance très rapide. Pour nous, il est plus urgent d’augmenter notre visibilité. C’est pourquoi nous nous intéressons davantage aux labels américains et sociétés de gestion pour construire nos infrastructures. 

    Bang Si-hyuk (« Hitman Bang », Président de HYBE Corporation) sur CNN à propos de HYBE America et « Dream Academy » 

    Les chansons en anglais ou les quelques membres de nationalités différentes dans les groupes ne suffisent plus. Aujourd’hui, il faut être le premier à inventer de nouveaux concepts pour s’affirmer comme visionnaire. 

    La K-pop est devenue de plus en plus transnationale et hybride. Tous les aspects de la K-pop ont désormais transcendé les frontières nationales de la Corée, de la production à la consommation et des nationalités des artistes à leurs styles musicaux et vestimentaires. 

    Ahn Ji-hyun, « K-pop Without Koreans: Racial Imagination and Boundary Making in K-Pop », International Journal of Communication 17(2023), 92–111

    K-pop sans frontières 

    XG 

    C’est ainsi que XG est apparu. XG est un girlgroup composé de sept membres, toutes japonaises, et qui se produit principalement en Corée du Sud. Entraînées selon le modèle K-pop par Simon Jakops, producteur et ancien membre du groupe DMTN, sous l’agence AVEX, elles ne chantent qu’en anglais. 

    La réception a été mitigée du côté du public coréen, qui s’est demandé pourquoi le groupe assurait ses activités en Corée alors que les paroles sont en anglais. Leur début avec « Tippy Toes » n’a pas vraiment attiré l’attention. 

    Avec « Mascara », on voit un intérêt apparaître autour de XG, mais cette dernière ne décollera vraiment qu’avec « Shooting Star » qui propose un concept Y2K. Ce dernier, très exploité récemment dans la K-pop, a été applaudi par les fans de K-pop qui ont reconnu que XG l’avait exécuté avec beaucoup de justesse. 

    Cependant, le groupe est souvent critiqué pour son utilisation du AAVE (African-American Vernacular English), un dialecte anglais utilisé par les africain-américains et distinctifs des quartiers défavorisés où vivent principalement des classes ouvrières, dans un but de paraître « hip-hop ». 

    Les influences de la musique noire (jazz, rock, hip-hop) sont indéniables dans la K-pop qui continue d’exploiter les codes de cette dernière tout en affirmant inventer quelque chose de nouveau. De même, cette inspiration tombe parfois dans l’appropriation culturelle : braids, dreads, utilisation de l’AAVE … 

    La youtubeuse Adeola Ash relève également l’utilisation de comportements et de styles vestimentaires popularisés par des femmes noires aux Etats-Unis par Lisa et Jennie dans BLACKPINK. Selon elle, cela ressemble plus à du cosplay qu’à une démonstration d’authenticité artistique. 

    Cette remarque ne s’applique pas qu’à BLACKPINK mais à une grande majorité des idols, notamment pour les rappeurs qui tente de reproduire un « accent noir » (blackccent) pour se donner une dimension badass ou sexy. 

    Si cela est considéré cool et comme une preuve de flow par une partie des fans de K-pop, les personnes noires ayant cet accent sont systématiquement victimes, dans leur quotidien, de critiques et de discriminations. 

    La banalisation de ce genre de pratiques dans la K-pop par des groupes aussi populaires que BLACKPINK inspire forcément d’autres producteurs coréens, qui ne voient pas nécessairement le mal que cela cause. Pourtant, après des dizaines de bad buzz et l’exportation massive de la K-pop aux Etats-Unis, on pourrait croire que les agences se seraient éduquées sur le problème. 

    Si la K-pop est inspirée par les musiques du monde, pourquoi des étrangers ne pourraient-ils pas devenir des idols

    Dans la J-pop, les idols non-japonais sont quelque chose d’assez normal. L’actrice Alyssa Milano était ainsi une idol au Japon dans les années 1980 alors qu’elle jouait en même temps dans la sitcom « Who’s the Boss ». 

    On se moque de beaucoup d’acteurs qui sortent des albums ici (ndlr: aux Etats-Unis), ça ne m’intéresse pas de me produire ici. Je préférerais de loin qu’ils soient publiés là où ils seront appréciés plutôt moqués. 

    Alyssa Milano 

    https://twitter.com/prunesdence/status/1708219086310641702?s=61

    BLACKSWAN

    La présence de Fatou (Blackswan) dans le paysage de la K-pop a été applaudie lors des débuts avec le groupe qui succède à RANIA chez Dr Music en 2020. 

    Fatou est une idol sénégalaise qui a grandi en Belgique. Elle est donc francophone et a immédiatement attiré l’attention des fans de K-pop qui parlent la langue de Molière. 

    Avec le départ de toutes les membres originelles de Blackswan et l’arrivée de Gabi, NVee et Sriya, Fatou est devenue leader du groupe. Elle est également la rappeuse principale du groupe, remarquée pour son flow impeccable. 

    Gabi est brésilienne et allemande, Sriya est sri-lankaise tandis que NVee est américaine. Avec ces nationalités différentes, on pourrait se dire « qu’est-ce qui fait d’elles un groupe de K-pop ? » 

    Le K de K-pop signifie Korean. « Korean » ne veut pas exclusivement dire de nationalité coréenne, il s’agit également la langue coréenne. Chanter en coréen est donc suffisant pour se considérer comme artiste K-pop. Au-delà, Blackswan ont suivi un entraînement rigoureux avant de débuter. Elles collent ainsi à tous les critères du genre, se produisant avec brio sur scène et incarnant un standard de talent et de dur labeur. 

    Je ne veux pas que les gens doutent à cause de la couleur de leur peau. Parce que la couleur de la peau ne définit rien. 

    Sriya

    Il est important de noter que, bien que certains auditeurs de K-pop à l’internationale doutent de la légitimité de Blackswan à se dire groupe de K-pop, les coréens eux-mêmes les considèrent comme tel. 

    Quatre personnes de couleurs de peau et de cheveux différentes se sont réunies. Il s’agit d’un groupe de K-pop qui chante en coréen et est principalement actif en Corée, même si aucune membre n’est coréenne. 

    Go Seung-hui, journaliste pour The Korea Herald

    Blackswan possèdent tous les critères de la K-pop : chorégraphies impeccables, techniques de chant, attitude et présentation. Il est donc difficile de comprendre pourquoi certains ont des difficultés à les appeler idols, car c’est ce qu’elles sont. 

    Elles sont même devenues un standard pour les groupes de K-pop internationaux. 

    https://twitter.com/mssycatt/status/1705614114905538896?s=61

     Les groupes multinationaux nés du système K-pop ont incorporé les caractéristiques coréennes non seulement dans leur musique mais aussi dans leur vie, y compris la gestion d’équipe et les relations. 

    Les membres qui sont restés dans un même espace et ont reçu une formation ont naturellement développé une « camaraderie ». L’avantage d’être une « équipe unique » et les relations entre les membres, considérées comme les plus importantes par le fandom de K-pop, se sont naturellement établies parmi Black Swan. 

    NVee a déclaré: « Chaque fois que je me sentais seule, les trois membres m’ont beaucoup aidé, j’ai donc pu surmonter cela. » 

    Go Seung-hui  

    Il est vrai que c’est un bousculement dans le milieu de la K-pop que de voir des groupes apparaître avec des membres non-asiatiques, ou qui ne viennent pas uniquement de la Corée, du Japon, de Chine ou de Thaïlande. 

    Certains coréens semblent néanmoins apprécier ce changement, comme le prouve cette vidéo montrant des fans de K-pop réagir avec beaucoup d’enthousiasme à la présence de Blackswan. 

    Blackswan au Waterbomb de Séoul le 23 juin 2023

    Cependant, comme toute chose, la K-pop évolue et doit évoluer. Si la K-pop restait figée dans un seul et même état, dans un seul style de musique, de chorégraphie, d’esthétique, plus rien n’aurait d’intérêt. Si les producteurs, paroliers et chorégraphes de K-pop ne sont pas exclusivement coréens, alors pourquoi ces personnes ne pourraient-elles pas devenir des idols ? Ou tout du moins, des artistes en Corée chantant en coréen ? 

    Tiffany Red, productrice de musique qui a notamment travaillé pour la SM Entertainment (NCT U - « Boss » ; NCT Dream - « Go »)
    Tiffany Red, productrice de musique qui a notamment travaillé pour la SM Entertainment (NCT U – « Boss » ; NCT Dream – « Go »)

    Un artiste doit-il se cantonner à sa langue maternelle ? A rester dans son pays d’origine ? Ne peut-il pas s’exporter ? Au-delà des artistes, est-ce que chaque personne au monde doit rester dans « son » pays ? 

    Cette pensée est totalement restrictive. Les êtres humains ont toujours voyagé, se sont toujours déplacés pour trouver du travail. Pourquoi cela devrait-il changer lorsque l’on parle de K-pop ? 

    Groupes internationaux : les erreurs à ne pas reproduire

    KAACHI

    KAACHI est un groupe de K-pop formé en Angleterre par FrontRow Records en 2020. Il est composé au départ de quatre membres : Nicole, Chunseo, Coco et Dani. Dani quittera par la suite le groupe. 

    FrontRow Records est initialement une agence événementielle, menée par Monica Lee. Le groupe est ainsi soutenu par des professionnels de la musique coréens. 

    Leurs débuts avec « Your Turn » a été fortement critiqué par les fans de K-pop. La production musicale laissait à désirer et malgré les qualités de danseuses des membres (repérées dans des crews), les techniques vocales n’étaient pas au niveau des idols traditionnels. 

    KAACHI devient rapidement la risée des fans de K-pop. 

    https://youtu.be/1NWzao4xf1E?si=HEbxh3DrwxPyd6C6

    Le youtubeur spécialisé en K-pop et production musicale Johnny a fait plusieurs vidéos au sujet de KAACHI, essayant de remixer « Your Turn » afin de l’améliorer. Le mix a été découvert par le label qui a, par la suite, demandé des conseils à Johnny pour les aider dans leurs futures productions. 

    Un an après « Your Turn », KAACHI dévoile « Photo Magic » qui est mieux accueillie par le public. Le master est beaucoup plus professionnel, et les membres ont travaillé leurs techniques vocales et leur prononciation coréenne, rendant la chanson plus agréable à écouter. 

    https://youtu.be/ngf7JiIzyfM?si=lSWFR2Vr9wZNBAUT

    Enfin, en 2022, le dernier comeback de KAACHI, « Get Up », sort, qui est inspiré par la chanson du même nom de BABYVOX. Cependant, KAACHI a déjà été oublié par le public international et « Get Up » n’attire pas beaucoup d’attention. 

    KAACHI fait néanmoins quelques promotions en Corée pour l’occasion. 

    Le groupe a officiellement disband le 3 février 2023 avec le départ des deux membres restantes, Nicole et Chunseo. 

    Cependant, Coco, Nicole et Chunseo ont formé un nouveau groupe nommé ATTI, qui a fait ses débuts le 6 octobre 2023 avec l’EP « Peaches ». 

    Yun 

    Yun est initialement une danseuse découverte par Sony Music lors d’un gala de danse. Elle commence sa carrière en 2019, alors qu’elle n’a que 17 ans. Son management la pousse alors à essayer de faire de la K-pop, en mélangeant français et coréen. 

    Elle sort son premier single « Echec & Mat » en mai 2019, issu de l’EP YUNATIC. Yun est accompagnée par le Risin’ Crew dans le clip qui met la danse en valeur. La chanson est immédiatement critiquée par le public français, qui pense assister à une parodie. 

    Il faut dire que certaines paroles paraissent ridicules : « À quoi bon couper l’eau, l’eau au couteau ? »

     

    Son deuxième single, « Dans Le Viseur » est dévoilé en août 2020. Les auditeurs complimentent son évolution musicale, et notamment l’amélioration de ses capacités vocales. 

    La chanson comporte beaucoup moins de coréen, qui se limite au troisième couplet. Cependant, la chanson n’attire pas l’attention du public français, totalisant aujourd’hui presque trois fois moins de vues que « Echec & Mat ». 

    Aujourd’hui, Yun semble ne plus être signée chez Sony. Elle continue néanmoins à danser et a sorti une dance cover de « Shut Down » de BLACKPINK sur sa chaîne YouTube. 

    Yun répondant sur Twitter aux accusations de fétichisme coréen (« koreaboo ») quant à son nom de scène
    Yun répondant sur Twitter aux accusations de fétichisme coréen (« koreaboo ») quant à son nom de scène

    EXP EDITION

    EXP EDITION est un groupe composé de Sime, Koki, Frankie & Hunter, quatre américains. En 2017, il devient le premier groupe de K-pop à n’être composé que de membres non coréens.

    Les quatres membres de EXP EDITION débutent avec le titre « Feel Like This », qui est moquée par le public international, qui, encore une fois, pense assister à une parodie. 

    Il s’agit initialement d’un projet bien spécial. Bora Kim, la créatrice, faisait une thèse d’études à l’université Columbia depuis 2014 nommée « I’m Making A Boy Band ». 

    Kim déclare alors qu’elle veut « examiner les aspects critiques de la culture pop à travers le prisme d’un artiste. En se demandant ce que signifie assimiler ou tordre la formule rudimentaire de la culture « idol » de la K-pop, ce projet met en lumière des enjeux sociétaux à un niveau global et personnel. » 

    J’étais intéressée par la recherche sur le phénomène de la hallyu, et en particulier sur le succès commercial de la K-pop, à l’échelle mondiale. Ce fut presque une explosion du jour au lendemain avec le « Gangnam Style » de PSY, et la manière dont la presse et le public coréens ont traité ce phénomène m’a intrigué. J’ai trouvé très important et poignant qu’en tant que pays postcolonial, la Corée ait réussi à exporter des biens culturels vers d’autres pays asiatiques et, peu après, « l’Occident » .

    Bora Kim

    Le groupe, malgré les moqueries, aura permis à Bora Kim et au gouvernement coréen de découvrir que pour chaque tranche de $100 de produits K-pop exportés, les entreprises de tech comme Samsung remportaient l’équivalent de $400 de profits. 

    Kim dira que l’idée du boygroup est née d’une envie d’observer l’objectivation des hommes dans la K-pop. On peut également analyser cette approche comme étant une idéalisation de l’homme à travers son travail d’idol

    En effet, une idol est une personne qui se présente comme étant parfaite : bonnes manières, langage correct, passionnée et qui travaille beaucoup, belle et qui sait, techniquement, tout faire. Tandis que Kim déclare en plaisantant que « la plupart du temps, nous sommes très stressés et ennuyés par eux (ndlr : les hommes) et pensons que notre description de poste devrait être transformée en baby-sitter. » 

    Un idol augmente aujourd’hui les standards des jeunes gens lorsque l’on parle de relations romantiques. En effet, si un idol a de bonnes manières, est amical et poli, déclare aimer faire la vaisselle, la cuisine ou encore le ménage … n’est-on pas déçu lorsque notre partenaire ne semble pas être similaire à notre bias

    L’idol est une sorte de fantasme (à lire au sens : « Idée, représentation imaginaire suggérée par l’inconscient. ➙ rêve. » tel que nous le donne le Robert) qui permet de s’échapper de la réalité sociale et sociétale. Il nous donne un espoir de douceur et de perfection à travers ses actes et son travail. L’idol prône une attitude positive en toutes circonstances, est un bon ami et un modèle. 

    Il arrive cependant que certains fans tombent un peu trop dans cette image renvoyée par l’idol, qui n’est pas nécessairement une réalité. Cela est un sujet à part entière que nous pourrons aborder dans un futur article. 

    A travers EXP Edition, on explore donc l’idée que l’idol parfait peut ne pas être coréen. L’homme fantasmé (au-delà de la simple image d’un homme idéal) est ici occidental, presque fétichisé pour sa couleur de peau. 

    Pour certains coréens, sortir avec une personne blanche ou même être avec des blancs est un élément de statut social supérieur. 

    Michelle Hahm, journaliste pour Medium

    Une des raisons pour lesquelles le groupe était tellement détesté est certainement parce que EXP Edition profitait entièrement du white privilege (privilège blanc).

    Le fait que EXP soit arrivé aussi loin est un bon exemple de la façon dont fonctionne le privilège blanc. Pouvez-vous imaginer à quel point ils auraient probablement reçu moins de soutien s’ils avaient été entièrement noirs, latinos, moyen-orientaux ou toute autre personne de couleur ? Bien sûr, vous pourriez essayer de faire valoir qu’ils ne réussissent pas et qu’ils essaient toujours de développer leur fandom. Mais récolter 30 000 $ via Kickstarter, chanter dans des émissions musicales et obtenir autant d’attention est bien plus que ce que la majorité des idols de K-pop peuvent espérer.

    Michelle Hahm, journaliste pour Medium

    Parenthèse sur le white washing, le colorisme et le white privilège 

    Le white privilege est un terme créé par Peggy McIntosh en 1988 pour expliquer scientifiquement le fait que les personnes blanches bénéficient de privilèges sociaux qui ne sont pas accordés aux personnes non-blanches. 

    De même que la Corée du Sud est un pays coloriste*, le fait que les membres d’EXP Edition soient américains leur a donné l’avantage de débuter dans l’industrie sans pour autant correspondre à tous les critères caractéristiques des idols

    *Le colorisme est un concept sociologique qui désigne la différence de traitement social entre les personnes à peau claire et les personnes à peau sombre. La norme étant la peau blanche, tout ce qui s’en éloigne est infériorisé, considéré comme laid, ou arriéré. Clémence Schilder

    Le colorisme en Corée peut profiter cependant à toutes les idols non-coréennes qui ont la peau claire. 

    Certaines idols, même coréennes, aux peaux plus foncées sont d’ailleurs dénigrées : Hwasa (Mamamoo), Sunwoo (The Boyz), Kai (EXO). Ces mêmes personnes deviennent souvent hyper-sexualisées, vues comme « exotiques ».

    Le colorisme s’applique donc également aux coréens, prouvant qu’au-delà de la xénophobie, cette forme de racisme est un phénomène social imprégné dans la culture coréenne. Les idols eux-mêmes se font souvent des remarques coloristes entre eux, parfois même devant les caméras. 

    Récemment, Taemin et Key de SHINee se sont excusés pour des commentaires sur Minho lors d’une vidéo YouTube : « Pourquoi es-tu si bronzé? » « Vous finirez par chercher Minho s’il ferme les yeux et la bouche la nuit. » Ces excuses prouvent que les réactions négatives des fans (surtout internationaux) sont vus et pris en compte non seulement par les idols mais également par les agences. 

    Key et Taemin de SHINee s’excusant sur instagram suite à des commentaires coloristes
    Key et Taemin de SHINee s’excusant sur instagram suite à des commentaires coloristes

    Jessi, rappeuse américano-coréenne, utilise également des caractéristiques de femmes noires américaines, dont un blackccent lorsqu’elle rappe afin de paraître plus badass. De même, elle se donne une image très sexy, se basant sur des standards physiques historiquement associés aux femmes noires : poitrine, postérieur, teint de peau … Dans une vidéo youtube postée par Ddeun Ddeun avec Yoo Jae-suk, elle admet pourtant avoir récemment arrêté d’utiliser des UV pour bronzer, montrant désormais une peau « plus claire ». 

    Yoona de Girls’ Generation et Cha Eun-woo de ASTRO ont été ambassadeurs de produits d’éclaircissement de la peau en Corée, prouvant que de nombreux citoyens coréens ont recours à ces techniques. 

    IMG 0694
    Cha Eun-woo pour les gélules éclaircissantes LUXXE WHITE

    Le colorisme se remarque également dans les maquillages des idols. Beaucoup d’artistes se retrouvent avec des fonds de teint bien trop clairs pour leur peau, et une démarcation apparaît avec la couleur de leur cou. Il s’agit ici de whitewashing, également utilisé par les fansites et les entreprises qui emploient des artistes pour promouvoir leurs produits. 

    https://twitter.com/prinzjeon/status/799005978473725952?s=61

    De même, lorsque des idols se prennent en photo, ils utilisent des filtres éclaircissants sur des applications comme Snow afin de paraître plus blanc. 

    Bref, qu’est-ce que EXP Edition nous a appris ? 

    Qu’un groupe composé uniquement de personnes américaines ne sera pas forcément populaire, ni en Corée, ni à l’international. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans la K-pop, c’est le talent qui compte. 

    Et pourtant, EXP Edition est de la K-pop. Ce n’est pas le succès ou le talent qui décide du genre de la chanson. La K-pop est un terme générique pour désigner la chanson coréenne, et ici, il est indéniable que EXP Edition faisait de la K-pop. 

    De même, la K-pop englobe toute la partie d’entraînement, le fait d’être trainee, ce que le groupe a fait (même si ce n’était que quelques mois, contrairement aux longs processus qui durent des années pour certains idols). 

    Le groupe chantait en coréen, dansait et se produisait en Corée du Sud. 

    Je dirais que nous apprécions la culture. Lorsque nous avons reçu toute cette attention, nous nous sommes demandé si nous devrions plutôt commencer à nous qualifier de groupe inspiré de la K-pop. Le fait est que nous voulons tout donner, c’est pourquoi nous avons décidé de nous immerger dans tout, de l’apprentissage de la langue à l’adaptation du système de formation.

    Il y a tellement de choses à aimer en Corée du Sud et ils semblent flattés par ce que nous faisons – y voyant un témoignage de l’ampleur de la musique. Seo Taiji and Boys a introduit le hip hop en Corée dans les années 90, c’est à cette époque que la K-pop est née. Bien qu’ils aient suscité beaucoup de controverses à l’époque, ils ont décidé de s’approprier leur musique sans se rendre compte qu’ils créaient quelque chose d’une telle ampleur. Nous espérons avoir un tel impact. 

    Frankie de EXP Edition 

    Certes, il est facile de les critiquer. Comme précisé, cela semble être une parodie, mais le projet était pourtant sérieux, bien que certainement porté par des raisons questionnables. Les enseignements liés à EXP Edition sont néanmoins intéressants. 

    Les idols de K-pop non asiatiques, pas un phénomène vraiment récent 

    Et aujourd’hui 

    VCHA 

    VCHA n’est techniquement pas un groupe de K-pop puisqu’elles n’ont pas fait de chansons en coréen. Cependant, elles vont coller aux standards de la K-pop avec des chorégraphies soignées et des productions musicales qui se rapprochent des autres groupes coréens. 

    JYP souhaite néanmoins que le groupe navigue entre la Corée et les Etats-Unis lors de leurs promotions. On peut donc s’attendre à des chansons en coréen dans le futur, même si cela ne reste qu’une supposition. 

    « Y.O.Universe » rappelle un peu les débuts de Little Mix avec « Wings », prouvant leur côté international. Il est important de préciser que Little Mix sont très populaires en Corée. Une version coréenne de « Wings » existe, et leurs chansons sont régulièrement utilisées à la télévision, notamment dans les survivals (Produce 101, Girls Planet 999 …) Nous ne pouvons donc que souhaiter à VCHA de suivre dans les pas du groupe britannique. 

    VCHA, formé par le survival « A2K », est un groupe qui n’a pas suivi de formation de trainee avant son début. Les talents ne sont pas encore aux standards de la K-pop, mais l’évolution du groupe est prévue ainsi. Elles grandiront avec leur public et s’amélioreront au fil de temps, prouvant ainsi leur légitimité à être sur scène. 

    https://twitter.com/stigmaaa_/status/1705552621476479160?s=61
    https://twitter.com/petit__nuage/status/1705513069193974157?s=61

    Leur première performance lors du Music Bank du 22 septembre a été à la fois applaudie et critiquée. Les membres chantent en live et une backtrack très faible, ce qui est appréciable pour des rookies, cependant beaucoup ont souligné qu’avec la chorégraphie, elles paraissent très souvent essoufflées. 

    Beaucoup de rookies, notamment dans des grandes agences comme JYP Entertainment, jouent lors de leurs débuts en faisant du playback afin de se concentrer sur la chorégraphie et la présence scénique. Avec l’intention de JYP de rendre VCHA populaire aux Etats-Unis, il était important pour ce groupe de performer en live pour coller aux standards occidentaux. 

    Seul le futur saura nous dire si VCHA connaîtra le succès aux Etats-Unis comme JYP Entertainment le voudrait. Cependant, le groupe reçoit déjà beaucoup de soutien de la communauté K-pop. 

    Dream Academy

    « Dream Academy » n’est pour l’instant qu’au stade de sa création pendant un survival co-organisé par HYBE et Greffin Records. Le groupe final sera en collaboration entre les labels et destiné au marché américain. 

    Le groupe qui résultera du survival sera pour autant similaire à un groupe de K-pop traditionnel. La preuve étant que chaque participante a suivi un entraînement rigoureux pendant un an avant le début de « Dream Academy ». 

    De même, énormément de moyens ont été déployés pour ce survival. En 2024, un documentaire retraçant le parcours du futur groupe sera diffusé sur Netflix, prouvant la détermination de HYBE à créer un groupe destiné à la popularité internationale. 

    Starseed’z 

    Starseed’z est un groupe sous le label français Seedbox Entertainment. Composé de quatre françaises, le principe de groupe est pourtant de coller aux standards de la K-pop. 

    Les titres seront en anglais, sur le même principe que XG. Le groupe n’est donc pas de la K-pop à proprement parler, mais saura séduire les fans de la Hallyu et au-delà tout comme les japonaises de XG. 

    Elles débutent fin octobre 2023 avec le single « ICONIC ». 

    Moon 

    Moon est une mannequin ayant récemment débuté en tant que rappeuse en Corée du Sud avec « Seoul City Drift ». Soutenue par Wati B Records, elle rappe en en coréen et anglais, essayant de reproduire la formule des artistes KHH populaires. 

    Ses débuts sont assez controversées, notamment à cause du passé de la jeune femme qui était assez connue sur Twitter dans la communauté KHH. 

    De même, ses capacités ont été critiquées. Sa prononciation tant coréenne qu’anglaise n’est pas considérée comme suffisante pour les critères de K-pop, et ses capacités de rap sont remises en question. 

    La production du titre tout comme celle du clip sont néanmoins applaudie, puisque l’équipe qui la produit est expérimentée. Stellone Pitschi, le beatmaker, a notamment travaillé avec Dadju, Darlagoldengoal et Rohff. Sa biographie instagram cite également Tayc et Central Cee – des gros noms du paysage hip-hop. 

    Pourtant, beaucoup applaudissent la présence d’une femme noire dans le KHH, notamment puisque ce genre de musique s’inspire énormément du hip-hop occidental et des artistes noirs. 

    En somme, faut-il être coréen·ne pour faire de la K-pop ? 

    Pour Kristine Luna, journaliste à The Odyssey Online, « il ne suffit pas de chanter en coréen pour faire de la K-pop ». 

    Pourtant … c’est tout le principe de la K-pop. Chanter en coréen. Peu importe que ce soit « bien » ou non, que ce soit du hip-hop, de la pop ou du rock. La K-pop est de la musique chantée en coréen et non par des coréens

    Cette logique n’est pas viable, ni même acceptable lorsque l’on parle d’art. La musique et l’art en général est une succession d’inspirations et d’évolutions, il n’est donc pas possible de figer un courant dans une position pour l’éternité. 

    La K-pop, c’est également un système d’entraînement bien spécifique qui permet de développer des compétences variées. Le chant et la danse sont particulièrement mis en valeur, mais on apprend également aux trainees à avoir une présence scénique, à jouer la comédie, à devenir somme toute de bons entertainers. 

    Aujourd’hui, la K-pop est plus qu’un simple genre musical : c’est un style, un bien culturel, une industrie et même un modèle économique. En raison de la popularité croissante de la K-pop dans la musique pop mondiale, ni sa production ni sa consommation ne restent fondamentalement liées à un lieu ou une région spécifique, comme c’était autrefois le cas. Ainsi, le statut changeant de la K-pop dans l’industrie musicale mondiale ainsi que sa portée et ses limites changeantes remettent en question les efforts visant à apprécier son importance et sa trajectoire actuelles. 

    Ahn Ji-hyun, « K-pop Without Koreans: Racial Imagination and Boundary Making in K-Pop », International Journal of Communication 17(2023), 92–111

    L’art est fait pour s’exporter. Votre auteure est peut-être naïve ou trop pleine d’espoir, mais pense que l’art ne devrait pas avoir de frontières telles que l’on essaye de nous l’imposer. 

    Par conséquent, il est essentiel que les artistes de K-Pop soient asiatiques, car le genre musical sert de plate-forme de représentation asiatique, qui est absente dans les médias américains, et à valider les identités et les passions des fans asiatiques. 

    Kristine Luna 

    Pendant plusieurs années, les artistes asiatiques étaient exclus des médias mainstream, mais avec la popularité croissante de la K-pop aujourd’hui, cela n’est plus réellement le cas. On peut citer le cas de Rina Sawayama, d’Anderson .Paak, de Lyn Lapid, de Thuy … Les artistes bénéficient énormément de TikTok dans leur promotion, qui est devenu un média mainstream lorsque l’on parle de musique. 

    Ne serait-il pas intéressant pour d’autres minorités de se retrouver dans un genre aussi populaire de la K-pop ? Et encore une fois, il est intéressant de préciser que la Corée est un pays très coloriste et (encore, malheureusement) xénophobe, ce qui a exclu pendant très longtemps les asiatiques qui ne sont pas clairs de peau, notamment du sud-est, et donc une énorme partie du continent. 

    On voit aujourd’hui qu’il est extrêmement intéressant pour la K-pop de diversifier son paysage. Bien que les idols non-coréennes ne soient pas encore tout à fait bien perçues par les fans de K-pop coréens, ces artistes sont généralement propulsés par la communauté internationale et peuvent ensuite bénéficier d’opportunités qui leur permettent de mieux s’intégrer sur la scène musicale coréenne. 

    La phrase : La K-pop est réservée aux Coréens » est complètement ignorante, raciste et mesquine. La musique était une représentation de la culture et du potentiel de la Corée, et a toujours été destinée au marché mondial et pas seulement aux fans coréens. Voir en conséquence que les cultures se mélangent et assimilent ce que la K-pop a commencé à faire devrait être un honneur.

    Jeff Miyahara, producteur de K-pop et J-pop lors d’une interview avec STYLE 

    Maintenant, peut-on dire que vouloir créer des groupes de K-pop internationaux / de K-pop composés exclusivement de non-coréens destinés au marché américain/occidental est une idée visionnaire ? Ou simplement une bonne idée ? 

    Nous n’avons pas assez de recul pour affirmer que cela est une bonne ou mauvaise idée. Le projet reste pour l’instant au stade d’expérimentation, et les agences s’aventurent dans des eaux inconnues pour tenter de gagner du terrain. 

    Est-ce simplement une question d’argent ? Ou est-ce que les labels sont motivés par de véritables intérêts artistiques ? 

    A cette question … nous pouvons surtout répondre qu’il s’agit principalement de motivations économiques. Reprenons la citation de Bang Si-hyuk utilisée plus tôt dans cet article : « La K-pop ne capte pas une grande partie du marché mondial. » 

    Aux yeux de votre rédactrice, la K-pop est surtout devenue une course aux profits ces dernières années. Sinon, comment expliquer la multiplication aussi massive et rapide des groupes ? 

    Comment peut-on justifier, par exemple, le fait que JYP Entertainment ait débuté, en l’espace de quatre ans, quatre girlgroups ? (Itzy en 2019, NiziU en 2020, NMIXX en 2022, VCHA en 2023) 

    HYBE, également, a débuté, depuis 2020 : 

    • Enhypen (2020)
    • &TEAM (2022) (Japon) 
    • Le Sserafim (2022)
    • NewJeans (2022)
    • BOYNEXTDOOR (2023)
    • MOONCHILD (2023) (Japon) 

    … Et s’apprête à débuter 

    • 24kumi / pré-debut (Japon)
    • I’LL-IT / groupe formé par le survival « R U NEXT ? » 
    • Dream Academy (USA)

    On sait déjà que le marché de la K-pop est saturé : plus de 80 groupes ont débuté rien qu’en 2022. Avec tous ces nouveaux groupes, combien connaîtront une certaine pérennité ? Combien vont disband avant les sept ans de leur contrat ? 

    Alors est-ce que vouloir s’exporter aux Etats-Unis est un coup de maître ? Certainement. Conquérir des parts de marché en occident en attirant un nouveau public et en faisant face à moins de concurrence est une bonne idée, en théorie. 

    Reste donc à voir comment ces groupes seront reçus par le public général. 

  • CAFFÈ LUNGO : Blackpink tardent à renouveler leurs contrats, YG dans la tourmente

    CAFFÈ LUNGO : Blackpink tardent à renouveler leurs contrats, YG dans la tourmente

    La question est sur toutes les lèvres de quiconque s’intéresse à l’industrie musicale coréenne : les membres de Blackpink vont-elles quitter leur agence ? Depuis la fin du mois d’août, date d’expiration du contrat qu’elles ont signé il y a 7 ans avec YG Entertainment, les spéculations vont bon train.

    Les fans se préparaient depuis longtemps à ce moment, la 7ème année d’activité étant une année charnière pour tous les groupes de K-pop. Les contrats que signent les idols à leur début ont en effet une durée de 7 ans, en vertu d’une loi coréenne instaurée en 2009. La question de la signature d’un nouveau contrat se pose donc immanquablement à la fin de ce délai, et celle-ci se règle de manière plus ou moins fluide selon les cas. 

    2

    Pour des groupes en perte de vitesse, c’est généralement l’agence qui fait le choix du disband. L’industrie de la K-pop se renouvelant extrêmement vite, de nouveaux groupes et de nouveaux concepts remplacent les plus anciens, et les labels vont souvent faire le choix de concentrer leurs moyens et leurs ressources sur des idols plus jeunes et en pleine ascension. 

    C’est très différent, bien sûr, quand la situation concerne les groupes les plus célèbres et les plus populaires. Ces groupes, aux fanbases si grandes et établies que chaque comeback est assuré d’être un succès commercial, sont essentiels pour leur agence d’origine. Car s’ils génèrent une manne de revenus considérable, ils agissent aussi comme une vitrine pour l’agence, lui permettant d’attirer nouvelles recrues, fans et investisseurs.

    Dans ce contexte, alors que Blackpink est sans aucun doute le girl group le plus connu de la planète, il était évident que YG allait ouvrir les négociations à l’issue de leur 7ème année de collaboration. Mais sans déclaration officielle de l’agence ni des membres du groupe après plusieurs semaines d’échanges, la probabilité que le groupe poursuive sa carrière avec YG à l’identique s’amenuise.

    Toutes les configurations envisagées

    De nombreuses possibilités sont à l’heure actuelle évoquées par les médias coréens et internationaux, citant des “spécialistes de l’industrie”, à défaut de réussir à obtenir des réponses de la part des principaux intéressés. 

    Selon la thèse la plus relayée, Rosé serait la seule à re-signer un contrat avec YG, tandis que Jennie et Jisoo créeraient leurs propres agences. Quant à Lisa, elle chercherait une nouvelle agence, après avoir, toujours selon les rumeurs, refusé deux offres à hauteur de 50 milliards de wons (environ 35,3 millions d’euros) de la part de YG. 

    Les quatre membres chercheraient néanmoins à continuer leurs activités en groupe six mois par an, consacrant les mois restants à leurs activités en solo, sans que l’on sache pour l’instant sous la houlette de quelles agences cela pourrait se passer. Face à toutes ces spéculations, YG Entertainment a déclaré à déjà plusieurs reprises que “rien n’est confirmé et que les négociations sont toujours en cours”

    3

    On ne s’étonne cependant pas de l’envie des membres de vouloir se consacrer davantage à leurs carrières respectives, alors qu’elles se sont toutes lancées dans des projets solo ces dernières années. Au-delà de leurs albums et sorties musicales respectives et de leurs activités d’égéries de grandes marques (Dior pour Jisoo, Chanel pour Jennie, Céline et Bulgari pour Lisa et Yves Saint Laurent pour Rosé), Jisoo s’est ainsi lancée dans une carrière d’actrice en 2021 avec le drama Snowdrop, tandis que Lisa s’est récemment produite au célèbre cabaret parisien du Crazy Horse pour cinq représentations exclusives. Lisa a par ailleurs annoncé la sortie dès demain de son nouveau single en solo, intitulé “You & Me” et déjà présenté aux fans en live il y a un an. 

    Il semblerait donc que les opportunités et les projets soient nombreux pour les membres de Blackpink, fortes de leurs nombreux records et du succès de leur tournée mondiale Born Pink, qui a réuni 1.8 million de spectateurs dans 22 pays. Reste à savoir avec qui elles vont choisir de mener ces projets à l’avenir. 

    La situation reste donc pour le moment en suspens, interrogeant l’avenir du groupe mais aussi de son agence. Si les fans souhaitent surtout savoir sous quelles modalités la carrière de Blackpink va se poursuivre, à travers l’industrie, on se questionne aussi sur ce qu’un départ des quatre chanteuses pourrait signifier pour YG Entertainment, qui perdrait là son plus grand atout. 

    Une période difficile pour YG

    L’agence est en effet depuis de nombreuses années une actrice clé de l’industrie de la K-pop. Elle a notamment régné sur la 2ème génération en lançant à quelques années d’intervalles BigBang et 2NE1, respectivement les plus gros boy group et girl group de l’époque. Le succès s’était ensuite confirmé avec iKon, WINNER et bien évidemment, Blackpink. 

    Mais les choses se sont peu à peu compliquées ces dernières années. Après la fin des activités de BigBang et de 2NE1 en tant que groupes et le départ de certains membres de l’agence, c’est l’intégralité des membres d’iKon qui a annoncé en décembre 2022 dire au revoir à YG. Le contrat de G-Dragon, le leader de BigBang, a lui aussi expiré en juin dernier, et de récentes rumeurs annonçaient qu’il serait sur le point de quitter l’agence pour rejoindre le label américain Warner Music. 

    1

    A côté de ça, au milieu d’une industrie toujours plus compétitive, les groupes lancés plus récemment par l’agence n’ont pas encore eu le temps d’asseoir un succès comparable à leurs prédécesseurs. Le boy group Treasure n’en est ainsi qu’à sa troisième année d’activité, tandis que YG tease depuis un an déjà le début du girl group BabyMonster, qui devait avoir lieu en septembre mais a finalement été reporté. 

    Le départ de certaines membres de Blackpink pourrait donc être un coup dur d’ampleur pour l’agence. Les médias coréens ont ainsi rapporté que le cours de YG Entertainment à la bourse de Séoul a déjà baissé plusieurs fois à la suite des différentes rumeurs selon lesquelles certaines membres pourraient ne pas renouveler leurs contrats. 

    Impossible donc de dire pour l’instant ce qu’il va advenir du plus grand girl group du monde et de sa célèbre agence. Chanteuses au sommet de leur gloire, agence en position inconfortable et industrie aux yeux braqués sur toute l’affaire… Ce qui est sûr, c’est que la carrière de Blackpink nous réserve encore sans doute bien des surprises !

  • CAFFÈ LUNGO : K-pop en France : d’événements de niche à phénomènes nationaux

    CAFFÈ LUNGO : K-pop en France : d’événements de niche à phénomènes nationaux

    Cela fait déjà plus d’une dizaine d’années que les artistes k-pop ravivent les fans français en se rendant sur le territoire français. Certains ne sont venus qu’une seule fois, d’autres pas du tout, tandis que d’autres semblent être presque devenus des citoyens français. Même si aujourd’hui, la France semble gâtée en concerts, ce n’était pas forcément le cas il y a dix ans. Et comme j’ai été témoin de tout ça, je vous raconte tout, let’s go ! ?

    Qui est venu en premier ?

    Beaucoup de personnes pensent que le tout premier concert k-pop en France est le SMTown Live World Tour in Paris du 10 juin 2011. Mais saviez-vous qu’il existait déjà, plus d’un an avant celui-ci, un autre événement ayant permis à la k-pop de faire ses débuts sur la scène musicale européenne ?
    C’est lors du Midem (plus grand salon professionnel de l’industrie musicale) que s’est organisé la soirée « K-pop Night Out » le 26 janvier à Cannes. Parrainé par l’Agence coréenne des contenus créatifs (KOCCA) ainsi que par le Ministère coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme, l’événement a permis de ramener sur le sol français les artistes f(x) et Epik High, rien que ça ! À l’époque, f(x) n’étaient encore que des rookies tandis qu’Epik High venaient de se lancer dans une tournée de concerts aux États-Unis pour la sortie de leur 6ème album [e].

    Le SMTown World Tour : concert décisif pour tester le territoire européen

    Évidemment, le Midem’s K-pop Night Out n’était qu’une petite soirée destinée principalement aux professionnels de la musique. On peut donc toujours considérer le SMTown Live in Paris comme le véritable premier concert k-pop en France. D’ailleurs attendu par un grand nombre de fans, les billets se sont vendus en seulement 15 minutes, un véritable record pour l’époque !
    Comme beaucoup n’ont pas pu avoir leur place, plus de 300 fans ont organisé un flash mob à la Pyramide du Louvre et 4 000 fans ont signé une pétition afin de convaincre la SM Entertainment d’ajouter un autre concert. Convaincue par la foule de demandes, elle a finalement ajouté une seconde date pour le 11 juin 2010.

    Et après ça ?

    Par la suite, le nombre de concerts en France n’a cessé d’augmenter au fil des années, pour le plus grand plaisir des fans de k-pop. Dans ce graphique conçu par mes soins sont recensés tous les concerts qui se sont déroulés en France depuis 2011 (y compris les concerts encore à venir en 2023). Je peux vous dire que même si l’on pense qu’il n’y a pas tant de concerts en France, il y en a pourtant eu beaucoup plus que dans certains pays européens.

    Evolution des concerts k pop khiphop et k rock en France e1692909768899

    Vous remarquerez une hausse assez conséquente de concerts lors des années 2018 et 2019 (avec un nombre de 20 et 40 concerts respectivement). Une augmentation impatiemment attendue après plusieurs années où le nombre de concerts tournait toujours entre 3 et 10. Naturellement, cette hausse peut s’expliquer par la popularité grandissante de la k-pop en Europe et plus généralement en Occident. A contrario, il y a eu très peu de concerts en 2020-2021, tout simplement à cause de la pandémie de COVID-19 ayant touchée le monde entier. Les concerts reprennent finalement de plus belle en 2022 et retrouvent leur essor d’avant-Covid. C’est pour dire, en 2023, le nombre de concerts explose avec 38 concerts cette année-là. C’est presque le score de 2019 : 40 concerts !
    Fort heureusement pour leurs fans, certains groupes semblent avoir pas mal apprécié leur passage en France, en étant déjà venus plus de deux fois, comme The Rose (5 fois), ATEEZ, BTS et BLACKPINK (4 fois), Dreamcatcher, Teen Top et B.A.P (3 fois).

    Paris, seul stop français des concerts k-pop

    Il est aussi important de noter que tous ces concerts se sont déroulés à Paris, à l’exception de quelques-uns. En effet, mis à part les trois Midem’s K-pop Night Out de Cannes (en 2010, 2013 et 2014), tous ces concerts se sont déroulés à Paris ou en région parisienne (à Eragny pour le concert de LUNAFLY en 2014 et à Aubervilliers pour le concert de Stray Kids en 2019). D’autres artistes, comme CL ou The Rose, se sont échapper de la capitale lors de leur passage au Main Square Festival à Arras. On espère des initiatives semblables à l’avenir pour combler le plus de spectateurs !

    Les concerts, c’est bien, pouvoir s’y rendre, c’est mieux

    À travers un sondage réalisé auprès de plus de 300 fans de k-pop, nous pouvons remarquer que peu de fans français ont déjà assisté à un concert de k-pop en France au cours de leur vie : 31,5% n’en ont jamais fait l’expérience et 16,7% seulement l’expérience d’un seul concert. Plusieurs choses peuvent expliquer cela, à commencer par le prix de plus en plus cher des places de concerts. Pour rappel, la place la plus chère et mieux placée du Music Bank en 2011 était au prix de 99,40€, prix exact de la moins bonne place du Music Bank en 2023…ça fait mal.
    Comme dit plus tôt, cela s’explique aussi par l’éloignement géographique des concerts k-pop (on habite pas tous à Paris et n’avons pas forcément le temps/les moyens financiers de s’y rendre). Une autre raison -qui se combine souvent avec les points précédents- : le jeune âge d’une partie des fans de k-pop. Ceux-ci ont en effet un pouvoir d’achat faible et une liberté limitée par l’autorité parentale, les empêchant donc de se rendre à un concert. De plus, bon nombre de personnes se sont intéressées au genre durant ou après la pandémie de Covid-19, à une période où les concerts n’étaient pas d’actualité. Ils n’ont donc pas forcément encore eu l’occasion de s’y rendre.

    Et les autres genres ?

    Même si je n’ai pas parlé en détails des concerts k-rock et k-hiphop, leur popularité a augmenté de manière plutôt semblable à la k-pop (les fans appréciant bien souvent des artistes de plusieurs genres différents). Le tout premier concert k-hiphop fut celui de Jay Park (accompagné de Dok2) en 2013, tandis que le premier concert k-rock fut celui de LedApple en 2014 (même si la ligne peut être assez floue entre k-rock et k-pop dans leur cas).

    Si vous souhaitez avoir plus de détails sur le graphique que j’ai conçu, n’hésitez pas à nous envoyer un message privé sur nos réseaux sociaux et nous vous enverrons tout ça. En attendant, on croise les doigts pour que vos favs’ se rendent compte de l’existence de la France, que vous aurez l’occasion de vous rendre à leur concert et que vous passerez un bon moment ! ?

  • CAFFÈ LUNGO : Que s’est-il passé avec LOONA ?

    CAFFÈ LUNGO : Que s’est-il passé avec LOONA ?

    LOONA (이달의 소녀 : Girl Of The Month) est un groupe composé de douze membres : Heejin, Hyunjin, Haseul, Yeojin, ViVi (Wong Kahei), Kim Lip (Kim Jung-eun), Jinsoul (Jeong Jin-sol), Choerry (Choi Ye-rim), Yves (Ha Soo-young), Chuu (Kim Ji-woo), Gowon (Park Chae-won) et Olivia Hye (Son Hye-ju).

    LE CONCEPT DE LOONA : GIRL OF THE MONTH

    L’ensemble est connu pour son projet de pré-début ayant duré un an et demi pendant lequel chaque jeune femme a été présenté au public avec un solo (“Who’s Next Girl?”) ainsi qu’un album dans une sous-unité.

    Ainsi, si l’on prend l’exemple de Kim Lip, elle a d’abord débuté en solo en mai 2017 avec le single “Eclipse”, puis en septembre de la même année dans l’unité Odd Eye Circle, et enfin en 2018 avec les onze autres membres. 

    Le concept a été pensé par le producteur Jaden Jeong (Jung Byung-ki) pour le label BlockBerry Creative. Il a travaillé avec de multiples groupes : OnlyOneOf, Lovelyz, INFINITE (discographie complète sur son blog)…

    Pour l’anecdote, Lovelyz aurait dû faire ses pré-débuts avec le concept de LOONA, mais le concept a été abandonné par Woollim Entertainment après seulement deux solos. 

    En tant que directeur créatif pour LOONA, Jaden Jeong est à l’origine de beaucoup de choses, dont le LOONAVERSE, une histoire portée par de nombreux symboles : la théorie des couleurs, le mobius ou encore la lune. Ce lore est passionnant, mais demanderait des heures pour être expliqué. Il est donc compliqué pour nous de vous en faire un résumé qui rentrerait dans les lignes de cet article. 

    Le concept, tant sur les débuts solos en unités, que l’histoire, n’a pas fait beaucoup parlé de lui lors des débuts de LOONA en 2016 avec Heejin. En effet, le single éponyme ne s’est écoulé qu’à 657 exemplaires en l’espace d’un mois, en faisant l’album ayant les pires ventes de l’année 2016.1

    Pourtant, BlockBerry Creative (ci-après sera parfois mentionné “BBC”), filiale de Polaris Entertainment, a poussé ce projet jusqu’à l’aboutissement du groupe final. Plusieurs des trainees de Polaris Entertainment ont été transférées vers BBC comme Heejin et Hyunjin, tandis que d’autres comme Choi Yena suivront des parcours différents. 

    L’AGENCE DE LOONA : BLOCKBERRY CREATIVE

    Polaris a été fondé en 2006 par le chaebol (conglomérat coréen) Ilgwang Group, spécialisé dans la vente d’armes. Aujourd’hui, Polaris et BBC appartiennent à Levite United, qui a été fondé par nul autre que Lee Jong-myung, fils du PDG de Ilkwang Group. L’agence Polaris a produit entre autres Ladies’ Code de 2013 à 2020. 

    On pourrait donc penser que la maison-mère de BBC aurait les moyens de financer le projet Who’s Next Girl? sans aucun problème. Après tout, un chaebol brasse souvent d’énormes sommes d’argent : on peut citer Samsung ou Hyundai comme autre conglomérat. 

    Le soucis principal avec Ilkwang Group, c’est qu’il est impénétrable. Avec une simple recherche sur Google, on ne découvre rien sur eux, si ce n’est qu’ils sont la maison-mère de Polaris Entertainment. On ne sait quasiment rien de leurs activités ou de leurs produits, contrairement aux autres chaebol cités ci-dessus. 

    Pourtant, une chose apparaît assez clairement. Le PDG Lee Kyu-tae a été arrêté en mars 2015 pour suspicion de fraude. En novembre 2014, il est déjà accusé de corruption et mis en examen. En 2017, Lee Kyu-tae est condamné à trois ans et quatre mois de prison pour détournement de fonds et corruption pour avoir versé 15 millions de wons en pots-de-vin à des représentants du gouvernement et détourné plus de 10 milliards de wons dans l’entreprise. 

    FINANCEMENTS

    Ilkwang est donc constamment sous le feu des projecteurs pour de mauvaises raisons. Les fonds de l’entreprise sont détournés par la famille qui possède le groupe. Malgré des sentences lourdes (peines de prison, amendes …), les Lee ne semblent pas vouloir s’arrêter. 

    C’est pour cela que BBC fait appel à des entreprises extérieures pour financer le projet LOONA dès 2017. Une entreprise de tech japonaise nommée Donuts fait son apparition dans ce contexte pour subventionner le futur groupe à hauteur de 3,5 milliards de wons. Précédemment, BBC s’était déjà associé à l’entreprise japonaise pour louer un espace à 360 millions de wons. 

    Donuts demande en échange de son investissement à BlockBerry Creative que les membres de LOONA stream sur leur plateforme MyLive. Cependant, cette clause du contrat n’est pas respectée, puisque YeoJin fera seulement quatre mukbangs, marquant les seuls lives du groupe sur l’application.

    L’entreprise de tech dépose donc une première plainte contre BBC concernant le bail immobilier qui n’a pas été remboursé. Pour cela, Lee Jong-myung est condamné à payer 360 millions de wons de dommages et intérêts.2

    Concernant l’investissement de 3,5 milliards de wons, Donuts porte également plainte puisque les membres de LOONA n’ont jamais vraiment stream sur MyLive. Le tribunal juge en faveur de l’entreprise, mais BBC fait appel. 

    A deux reprises, les représentants de BlockBerry Creative ne viendront pas au procès. Les juges décident donc que leur premier jugement reste valide, forçant l’agence à rembourser Donuts.3

    IMPACT SUR LES COMEBACKS 

    Evidemment, ces problèmes financiers impactent la carrière des artistes. 

    Le coût du projet de pré-début est déjà de 12 trillions de wons. Pour rembourser ces frais et devenir rentable, BBC devrait vendre des milliers d’albums, de merchandising et remplir des salles de concert. Pourtant, jusqu’à un certain stade, les ventes d’albums stagnent. 

    [+ +]

    8
    [++]
    Sortie : 20 août 2018 
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 796 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 13,055 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 41,583 albums

    [X X]

    7
    [XX] 
    Sortie : 9 février 2019
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 1,939 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 9,015 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 26,563 albums

    [#]

    6
    [#]
    Sortie : 5 février 2020
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 1,513 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 22,185 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 79,797 albums

    [12:00]

    4 1
    [12:00]
    Sortie : 19 octobre 2020
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 13,341 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 46,913 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 85,627 albums

    [&]

    3 2
    [&]
    Sortie : 28 juin 2021
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 18,461 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 76,293 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 97,300 albums

    FL!P THAT

    2 2
    [Flip That]
    Sortie : 20 juin 2022
    Ventes le jour de la sortie (Hanteo) : 54,065 albums
    Ventes la première semaine (Hanteo) : 117,387 albums
    Ventes le premier mois (Gaon) : 134,268 albums

    ATTENTION DU PUBLIC

    On remarque que le public général s’intéresse de plus en plus à LOONA à partir de [12:00] avec le titre “Why Not?” qui suit la lignée de « So What » dans l’album [#]. “Why Not?” montre un côté fun et groovy du groupe avec une pointe d’impertinence : “Ooh, la la / Ah why, ah why, ah why ? / Ohh, la la / Why, why, why not ?” 

    « So What » était déjà une ode à la libération de soi-même des critiques extérieures. La chanson prône le fait de s’accepter pour ce que l’on est, et de dire “et donc?” aux gens qui viendraient nous faire des remarques négatives intempestives. 

    Pendant “So What” et “Why Not?”, Haseul est en hiatus pour cause d’anxiété. Aucune information sur elle n’est dévoilée pendant plus d’un an, de l’annonce de son hiatus en janvier 2020 jusqu’à l’annonce de son retour dans le dortoir de LOONA par Yeojin en mars 2021. 

    SUCCES DE FL!P THAT

    “Flip That” est un véritable succès commercial. La sortie arrive après la fin de Queendom2, émission pour laquelle LOONA était pressenti comme vainqueur. La compétition avec WJSN a été féroce, et ces dernières ont finalement décroché la victoire contre les douze jeunes femmes. 

    Pendant Queendom2, LOONA se démarque pour ses charmes naturels, son sérieux mais aussi sa facilité à rire, à pleurer et émouvoir. Le point culminant de cette apparition est “Tell Me Now”, une performance en collaboration avec Eunji de BB Girls (anciennement Brave Girls) orchestrée par Monika de PROWDMON (Street Woman Fighter). 

    “Flip That” est pourtant considéré à sa sortie comme un clip ayant moins d’intérêt pour le loonaverse que les précédentes title tracks. Les décors sont simples, tout comme les plans, les tenues … ce qui a tendance à décevoir les orbits qui ont été habitués à bien plus. On peut accorder cela, sans plus d’assurance, à un manque crucial de budget de la part de BBC. 

    Toutefois, “Flip That” est l’EP enregistrant le plus de ventes physiques grâce à la popularité acquise par LOONA pendant la diffusion de Queendom2. 

    LA FANBASE : ORBITS 

    LOONA attire l’attention lorsque son concept bascule de jeune et frais pendant “Hi High” et mature et chic pendant “Butterfly” à une idée d’empouvoirement pendant « So What » et “Why Not?”. 

    Il faut également souligner le fait qu’un an de hiatus s’est passé entre “Butterfly” et « So What », laissant un fandom tiraillé entre le fait d’être loyal au groupe, et d’être attiré par d’autres plus actifs. LOONA est donc fortement impacté par le manque d’un fandom solide jusqu’à la sortie de “Why Not?”, voire même “PTT”.

    MANQUE DE CONTENU ET FIDELISATION DU PUBLIC

    De même, BBC ne propose que très peu de contenus en dehors des promotions lors des shows télévisés. Quelques vlogs nommés “LOONA KICK” sont publiés, mais ce n’est pas suffisant pour former une loyauté entre le groupe et les fans. 

    Pour fidéliser une communauté, surtout dans l’industrie de la K-pop, il est primordial de multiplier les contenus pour que les fans apprennent à connaître les membres au-delà de leur musique, et surtout des apparitions scriptées à la télévision. Or, BBC ne communique quasiment pas. 

    Certains orbits essaient de rationaliser le manque de comebacks, en arguant que la rareté des contenus leur donne plus de valeur, comme dans le marché de l’offre et de la demande. Cependant, nous savons déjà que dans le monde de la K-pop, l’omni-présence d’un artiste sur les réseaux et à la télévision est la seule manière de rester dans l’œil du public. 

    EXEMPLES CONCRETS

    Un groupe peu connu comme Everglow qui connaît un hiatus de plus de deux ans perd forcément une majeure partie de sa fanbase : comment résister à de nouveaux groupes qui semblent débuter tous les jours ? Pendant leur absence, NewJeans et IVE, entre autres, ont débuté, amassant des milliers de fans. Everglow, qui connaissait une belle popularité lors de leurs débuts (avec une perte d’attention lors de la sortie de “Pirate”), n’est désormais plus connu des nouveaux kpop stans

    Au contraire, BLACKPINK, avec ses deux ans de hiatus, a su retrouver son public. Mais c’est une exception à la règle – rien ne semble pouvoir réellement détrôner BLACKPINK. Le fandom est solide, les quatre membres sont toujours occupées dans divers domaines (télévision, carrières solo, mode …) alors elles sont toujours sur le devant de la scène, même lorsqu’elles ne promeuvent pas avec le groupe. 

    LOONA se classe dans la catégorie d’Everglow ou encore Weki Meki. A ce moment le fandom n’est pas constitué de manière suffisante pour que le comeback d’après soit un succès assuré. Il existe tout de même un noyau très solide d’orbits qui se fait entendre régulièrement à travers le meme “stan loona”. 

    FIRST WIN : LOONA DECOLLE

    Une prouesse qui montre que LOONA n’est définitivement pas comme les autres girl groups est leur first win. La première victoire lors d’une émission musicale est une consécration lors de la carrière d’un artiste coréen. On pourrait comparer cette récompense à un titre qui atteindrait la première place du Top 50 dans les années 1990. 

    LOONA remporte cette victoire avec « So What » le 12 mars 2022 lors de M Countdown sur la chaîne MNET. 570 jours après avoir débuté avec “Hi High”, et après un hiatus de 351 jours, les douze membres affirment leur popularité sur scène avec un premier trophée. 

    Il est également intéressant de noter qu’à ce moment, Heejin avait déjà débuté avec “ViViD” 1254 jours précédemment, soit près de 3 ans et demi avant ce succès. 

    Dans l’industrie toujours plus compétitrice de la K-pop, le first win est non seulement devenu essentiel mais son obtention est désormais un outil de mesure de la popularité et de la potentielle durabilité du groupe. 

    FIRST WIN RAPIDE … SUCCES GARANTI ?

    Un artiste qui décroche son first win dans l’année suivant son début peut ainsi espérer une belle carrière, tant qu’elle soit bien managée par son agence…, d’autres facteurs entrent bien évidemment en compte dans la probabilité du succès d’un artiste. A contrario, un idol qui ne remporte pas de first win dans ce laps de temps sera perçu comme “raté par l’industrie”. (“failed by the industry”)

    Plusieurs choses entrent en jeu dans cette appellation. Les deux conditions principales sont : 

    • La taille et les moyens de l’agence et donc sa propension à pouvoir promouvoir correctement l’artiste
    • La taille et la loyauté de la fanbase qui doit acheter les chansons, streamer sur les plateformes et voter lors des émissions musicales

    Dans le cas de LOONA, l’agence était certes petite mais soutenue par Polaris Entertainment et Ilkwang Group. Cependant les amateurs de K-pop s’accordent à dire que les promotions du groupe ont été bien trop faibles et minimes par rapport à ce qu’elles auraient dû être pour un groupe de cette ampleur. 

    PROMOTION DU GROUPE

    Lorsque l’on prend en compte les frais engagés par BBC pour les débuts de LOONA, les efforts de l’agence pour promouvoir le groupe n’ont pas de sens. Les membres n’apparaissent quasiment jamais à la télévision, la chaîne YouTube n’est que très peu alimentée de contenu hors “LOONA KICK” (alors que les orbits sont friands de covers, par exemple) et les douze jeunes femmes n’ont pas de réseaux sociaux personnels. 

    Il aura fallu attendre l’implémentation de l’application de messagerie FAB au début de l’année 2022 pour que LOONA commence à interagir avec les fans. De même, les membres n’ont ouvert leurs comptes Instagram personnels que très récemment, après leur départ de BBC. 

    MyMusicTaste organise une tournée mondiale pour LOONA qui affirme pourtant que le groupe connaît une belle popularité en Amérique et en Europe. Cependant, plusieurs membres tombent malade pendant la tournée à la cadence frénétique. Chuu n’y participe pas à cause d’événements conflictuels, tandis que Choerry et Haseul arrêteront leur participation. 

    De même, les fans s’alarment de voir des membres quitter la scène pendant des performances ou de les voir terminer des spectacles assises. La joie de pouvoir enfin voir les membres de près est malheureusement mélangé à un sentiment d’immense tristesse et d’impuissance face à la visible maltraitance des agences sur les douze jeunes femmes. 

    DES SALAIRES QUI NE SONT PAS VERSES

    En 2021, des sources internes confient que l’agence ne payait plus les salaires de ses employés depuis plusieurs mois avant d’être tout simplement renvoyés. La dette à cette période s’élèverait à presque 1 milliard de wons. 

    La chorégraphe Kim Hwa-young a demandé à l’agence sur instagram le 30 septembre 2021 de la rémunérer pour son travail. Elle ne sera pas seule : coiffeuses, make-up artists (gjwjr86, hyelime et kimmin sur instagram), et même les employés de bureau se plaignent de n’avoir reçu aucun bulletin de salaire depuis des mois. 

    A ce moment, malgré les multiples plaintes des travailleurs, les orbits restent persuadées que les douze membres sont toujours prises en charge par l’entreprise. Dans l’industrie de la K-pop, il s’agit de la normalité : l’agence s’occupe de payer le loyer et les repas de l’artiste au quotidien. 

    BATAILLES LEGALES

    PROCES CHUU

    Le 25 novembre 2022, tout change pour les orbits. BlockBerry Creative annonce sur Twitter que Chuu est retirée de manière immédiate du groupe. La raison donnée est la suivante : 

    “Cependant, après avoir récemment été informé du langage violent de Chuu et de l’abus de pouvoir envers notre personnel, la vérité a été découverte après enquête. Les représentants de l’agence s’excusent et réconfortent le personnel, et nous avons décidé d’en assumer la responsabilité et de retirer Chuu de LOONA.” 

    BBC sur Twitter

    Chuu est donc accusée par l’agence de maltraiter son personnel à travers un langage violent alors qu’une rumeur se propage depuis désormais plusieurs mois que Chuu s’apprête à quitter pour de bon BBC. 

    Evidemment, les orbits se questionnent par rapport à ce communiqué de presse : iels savent que BBC n’est pas une très bonne agence, et qu’elle a à plusieurs reprises maltraité les membres. De même, les fans connaissent la nature joyeuse et empathique de Kim Ji-woo (Chuu). Beaucoup de célébrités prennent la parole sur Instagram pour apporter du soutien à la chanteuse, notamment Sunmi. 

    Remontons un peu dans le temps pour comprendre l’origine de cette situation. 

    Chuu intente une action en justice en décembre 2021 afin de suspendre la clause d’exclusivité de son contrat. Elle avait alors reçu une injonction préliminaire, lui permettant de suspendre son contrat jusqu’à la délibération finale du tribunal.4

    Dans un article publié par Dispatch, la raison pour laquelle Chuu essayait de faire suspendre une partie de son contrat est révélée. Il s’agit de la répartition des revenus qu’elle apportait à l’entreprise.

    REPARTITION DES GAINS

    Article 7 (sur la répartition des gains et autres éléments) Partie A (Blockberry) / Partie B (Chuu)

    Lors de la répartition des gains entre A et B, le principe premier sera la déduction de toutes les dépenses. Les dépenses d’activités de divertissement, de production d’albums et toutes les dépenses liées à B (d’investissement, de formation, personnelles) doivent être agrégées dans la détermination des paiements.

    A et B se partageront d’abord les revenus de toutes les activités de divertissement dans une proportion de 70 % A, 30 % B.

    Par la suite, toutes les dépenses liées aux activités de divertissement de B seront réglées à raison de 50 % A, 50 % B.

    Contrat liant BBC et Chuu

    Les revenus sont divisés 7:3 et les dépenses sont déduites 5:5. Selon le principe, les dépenses devraient également être réparties à 7:3. Avec une division pareille, Chuu devait rendre de l’argent à BBC tous les mois, plutôt que d’être rémunérée pour son travail. Ainsi, Ji-woo devait payer pour certaines de ses dépenses professionnelles seule, plutôt que d’être prise en charge par l’agence. 

    J’ai fait le calcul. Si les dépenses dépassent 70 % des recettes, le règlement à la fin du mois serait négatif. C’était un système où vous vous endettiez plus vous travailliez.

    Chuu pour Dispatch

    Par exemple, sur un revenu de 100 000 wons, il y a une dépense de 70 000 wons. L’entreprise récupère 70 000 wons et Chuu obtient 30 000 wons (70/30). 

    Ensuite, en soustrayant les coûts (50/50), cela fait 35 000 wons chacun. 

    Donc l’entreprise gagne 35 000 (70 000 – 35 000). 

    Le règlement final de Chuu est de -5 000 (30 000 – 35 000).

    PREMIERE VICTOIRE

    En mars 2022, le tribunal rend une première décision et suspend l’article 7 dans le contrat de Chuu. 

    Cependant, BlockBerry Creative sait pertinemment que Chuu est un élément crucial de LOONA et que ses activités rapportent gros. Ji-woo est à la tête notamment de “Chuu Can Do It”, une émission à succès sur YouTube dont les épisodes dépassent souvent le million de vues, mais elle est aussi plébiscitée par les marques pour son image joyeuse et pleine d’esprit. Elle devient par exemple l’effigie de Pocari Sweat (une boisson sportive) ou encore Nong Shim Ramen. 

    chuu pocari sweat
    Chuu pour Pocari Sweat

    L’agence doit alors jouer correctement ses cartes pour ne pas perdre cette précieuse rentrée d’argent. BBC accepte donc de changer la répartition des revenus : Chuu détient 70% tandis que l’agence récupère les 30% restants sur tous les paiements. De même, BBC accepte d’assumer 50% des dépenses si les dépenses dépassent les revenus.

    Chuu possède également le droit de refuser de participer à des activités de groupe avec LOONA pour privilégier ses occupations solos. Il s’agit d’une absence autorisée de trois activités de groupe par mois.

    Au même moment, elle aurait crée “Chuu Corporation” afin de garder 100% des revenus de ses activités solo, qu’elle choisit désormais elle-même. BlockBerry Creative ne récupère qu’une partie de ses activités en tant que LOONA.5

    L’APPEL DE BBC

    Après avoir été virée de LOONA, Chuu n’a plus d’attaches auprès de BlockBerry Creative. Elle signe avec l’agence ATRP afin de poursuivre sa carrière en tant que soliste. 

    15 mois après le premier procès, BBC continue pour autant de mener sa bataille juridique contre l’artiste. Leur dernière réclamation serait que BY4M, la maison-mère de ATRP, aurait tenté de s’approprier Chuu dès 2021, alors que son contrat exclusif était toujours en application. Les juges avaient alors tranché en faveur de Chuu.

    Une médiation devait avoir lieu entre les deux parties pour trouver une solution à l’amiable en mars 2023. Cependant, cela échoue, et l’affaire retourne devant les juges. 

    Avec le changement du Président de tribunal, de nouvelles questions ont été soulevées et de nouveaux documents ont été soumis pour être examinés par les avocats de Chuu afin de faire invalider le contrat exclusif de manière définitive. 

    Le tribunal a annoncé que le verdict serait rendu le 17 août.6

    Ce 17 août 2023, le tribunal a tranché en faveur de Chuu, nullifiant ainsi son contrat avec la BBC. Les juges ont également jugé que les frais judiciaires devraient être réglés par l’agence, soulageant ainsi cette charge à Chuu.

    LE BOYCOTT DE LOONA : QUAND LES FANS PROTESTENT SILENCIEUSEMENT

    Les orbits appellent dès le départ de Chuu au boycott complet de LOONA. Cela signifie de ne plus exercer aucune activité bénéficiant financièrement à BlockBerry Creative : streamer sur les plateformes (Spotify, YouTube …), faire des achats ou regarder des publicités sur l’application de jeu SuperStar LOONA, faire des achats sur l’application de messagerie FAB, acheter des albums ou du merchandising … 

    Sont aussi endommagées les ventes du fankit LOONA ORBIT 4.0 par ce boycott et la date d’application pour le fanclub est repoussée pour laisser le temps aux fans de changer d’avis. Les orbits sont plus déterminé-es que cela et ne cèdent pas à la tentation. Il en va de même pour la sortie de l’album [0]

    1 2

    Les pré-ventes sont catastrophiques : moins de 100 unités sont commandées en moins de 24 heures. Ce qui, pour un groupe de K-pop, devrait être alarmant. Et pourtant, les fans se réjouissent de mener si bien ce boycott. Quelques jours avant la date de sortie initiale, seulement quelques centaines d’albums ont été achetés. 

    C’est à ce moment que BBC tente le tout pour le tout et décide de repousser le comeback afin de trouver un moyen de faire cesser le boycott avant de reprendre les activités de LOONA. Dans un communiqué, l’agence déclare : 

    “En conséquence, après avoir écouté attentivement les paroles de nombreuses personnes, y compris Orbits, nous avons décidé que les activités de retour n’avaient aucun sens dans une situation où diverses préoccupations concernant les membres ne sont pas résolues. En conséquence, nous avons décidé que LOONA The Origin Album [0], pour lequel les 11 membres ont travaillé dur pour se préparer, et qui devait initialement sortir le 3 janvier 2023, sera reporté indéfiniment.”

    BlockBerry Creative

    PROCES DE HEEJIN, HASEUL, YEOJIN, KIM LIP, JINSOUL, CHOERRY, YVES, GO WON, ET OLIVIA HYE

    Le 28 novembre 2022, Heejin, Haseul, Yeojin, Kim Lip, Jinsoul, Choerry, Yves, Go Won, et Olivia Hye déposent à leur tour une demande de suspension de leurs contrats. Les neuf jeunes femmes citent que la confiance mutuelle avec l’entreprise a été rompue, notamment avec le départ précipité de Chuu de LOONA. 

    Des médias citent également les problèmes financiers de BBC et le fait qu’aucune des membres n’est payée.7

    DES ARTISTES QUI NE SONT PAS PAYES

    Selon les données financières de BlockBerry, LOONA a généré des revenus de 18,2 milliards de wons entre 2016 et 2022 et a dépensé 16,9 milliards de wons, y compris les dépenses directes. Cela signifie que les revenus s’élèvent à 18,2 milliards de wons et les dépenses à 16,9 milliards de wons.

    Selon leur méthode de règlement inhabituelle, le montant retenu pour la partie salariale de LOONA est de 5,4 milliards de wons. En soustrayant ensuite les dépenses (50%) qui s’élèvent à 8,4 milliards de wons, il reste un déficit d’environ 3 milliards de wons. En divisant cela par les 12 membres du groupe, on obtient une dette d’environ 200 millions de wons par membre.8

    ISSUE DU PROCES

    Le 13 janvier 2023, Heejin, Kim Lip, Jinsoul et Choerry remportent leur procès pour suspendre leurs contrats exclusifs avec Blockberry Creative. Cela signifie que les contrats exclusifs de ces quatre membres ont été suspendus suite à leur victoire, et jugés injustes par le tribunal, comme celui de Chuu.

    En revanche, Haseul, Yeojin, Yves, Olivia Hye et Gowon ont perdu leur procès et sont toujours sous contrat avec BBC. Elles font néanmoins appel après avoir partagé des messages de désespoir sur l’application FROMM. 

    UNIVERSAL MUSIC JAPAN

    En septembre 2019, LOONA signe un contrat avec Universal Music Japan (UMJ) pour pouvoir faire des promotions à l’étranger. Le groupe sortira notamment “Luminous” et “Hula Hoop” à travers cette collaboration entre BBC et UMJ. 

    Lors de la signature, une clause du contrat est telle qui suit : 

    “Même dans le cas où le contrat des artistes avec BlockBerry Creative est rompu ou annulé, les membres doivent continuer à remplir leurs obligations pour ce contrat spécifique. S’ils violent l’une des conditions de ce contrat, les artistes doivent payer des dommages et intérêts pour ne pas avoir rempli leurs obligations. responsabilités selon la loi japonaise.”

    Alors, UMJ tente de récupérer les droits musicaux de LOONA dès que les membres portent plainte. En faisant ainsi, le géant de l’industrie garderait le groupe jusqu’à la fin de son contrat (environ trois ans) et le ferait promouvoir au Japon pendant cette période. 

    BlockBerry Creative saisit cette opportunité et tente de transférer les contrats exclusifs de Haseul, Yeojin, Yves, Olivia Hye et Gowon à UMJ afin de garder la mainmise sur leurs carrières, même si elles n’ont lieu qu’au Japon. 9

    PROCES DE HYUNJIN ET VIVI

    Le 3 février 2023, c’est au tour de HyunJin et ViVi de demander l’annulation de leurs contrats avec BBC. Les deux membres de LOONA ont des cas d’injonction favorables car ayant les mêmes conditions contractuelles que Heejin, Kim Lip, JinSoul et Choerry, qui ont précédemment gagné leur procès.

    HyunJin était précédemment MC lors de l’émission d’avant-première de la Coupe du monde du Qatar 2022 de MBC, « Catharsis ». Diffusée tous les soirs, elle offrait une analyse d’avant-match pour les matchs de la journée. 

    ViVi, quant à elle, est la seule membre d’origine chinoise de LOONA. Il était donc compliqué pour elle de porter plainte en même temps que les autres membres. Il fallait en effet qu’elle se renseigne sur les modalités de son séjour en Corée du Sud et de son visa si son contrat venait à être annulé. 

    Elles remportent toutes les deux leur procès le 9 mai 2023.10

    DEUXIEME PROCES DE HASEUL, YEOJIN, YVES, HYEJU ET GOWON

    Le 16 juin 2023, le tribunal juge enfin en faveur de Haseul, Yeojin, Yves, Hye-ju et Go-won en appel. 

    Le tribunal cite dans ses délibérations que les contrats des cinq membres ont été transférés chez Universal Music Japan sans leur consentement. Cette raison a été citée par les jeunes femmes comme dernier recours à l’annulation de leur contrat. 

    Finalement, après des mois de bataille judiciaire, LOONA est enfin libéré de son contrat avec BlockBerry Creative. 

    BAN DE LEURS ACTIVITÉS

    Cependant, BBC n’a pas dit son dernier mot et fait appel des procès, rendant compliqué le fait de tirer une conclusion sur cette histoire. Néanmoins, les douze membres de LOONA ayant signé dans de nouvelles agences, nul ne doute qu’elles seront bien entourées pour lutter contre l’ancienne.

    En attendant, Lee Jong-myung continue d’exercer le pouvoir qu’il lui reste sur les activités de ses anciennes artistes. Loin de vouloir les laisser partir et d’acquérir de nouveaux talents, il lance deux pétitions pour les bannir de la télévision coréenne. 

    « En décembre 2022, nous avons soumis une pétition à la Korea Entertainment Management Association et à la Korea Entertainment Producers Association concernant l’interdiction des activités de divertissement de Chuu. Nous soumettrons une pétition pour interdire les activités de divertissement des 4 suivants, Heejin, Kim Lip, JinSoul et Choerry, au comité également. »

    BBC espère ainsi détruire les carrières de Chuu, Heejin, Kim Lip, Jinsoul et Choerry, puisque l’agence ne profite plus de leur notoriété désormais. 

    LOONA s’est fait un nom dans l’industrie au fil des années, et sans le piétinage constant des opportunités offertes au groupe par BlockBerry Creative, les douze membres seraient certainement d’autant plus populaires et connues aujourd’hui. Chuu ne serait certainement pas la seule à atteindre des sommets ! 

    LOONA NE SE LAISSE PAS FAIRE

    Après le départ de BBC de LOONA, nous avons vu les jeunes femmes fleurir et s’épanouir. Heejin a fait un photoshoot en solo pour 1st Look, Chuu pour Cosmopolitan intitulé “Chuu always wins”, Gowon et Yves ont également posé pour la photographe mugung.

    Bref, les membres de LOONA ne comptent pas s’arrêter là mais bien faire prospérer leurs carrières dans tous les domaines possibles. Yves aimerait acquérir plus de compétences dans la production musicale, tandis que Jinsoul apprend le A&R (Artists & Relations : le fait de découvrir de nouveaux artistes à signer au sein d’un label).

    TRIPLES, DOMMAGE COLLATERAL

    Pour autant, même si le ban sur leurs activités audio-visuel n’a pas eu l’impact espéré par BlockBerry Creative, il a tout de même eu une incidence sur la carrière de triples.

    Triples est le nouveau projet de Jaden Jeong sous son agence Modhaus. Constitué de sous-unités qui sont vouées à disparaître afin qu’un maximum de combinaisons de membres soit exploité, le groupe a déjà vu 5 unités être créées. +(KR)ystal eyes, qui a débuté avec la chanson “Cherry Talk”, s’est vu être privé d’une partie de ses promotions par la faute de BBC.

    Modhaus a déclaré sur le Discord officiel du groupe : 

    Bonjour, c’est Modhaus.

    +(KR)ystal Eyes avait initialement prévu de réaliser des promotions actives sur tous les programmes musicaux pendant environ 3 semaines, tout comme l’unité précédente.

    Cependant, bien que +(KR)ystal Eyes vient de faire ses débuts cette semaine, l’unité n’a plus d’horaires prévus cette semaine autre que leur apparition sur ‘M! Countdown’.

    Il est très difficile de laisser sortir tous les détails concernant cette affaire. Cela peut être considéré comme un défi envers certaines personnalités ou entreprises, ou cela peut entraîner des problèmes juridiques.

    Ce que nous pouvons dire avec prudence à l’heure actuelle, c’est qu’en raison d’individus et de forces qui prennent des mesures restrictives contre tripleS, aucune apparition supplémentaire dans un programme musical n’est actuellement garantie.

    Il n’y a aucune excuse dans le fait qu’en tant que petite entreprise en démarrage, nous n’avons aucun pouvoir sur ces questions.


    Modhaus et l’équipe de direction ne relâchons pas nos efforts pour que +(KR)ystal Eyes puisse rencontrer le plus de publics possible.

    Lee Jong-myung, le PDG de BlockBerry Creative pourrait intenter ces actions par pur esprit de vengeance contre son ancien directeur artistique Jaden Jeong qui est parti brusquement de l’agence, détruisant plusieurs projets destinés à LOONA au passage. 

    artms to the moon and beyond

    ARTMS PROJECT

    On apprend le 17 mars 2023 que Heejin, Kim Lip, Jinsoul et Choerry signent un nouveau contrat exclusif chez Modhaus. Jaden Jeong est très rapide dans l’exécution de ses plans pour les membres de LOONA : 

    • Le 27 mars  il fait une demande pour copyrighter le nom “오드아이써클” (ODD EYE CIRCLE en hangul) auprès de la KIPO (Korean Intellectual Property Office)11
    • 31 mars : les réseaux sociaux d’ARTMS Project sont ouverts
    • Le 3 avril, il révèle dans une interview pour NME que les quatre jeunes femmes sont déjà de retour dans le studio pour enregistrer de nouvelles chansons. 12
    • Ce même jour, il dépose un dossier pour copyrighter “ODD EYE CIRCLE” 13
    • Dans la journée du 14 avril, des nouvelles photos de profil nommées “Verified Beauty” sont postées pour chaque membre ainsi que pour l’unité entière. 
    • Puis, le 15 mai, il demande à copyrighter le nom “yyxy” ainsi que son équivalent en coréen “와이와이바이와이«  14

    ARTMS vient du nom de la déesse grecque de la lune, Artemis. Il s’agit également du nom du programme d’exploration de la lune de la NASA. ARTMS n’est pas le nom d’un nouveau groupe mais bien d’un projet, comme le précise Jaden Jeong. Les cinq membres sont toujours identifiées comme faisant partie de LOONA. Il n’est également pas exclu que d’autres membres de LOONA rejoignent le projet par la suite.

    Rachel pour dear.korea

    ODD EYE CIRCLE

    Le 19 juin 2023, Modhaus annonce un comeback pour ODD EYE CIRCLE qui aura lieu le 12 juillet avec l’EP Version Up et la title track “Air Force One”. Une tournée européenne organisée par MyMusicTaste est annoncée dans la foulée : une date aura lieu à Paris le vendredi 11 août 2023 (link article events août). 

    Le mini-album Version Up se vend à 52,091 copies la première semaine selon Hanteo, en faisant le 3ème meilleur lancement de LOONA depuis ses débuts officiel avec “Hi High”. 

    HASEUL

    Haseul signe un contrat exclusif avec Modhaus le 21 juin 2023 et rejoint ainsi le projet ARTMS aux côtés des quatre membres précédentes. Pour l’instant, aucune activité en solo n’est prévue pour elle. 

    HEEJIN

    Heejin est annoncée comme étant la suivante a redébuter après avoir fait une apparition dans le clip de “Air Force One”. Le 3 août 2023, la presse rapporte la nouvelle que la première membre de LOONA aura un comeback en solo en octobre 2023.15

    Elle a ainsi sorti son album solo « K » avec la title track « Algorithm ».

    ARTMS

    En mai 2024, ARTMS débute comme quintet avec l’album complet « DALL » (Devine All Love and Live) puis fait un premier comeback avec le mini album « Club Icarus » en juin 2025.

    PROFILS 

    Twitter : https://twitter.com/official_artms

    Instagram : https://www.instagram.com/official_artms/

    YouTube : https://www.youtube.com/@official_artms 

    TikTok : https://www.tiktok.com/@official_artms 

    MEMBRES

    heejin verified beauty
    Heejin
    https://www.instagram.com/0ct0ber19/
    haseul verified beauty
    Haseul
    https://www.instagram.com/withaseul/
    kim lip verified beauty
    Kim Lip
    https://www.instagram.com/kimxxlip/
    jinsoul verified beauty
    Jinsoul
    https://www.instagram.com/zindoriyam/
    choerry verified beauty
    Choerry
    https://www.instagram.com/cher_ryppo/ 

    loossemble spacecraft

    LOOSEMBLE

    Le 11 juin 2023, ViVi et Hyunjin annoncent avoir signé un contrat exclusif avec l’agence CTD E&M (ou CTD ENM). Bien qu’étant fraîchement établie, l’agence peut se targuer d’être fondée par Yoon Do-yeon qui a précédemment travaillé avec LOONA en tant que A&R à BlockBerry Creative jusqu’à la mi-2022. 16

    Le 5 juillet suivant, c’est au tour de Yeojin, Gowon et Hyeju (anciennement Olivia Hye) de rejoindre l’agence.

    CTD E&M fait un clin d’œil à LOONA dans son entièreté avec son logo. Il s’agit de douze ronds, dont cinq sont colorés. Chaque membre de LOONA est représentée par un rond, et ceux qui sont remplis symbolisent l’artiste au sein de l’agence avec sa couleur représentative. 

    ctdenm logo

    NOUVEAU PROJET

    Rapidement, CTD E&M annonce l’événement “Run, ORBIT !” pendant lequel les cinq membres de LOONA vont participer à des jeux en collaboration avec les fans, rappelant un peu le principe d’ISAC (Idol Star Athletics Championships). Pendant cet événement, qui se tient le 29 juillet, le nom du groupe est révélé. Il s’agit de LOOSSEMBLE pour LOONA et Assemble

    Le 2 août, la compagnie d’entertainment ouvre les réseaux sociaux du groupe et poste les nouvelles photos de profil des membres de LOOSSEMBLE. Le lendemain, une tournée nord-américaine “The U.S. Debut Ceremony” est annoncée sur l’application de messagerie FROMM. 

    loosemble tour

    Après avoir débuté avec « Sensitive » puis fait deux comebacks (« Girls’ Night » et « TTYL »), le quintet s’est malheureusement séparé. En à peine plus d’un an d’existence, elles auront également eu le temps de se produire deux fois aux Etats-Unis dans le cadre de tournées.

    PROFILS

    Twitter : https://twitter.com/Loossemble_twt

    Instagram : https://www.instagram.com/loossemble.official/ 

    YouTube : https://www.youtube.com/@Loossemble_official 

    TikTok : https://www.tiktok.com/@official_lussemble 

    MEMBRES

    hyunjin loossemble
    Hyunjin
    https://www.instagram.com/hyunjinab/ 
    yeojin loossemble
    Yeojin
    https://www.instagram.com/yeojin._.o_x/
    vivi loossemble
    ViVi
    https://www.instagram.com/vivikhvv/
    gowon loossemble
    Gowon
    https://www.instagram.com/novvog/
    hyeju loossemble
    Hyeju
    https://www.instagram.com/lnxexu/ 

    chuu logo

    CHUU 

    Après l’annonce de son retrait de LOONA par BlockBerry Creative, Chuu rejoint l’agence ATRP (All The Reasons To Play), une filiale de BY4M. Chuu est la seule artiste d’ATRP puisque la Korea Management Association a fortement conseillé à l’agence de ne pas tenter de signer d’autres membres de LOONA.

    ATRP est fondé au début de l’année 2023 par Kim Jin-mi, un ancien directeur de WM Entertainment qui représente notamment Oh My Girl et ONF

    L’agence continue de la représenter dans ses activités solo précédentes, notamment Chuu Can Do It, qui est toujours diffusée sur YouTube et connaît un fort succès avec le nouveau concept de maison. Dans ces vidéos, les invités de Chuu sont conviés dans son appartement pour y tourner de manière décontractée en pyjama et en jouant à des jeux. 

    De même, Chuu est un modèle très apprécié par les entreprises sud-coréennes qui se battent pour l’avoir comme représentante : Nongshim Ramen, INSPICK, Samsung, BC Credit Card, Sugarlolo … 

    Ses re-débuts en solo sont imminents, puisqu’un nom de fanbase, un fankit et un lightstick ont déjà été annoncés. Les teasers représentent l’image positive et joyeuse de Chuu dans un univers où une fleur (“KKUKA”) doit pousser et s’épanouir. 

    KKOTI” est le nom officiel du fandom, signifiant “maison” en finnois. L’image recherchée pour le regroupement des fans est celle d’un rassemblement des fans pour former un jardin fleuri.

    PROFILS

    Chuu Can Do It Instagram : https://www.instagram.com/chuucandoit/ 

    Chuu Can Do It YouTube : https://www.youtube.com/@ChuuCanDoIt 

    Chuu ATRP Twitter : https://twitter.com/chuu_atrp 

    Chuu ATRP Instagram : https://www.instagram.com/chuu_atrp/ 

    Chuu ATRP YouTube : https://www.youtube.com/@CHUUOfficial 

    chuu atrp
    Chuu
    https://www.instagram.com/chuuo3o/ 

    LOONA Yves signature.svg

    YVES

    Yves (Ha Soo-young) est pour le moment sans agence. Elle a déclaré prendre son temps afin de trouver la bonne entreprise qui lui permettra de produire de la musique et avoir une liberté artistique qu’elle n’a pas su trouver dans BBC. 

    Elle a récemment laissé entendre qu’elle avait de bonnes nouvelles à annoncer aux fans sur FROMM mais ne peut, pour l’instant, rien dévoiler. 

    En attendant, Yves s’entraîne à produire de la musique, fait des covers (notamment une de “Seven” de Jungkook et Latto qu’elle a teasé en story Instagram), vit avec Gowon et laisse s’exprimer sa créativité. 

    Elle a récemment posé pour la photographe mugung lors d’un photoshoot en studio avec un thème sombre, porté par du noir et du rouge. Les profils ont été très largement partagés sur les réseaux, et appréciés non seulement par les orbits mais par les fans de k-pop et de photo en général. 

    yves mugung
    Yves
    https://www.instagram.com/yvesntual/ 

    CE QU’IL FAUT RETENIR 

    LOONA n’a pas disband ! Bien au contraire, les douze membres espèrent toujours pouvoir se réunir un jour dans le futur. En attendant, elles vont mener leurs projets de leurs côtés : ARTMS, LOOSSEMBLE, Chuu et Yves. 

    Plus qu’un groupe, elles sont de véritables amies et se soutiennent. Yves et Chuu sont par exemple allées à l’événement “Run, ORBIT” pour encourager les nouvelles membres de LOOSSEMBLE lors de leur première présentation au public. 

    De même, il est important de préciser que Chuu n’est pas encore entièrement libre de BlockBerry Creative, alors même qu’elle a été la première à demander la suspension de son contrat exclusif. Le 17 août prochain, le tribunal tranchera de manière finale la question. Espérons que les nouvelles soient favorables à l’artiste. 

    Plus que jamais, il est crucial de soutenir les quatres projets pour que les membres de LOONA se sentent suivies et appréciées. Les étapes traversées ont eu énormément d’impacts sur leur santé, tant mentale que physique. Loin d’être une “dernière chance”, ces projets leur tiennent néanmoins à cœur. 
    Si vous êtes orbit ou que la musique de LOONA vous plaît, n’hésitez pas à vous intéresser à ARTMS, LOOSSEMBLE, Chuu et Yves dans le futur !

    SOURCES

    1 https://web.archive.org/web/20161220071533/http://gaonchart.co.kr/main/section/chart/album.gaon?nationGbn=T&serviceGbn=&targetTime=10&hitYear=2016&termGbn=month

    2 https://n.news.naver.com/entertain/now/article/076/0003482634

    3 https://v.daum.net/v/20200914090132910

    4 https://www.wikitree.co.kr/articles/742905

    5 https://entertain.naver.com/read?oid=433&aid=0000089071

    6 https://entertain.naver.com/read?oid=108&aid=0003156365

    7 https://v.daum.net/v/20221128164803469

    8 https://entertain.naver.com/read?oid=433&aid=0000089071

    9 https://n.news.naver.com/entertain/article/416/0000292029

    10 https://news.jtbc.co.kr/article/article.aspx?news_id=NB12113402

    11 https://doi.org/10.8080/4020230054127?urlappend=en

    12 https://www.nme.com/news/music/loona-modhaus-heejin-kim-lip-jinsoul-choerry-jaden-jeong-plans-future-3423740

    13 https://doi.org/10.8080/4020230054129?urlappend=en

    14 https://doi.org/10.8080/4020230085391?urlappend=en

    15 https://entertain.naver.com/read?oid=018&aid=0005543421

    16 https://entertain.naver.com/read?oid=437&aid=0000346584

    Dernière édition le 17/08/2023 à 15h25
  • CAFFÈ LUNGO : Luxe et K-pop, un pari qui fonctionne

    CAFFÈ LUNGO : Luxe et K-pop, un pari qui fonctionne

    La mode a les yeux braqués sur l’Asie. Alors que le dernier Gucci Cruise s’est exporté cette année au palais de Gyeongbokgung, à Séoul en Corée du Sud et fut un franc succès, on remarque de plus en plus d’invités venus de l’univers de la Kpop venant se mélanger à la high fashion, provoquant la curiosité de l’univers du luxe. 

    Un genre pourtant populaire d’origine. 

    Littéralement Korean Pop, la pop est issue de l’expression anglaise « popular music » soit musique populaire et la K-pop n’y échappe pas. Concentrée principalement sur des musiques d’amour (exception faites de certains groupes – Ateez ou Stray Kids par exemple), la musique se veut accessible, bon public. Sa popularité initiale s’est faite à travers le groupe Seo Taji & Boys, proposant une fusion de plusieurs styles musicaux, et a révolutionné l’industrie musicale en Corée du Sud.

    Comment parler de la popularité de la K-pop sans parler de BTS ? Nommé l’une des vingt-cinq personnalités les plus influentes d’Internet par le Times en 2017, on ne présente plus le groupe.

    Forbes en 2019 estimait que BTS avait plus de 90 millions de fans dans le monde. Leur influence est telle qu’on peut se souvenir de leur collaboration avec McDonald’s, le BTS meal, ayant été développée dans plus d’une cinquantaine de pays en 2021, et a causé une augmentation des chiffres de McDonald’s.

    Cela peut donc paraître surprenant à première vue, de faire collaborer une marque de luxe avec un groupe aussi accessible. Les valeurs du luxe résident dans le caractère inatteignable des produits… Mais pas totalement. Il faut pouvoir se vendre.

    Parlons marque et publicité

    Alors, quels sont les intérêts d’inviter des stars de kpop aux défilés ou de faire d’eux des ambassadeurs de la marque ? Nous pourrions vous faire une liste des ambassadeurs pour chaque marque de luxe, mais ce n’est pas le but de l’article. Vous avez sûrement déjà croisé sur votre feed Instagram ou Twitter des vidéos ou photos de Lisa se rendant au défilé de Céline, Jimin pour Dior, ou encore plus récemment Karina pour Thom Browne. Leur but est donc principalement là : faire parler de la marque par le biais de la star, en termes marketing, faire fonctionner l’EMV de l’influenceur.

    En effet, l’Earned Media Value est le moyen de ces marques de valoriser les retombées médias obtenues par une opération par le budget qui aurait été nécessaire pour acheter un espace publicitaire donnant les mêmes volumes d’audience et la même qualité d’exposition. Ainsi donc : les marques de luxe font des économies de pub grâce à la pub faite par la star de K-pop, et on calcule l’attention réelle générée par l’EMV. 

    Jimin pour Dior à la Paris Fashion Week

    Ce n’est pas rien, selon Karla Otto x Lefty, il est calculé pour Jimin une influence supérieure à celle de Kylie Jenner, et une EMV de 17 Millions de dollars pour seulement… Deux posts Instagram. 

    Néanmoins, gagner en réputation n’est pas le seul but des marques qui font appel aux stars de Corée du Sud. Le but premier de toutes marques réside dans le fait de vendre des produits, et les marques de luxe ne font pas exception à la règle. Alors, au détriment de paraître peut-être plus accessible, le choix est rapidement fait : les communautés de fans se ruent et dépensent souvent sans compter pour soutenir les artistes.

    Des comptes sur les réseaux sociaux sont mêmes spécialisés dans le fait de suivre ce que portent les stars à leurs sorties aux aéroports, à leurs apparitions dans les music videos de leurs groupes, ou même dans leur reality shows. Une aubaine pour les marques qui n’hésitent pas à sponsoriser les sorties des stars les plus en vues, dans le but de capitaliser sur l’eldorado asiatique. En effet, selon le Korean Herald qui s’appuie sur des chiffres du cabinet Samjong KPMG, le marché du luxe a crû d’environ 30% en 2021 en Corée du Sud et devrait avoisiner les 7 milliards de dollars de ventes en 2024. L’intérêt est donc réel.

    Un pari gagnant/gagnant

    Les marques gagnent donc avec ces communautés de fans qui deviennent fidèles, mais pas seulement. Les célébrités choisies ont une image à tenir irréprochable, les scandales se créent au moindre faux pas et un media training rigoureux est imposé aux idoles. La marque qui choisit donc de s’associer avec une idole peut facilement avoir totalement confiance en l’image de la star, et éviter tout bad buzz.

    Enfin, ces collaborations marchent et ravissent les fans. Voir Taeyong des NCT faire la publicité de Loewe et symboliser l’esprit créatif et de la marque a pu faire parler d’eux, tout en leur permettant de rester compétitifs et de rajeunir leur image. Du côté des fans, on y voit une sorte de consécration du travail de l’artiste et de sa popularité. Ce qui nous amène à nous demander, quelles seront les prochains ambassadeurs sélectionnés ? Nous restons toujours à l’affût des dernières nouvelles et des envolées pour la Paris Fashion Week, n’hésitez pas à suivre nos réseaux pour être au courant des dernières nouvelles.

  • CAFFÈ LUNGO : Le phénomène des survival shows

    CAFFÈ LUNGO : Le phénomène des survival shows

    Totalisant plus de 9,398,916 votes de la part des stars creators (spectateurs votant de l’émission) de plus de 184 pays, la dernière émission survival de Mnet, BoysPlanet, a été un véritable succès, suscitant la plus grande attention des internautes du monde entier, notamment sur Twitter ou il n’était pas rare de voir les noms de candidats ou le titre de l’émission dans les top hashtags chaque jeudi au moment de sa diffusion.

    De nombreux autres groupes doivent leur création à des survival shows tels que Enhypen, Ikon, Monsta X, Itzy ou encore Twice.

    Mais qu’est ce donc que ces fameux survivals shows dont sont tant friands les fans ?

    Il ne s’agit pas d’émission de survie type Koh Lanta comme leur nom peut le suggérer mais d’émission de découverte de talent, un peu à la façon d’un télé crochet jumelé à une télé réalité avec des éliminations hebdomadaires. Ces sélections se font grâce à un panel d’experts de la musique et surtout des votes de popularité des fans sur plusieurs rounds jusqu’à la formation d’un groupe temporaire ou non lors de la finale

    Daniel PDS2 final rank

    Le format présente de nombreux avantages, tant pour les agences que pour les fans :

    • D’une part, il permet une promotion anticipée du groupe et de ses membres avec une mobilisation de fans avant même que le groupe ait débuté. Il offre une présentation des membres plus détaillée (personnalités, talents particuliers…), ce qui permet aux agences de préparer le terrain avec une publicité plus subtile dont elles n’auraient pas nécessairement bénéficié dans d’autres circonstances.
    • D’autre part, pour les fans, il permet de pouvoir composer un groupe à leur goût en fonction de leurs attentes, de pouvoir suivre la progression de ses futurs membres et de s’attacher plus vite à ceux-ci en tout ayant un rôle actif dans leur parcours en tant que trainee* et potentiellement futurs idols.

    Ces émissions prennent plusieurs formes et peuvent être internes aux agences ou compagnies qui les organisent comme c’est le cas pour Sixteen/Twice, NoMercy/MonstaX ou TreasureBox/Treasure ou être externes à celles-ci comme les très connus Produce 101/IOI – Produce 101 S2/ Wanna One ou Produce48/Iz*One.

    Dans le premier cas, en reprenant les avantages cités plus haut, il s’agit avant tout de familiariser les spectateurs avec les trainees de l’agence tout en effectuant une sorte de sondage en temps réel de leur popularité pour jauger qui seraient les membres les plus judicieux à choisir pour faire débuter un groupe. 

    Il est intéressant de noter que dans ce genre de survival, les perdants sont souvent amenés à quand même débuter plus tard dans l’agence, voire dans un autre survival show. On peut citer l’exemple de Somi, désormais artiste solo, qui a participé à Sixteen (JYP) puis à Produce 101 ou Ikon dans Win : Who is next puis Mix and Match. Mais aussi, certains trainees de I-LAND dans &Team après &Audition – The Howling. Le but de promotion et les avantages de ce modèle sont clairs.

    Survival logo

    Dans le second cas, l’enjeu est différent. En effet, l’émission Produce 101 a été pensée à sa création comme un moyen de mise en avant des trainees en fonctionnant comme une vitrine pour ceux-ci. Il s’agit d’une émission ou une centaine de trainees de  nombreuses agences d’envergure différente concourent les uns contre les autres pour arriver à un groupe final temporaire (souvent de deux ans).

    Produce photo

    Cela permet, entre autres, à de petites agences d’obtenir une forte publicité à moindre coût pour leur permettre de faire débuter leurs trainees à la fin de l’émission en profitant de la popularité gagnée durant l’émission, comme c’est le cas pour Haknyeon de The Boyz. Les agences peuvent également promouvoir leurs artistes populaires après la fin du contrat temporaire du groupe. On pense à Pristin, Weki Meki, Gugudan, CIX, AB6IX, LE SSERAFIM ou IVE mais aussi à de nombreux talentueux soloist lancés de cette façon comme WOODZ, Kang Daniel, Park Jihoon, Somi, Yena…

    Choi YeNaWoodz Pink

    Il est également déjà arrivé plusieurs fois de voir des idols confirmées participer à ces émissions pour tenter de profiter de cette popularité pour rebooster celle de leur groupe comme Minhyun de NU’EST qui à réussi à intégrer le groupe Wanna One (il participait à l’émission aux côtés de JR, Ren et Baeko), Hui dans Boys Planet ou juste certaines idols souhaitant prendre un nouveau départ comme Yujin de CLC dans Girls Planet 999 puis Kep1er.

    Minhyun 101

    Les groupes issus de ces survivals sont souvent incroyablement appréciés en Corée et jouissent la plupart du temps d’une popularité satisfaisante chez les fans internationaux également (la mélodie de chansons comme “VERY VERY VERY”, “ENERGETIC” ou encore “La Vie en Rose” doivent sûrement vous parler).

    IOI very very veryYLe succès de ce format est tel que l’on a pu le retrouver dans d’autres pays d’Asie comme au Japon avec Produce 101 Japan qui a donné le groupe JO1 par exemple (A noter que Produce 48 était également composé de trainees japonaises du système AKB48 mais restait une émission coréenne et non exclusivement japonaise).

    Ce format est aussi présent en Chine avec deux variantes de l’émission : “Idol Producer” d’un côté dans laquelle des idols comme Jackson, Lay ou encore Lisa ont déjà eu des rôles de mentors. On doit à cette émission le groupe NINEPERCENT entre autres.

    Into1 La seconde variante, “Chuang” (Produce Camp ou Produce 101 China), a pu compter dans son jury des idols tels que Tao, Wang Yibo, Song Victoria, Luhan ou encore Amber Liu. “Chuang’’ a permis la création de Rocket Girls 101, R1SE ou encore le groupe international INTO1, récemment disband (24 Avril 2023)

    Néanmoins, ce format peut être questionné par les nombreux scandales qui ont pu entacher les différentes saisons. La saison Produce X 101 en est la parfaite illustration : à la suite de la révélation de trucage des votes (il existait des soupçons dès les premières saisons), le groupe gagnant X1 s’est vu contraint de disband à peine quelques mois après leurs débuts et avec seulement leur single de lancement à leur actif.

    Ce scandale a mené à l’inévitable chute de l’émission Produce qui s’est vue remplacée par les très récentes Girls Planet 999 et Boys Planet qui fonctionnent à peu de choses près de la même façon et sont produites par les mêmes organismes.

    Fort du succès de son prédécesseur et mieux consciente de son audience, les émissions Planet se veulent plus inclusives qu’auparavant en recrutant des trainees de différents pays : 

    Girlplanet

    on retrouve trois sections de trainees coréennes, chinoises et japonaises dans Girls Planet 999, et deux sections avec un“groupe coréen” et un “groupe global” dans Boys Planet. Elles permettent aussi aux fans non coréens de voter, ce qui apparaît comme un grand changement par rapport aux éditions précédentes et un véritable succès. En effet, on notait également dans l’audience de nombreux fans étrangers lors de chaque émission face au public.

    Le format du survival show a déjà pu être critiqué pour sa tendance à exacerber les mauvais jours des trainees ou les présenter sous un angle peu flatteur pour créer du contenu  »viral » ou pour influencer les votes. On parle des techniques “d’evil editing” (montage malveillant). De plus, la passion des fans étant particulièrement brûlante et changeante lors de ces émissions, on remarque un phénomène de haine et de harcèlement particulièrement intense envers certaines trainees, presque aussi fort que l’engouement qui en entourent d’autres (parfois les mêmes en une émission).

    De ce fait, on peut réfléchir à la pertinence des stratégies adaptés par les trainees selon le contexte ou le format de l’émission auxquels ils participent :

    Un trainee de survival avec un grand nombre de participants comme les émissions Produce ou Planet aura tout intérêt à essayer de se démarquer dès le début, se battre pour les meilleures parties des performances et à trouver un signe distinctif ou un slogan accrocheur comme ont pu le faire Somi, Jihoon, Wonyoung… (le dernier en date était l’introduction du tout nouvellement membre de ZB1 Ricky et son  »Young and Rich,Tall and Handsome » par exemple).

    N1 produceRicky young and rich 1

    Un trainee de survival d’agence plus restreint en nombre quant à lui gagnera plus facilement l’attention des fans en leur permettant de découvrir sa personnalité et ses spécialités. On peut citer Sunoo dans I-LAND qui a obtenu beaucoup de fans grâce à sa personnalité malicieuse et son comportement mignon.

    Sunoo Iland

    Malgré ces questionnements et points faibles, le format de survival show reste un type d’émission vraiment intéressant à découvrir et assez différent de ce qui se fait en France puisque propre au marché de l’entertainment asiatique. Suivre de près ce type d’émission et assister à la création d’un nouveau groupe puis suivre son évolution peut être une expérience aussi prenante qu’amusante alors je ne peux que vous conseiller d’essayer si jamais le cast d’une de ces émissions ou un de leur concept venait à retenir votre attention.

    Hybe et Mnet nous promet depuis un moment une deuxième édition féminine de l’émission I-LAND qui a formé le groupe Enhypen et nul doute que le format Planet a de beaux jours devant lui donc vous ne risquez pas de manquer de choix !

    ILAND 2

    Quant aux curieux.se.s de survivals déjà achevés ou nouveaux fans de groupe qui viendraient d’une de ces émissions, je vous recommande vivement d’essayer de retrouver les épisodes (vous aurez toujours l’avantage d’éviter le stress de l’annonce des résultats !)

    Twice 16

    *Trainee : On pourrait le traduire vaguement par ‘’stagiaire’’, il s’agit d’idols en devenir recevant une formation de la part de l’agence dans laquelle ils ont réussi à entrer dans l’attente de potentiellement pouvoir débuter dans un groupe de celle-ci.

    Et vous, appréciez-vous ce format ?

     

  • CAFFÈ LUNGO : Le fan entrepreneurship ou comment lier k-pop et carrière professionnelle

    CAFFÈ LUNGO : Le fan entrepreneurship ou comment lier k-pop et carrière professionnelle

    LE FAN ENTREPRENEURSHIP, QU’est-ce que c’est ?

    Que ce soit grâce à votre rôle dans une fanbase ou bien à travers votre participation à des streamings parties, vous avez peut-être déjà fait la promotion de votre artiste préféré ! Bien évidemment, tout cela était une activité bénévole, mais saviez-vous que le fan entrepreneurship peut changer la donne ?

    Si ce terme vous est inconnu, le fan entrepreneurship (l’entrepreneuriat par les fans), c’est simplement l’opportunité commerciale et professionnelle que la pop-culture a permis à certains fans. Cet aspect avait déjà été discuté par le chercheur Henry Jenkins qui considérait les fans comme des « consommateurs qui produisent, des lecteurs qui écrivent, et des spectateurs qui participent ». Même si les labels de musique pourraient sembler en grande partie responsables de la réussite de leurs artistes, le pouvoir marketing des fans eux-mêmes ne serait pas à négliger ! On pourrait en effet estimer que ce n’est pas -seulement- grâce aux industries médiatiques et au gouvernement coréens que la k-pop a été popularisée en France. Cela émanerait, au contraire, des fans et de leur utilisation propre des technologies de l’information et de la communication.

    Le fansubbing : ce dur labeur bénévole

    Si vous étiez déjà fan de k-pop il y a une dizaine d’années, vous vous rappelez sûrement de la galère pour trouver du contenu traduit… Les agences avaient la fâcheuse tendance (et c’est encore parfois le cas) de jouer les aveugles en ne fournissant aucune traduction du contenu de leurs artistes, malgré la demande grandissante…

    Qui s’en occupait alors ?

    Les fans eux-mêmes bien évidemment ! Parce que oui, bien que les dramas soient aujourd’hui facilement accessibles sur Netflix et compagnie, avant, c’était une autre histoire. Les fansubbers traduisaient bénévolement les dramas et films coréens et les diffusaient ensuite gratuitement sur des forums dédiés. Mais pour atteindre le Graal, il fallait généralement accéder à des vidéos en 320p divisées en 6 parties avec des publicités de 3 minutes. Bref, un vrai parcours du combattant.

    Niveau k-pop, il existe encore aujourd’hui de nombreuses chaînes YouTube dédiées à la traduction de chansons et émissions télévisées. Ce travail a permis aux fans de ressentir une plus grande proximité avec les groupes qu’ils aiment, limitée auparavant par la barrière de la langue. Mais…après avoir constaté la popularité du fansubbing, les agences coréennes ont finalement réagi. Comment ? En considérant ces activités de subbing comme du piratage visant à réduire la demande du marché étranger. Le message est clair : les fans doivent cesser de consommer gratuitement ce contenu et doivent y accéder de manière légale.

    Mais alors, pourquoi parler de fansubbing lorsque le fan entrepreneurship prend seulement en compte le travail rémunéré ?
    Parce que malgré cela, la k-pop a permis de mettre en lumière la créativité et le savoir-faire de ces bénévoles. Et cela a même permis à certain·e·s fansubbers de trouver leur voie professionnelle dans la traduction !

    LES Prémisses DU FAN ENTREPRENEURSHIP en france

    magazine k-pop français

    Nés de la passion pour la k-pop de leurs fondateurs, les magazines spécialisés k-pop semblent être le parfait exemple du fan entrepreneurship. En France,  le Kpop Life Magazine est le tout premier magazine k-pop à avoir vu le jour en juillet 2011. Depuis celui-ci, d’autres magazines semblables ont été publiés, comme K!World, K-pop Mag ou bien K-Girls.

    Bien entendu, les exemples réussis de fan entrepreneurship sont nombreux et ne se limitent pas aux magaziconvention korea daynes. C’est notamment le cas de la convention Korea Days de l’association Litchee. Créée en 2015, ce salon propose des stands de nourriture coréenne, de goodies k-pop mais aussi des spectacles de taekwondo, des concours de chant et danse ainsi que des rencontres avec des influenceurs. Ce mouvement de fan entrepreneurship s’est aussi fait par l’implantation de cafés à la thématique k-pop, comme le Kick Café à Paris, fondé par Savannah Truong. C’est en partie grâce à un financement participatif sur Ulule où elle a recueilli 5 700 euros que cette auto-entrepreneuse a pu fonder en mai 2020 le Kick Café. Il s’y organise divers événements : anniversaires d’artistes k-pop, événements autour de dramas, conférences, mais aussi des collaborations avec d’autres acteur·rice·s français·es de l’économie k-pop, comme LULULALA, créatrice de produits dérivés K-pop.

    un phénomène profitant à touTES ET TOUS

    La différence avec des entrepreneurs lambda se lançant dans l’implantation de bars à cordons bleu, ce serait donc bel et bien la passion (étonnamment ?). Les chercheurs Nissim Otmazgin et Irina Lyan l’ont d’ailleurs bien expliqué : la motivation des fans entrepreneurs n’est pas « purement commerciale mais étroitement liée à leur fandom ». Le fan entrepreneurship semble donc finalement donnant-donnant. D’un côté, ces activités entrepreneuriales élargissent la portée de la k-pop à de nouvelles communautés. D’un autre, les fans ont de nouvelles expériences professionnelles grâce à leur passion. Le rôle des fans dans la promotion des artistes ne serait alors pas moins important que le rôle des maisons de disques elles-mêmes…

  • CAFFÈ LUNGO : LOONA, protégées par la loi JYJ

    CAFFÈ LUNGO : LOONA, protégées par la loi JYJ

    JYJ, un groupe boudé par les médias coréens. 

    Retour en 2009. Alors que les DBSK, groupe porté par SM entertainment, sont au sommet, 3 de leurs membres décident de porter au tribunal la compagnie qui les représente pour mettre fin à leur contrat d’exclusivité du à une répartition inégale des revenus générés par le groupe. 

    S’ensuit une lutte juridique de 4 ans, qui finit sur un accord des deux parties. 

    Cependant, ce n’est que le début pour les JYJ, qui, pendant de longues années seront écartés des médias coréens dû à une pression de la SM. Le groupe, pourtant talentueux, n’aura aucun créneau, ou très peu, pour la promotion de leur comeback. 

     

    La bataille d’une génération. 

    Leur nouvelle agence C-JeS et les 3 membres du groupe vont alors se battre pour faire reconnaître cette pression et y mettre fin. La Korea Trade Fair Commission a reconnu cette pression en 2013. Mais il faudra attendre 2015 pour que la loi « JYJ » voie le jour. Cette loi a pour but d’empêcher des tiers de blacklister certains groupes ou individus, bloquant leur apparition à la télévision. Elle protège les artistes qui souhaitent retrouver leur liberté tout en continuant des activités. 

     

    Le cas LOONA

    Rappelons rapidement les faits concernant LOONA. En novembre dernier, les orbits (nom du fandom), apprennent que BlockBerry Creative a décidé de retirer Chuu du groupe. Cela en prétextant des abus de pouvoir de sa part.

    Chuu est alors indéniablement la membre la plus populaire : elle enchaîne les publicités, les apparitions dans des émissions télévisées … tout le monde se l’arrache. 

    Cette dernière avait déjà demandé plusieurs mois auparavant à la justice de la libérer de son contrat exclusif avec la Blockberry Creative. Selon elle, le contrat qui liait les deux parties était injustement composé. Elle avait obtenu gain de cause et signé dans une autre agence pour toutes ses activités en solo, restant néanmoins à la BBC pour les activités de groupe avec LOONA. 

    LOONA a alors fait son comeback après avoir participé à Queendom2, avec le mini-album Flip That. La chanson du même nom est un succès, remportant quelques victoires aux émissions musicales quotidiennes. 

    Le procès

    Ce que nous ne savons pas, c’est qu’à partir de ce moment, les membres vont décider de porter plainte collectivement contre leur agence pour faire annuler leurs contrats. La raison est la même que pour Chuu de ce que l’on sait. les dépenses sont partagées dans un ratio de 50/50, tandis que les rentrées d’argent sont partagées en 30/70. Ainsi, à la fin du mois, les filles ne gagnent pas d’argent, et leurs dettes envers l’entreprise continuent de grandir.

    Les neuf membres restantes (sans Vivi et Hyunjin) portent plainte contre BBC, dans un procès dont nous n’aurons que peu d’informations. Nous ne connaissons que la finalité du procès. Heejin, Choerry, Jinsoul et Kim Lip sont libérées de leurs contrats. Haseul, Hyunjin, Yeojin, Vivi, Yves, Gowon et Olivia Hye, elles, doivent rester dans l’agence. 

    Dans le même temps, BlockBerry Creative décide de rompre son contrat avec l’application de messagerie Fab. Son utilisation est similaire à Bubble ou Universe. Ainsi, ce contrat rompu, les membres du groupe n’auront plus de moyen de communiquer avec leurs fans. 

    Et les derniers messages envoyés par les filles sont inquiétants. Dans leurs lettres, elles se confient aux Orbits sur la précarité de leur situation. Elles évoquent l’angoisse qui les ronge et l’incertitude de leur avenir dans cette agence qui semble les maltraiter.

    Vivi et Hyunjin ne demanderont l’annulation de leur contrat que quelques semaines après. Au mois de février, nous apprenons qu’elles aussi souhaitent partir de la BBC. Vivi qui était restée jusqu’à présent pour des raisons de visa, et Hyunjin à cause d’autres contrats, souhaitent désormais rejoindre leurs autres membres.

    Loona, protégées par cette loi.

    BlockBerry Creative décide alors d’envoyer une pétition à deux associations. Elle leur demandant d’interdire aux membres ayant gagné le procès (Kim Lip, Choerry, Jinsoul, Heejin) et à Chuu toute apparition dans des émissions télévisées. Alors que pour Chuu, cette demande serait rétroactive, et s’appliquerait donc aux émissions tournées en 2022, pour les quatre autres membres, il s’agirait de les bannir à partir de cette année. 

    Cependant, lorsque l’on compare cette situation à celle de JYJ, on se rend rapidement compte que les filles devraient avoir gain de cause. L’amendement “loi JYJ” interdit aux sociétés de diffusion d’empêcher l’apparition d’un individu ou d’un groupe dans une émission à la demande d’un tiers non-lié à la production de l’émission, ou sur requête d’un tiers après que l’individu ou le groupe en question ait été légalement autorisé à apparaître dans des émissions.

    Les cinq membres de LOONA n’étant plus sous BlockBerry Creative devraient donc être capables de continuer leurs activités en solo dans les émissions télévisées. Mais la question se pose désormais pour les sept membres restantes : que va-t-il leur arriver ?