À peine trois mois après la sortie de son single de début, « Ride or Die », EVAN (Heeseung) dévoile son tout premier album solo, DEATH OF ME. C’est le 7 septembre que l’ancien membre d’ENHYPEN révèle ce projet personnel et introspectif, où différentes inspirations viennent se mêler pour donner naissance à un univers qui lui est propre. Désormais consacré à sa carrière solo, EVAN entame une nouvelle recherche créative, particulièrement attendue par un public qui l’a longtemps vu évoquer sa volonté de créer et produire sa propre musique. Mais alors, vers quels horizons musicaux pouvait-il se tourner ? Son timbre de voix et ses techniques vocales lui ayant déjà permis de démontrer une grande versatilité au cours de sa carrière en groupe, difficile d’imaginer une seule direction qui contiendrait tout ce potentiel.
Avec le soutien de son label BELIFT, EVAN donne finalement naissance à un projet à son image : sombre, introspectif, parfois traversé par le bruit de ses propres pensées, mais jamais dénué d’espoir. De l’obscurité à la renaissance, DEATH OF ME semble ainsi raconter la fin d’un chapitre autant que la naissance d’un nouvel artiste.
Comment navigue-t-il à travers le flot de ses pensées bruyantes pour s’offrir une véritable renaissance artistique ?
Not Enough
L’album s’ouvre sur un titre pop saturé par les percussions et les basses, sur lesquelles la voix d’Heeseung se veut plus douce et mélodieuse, rappelant presque certaines techniques vocales du R&B. Le ton est rapidement donné quant aux thématiques de l’album avec “I couldn’t sleep with this hollow mind” (je ne pouvais pas dormir avec cet esprit vide), suivi de “채울 수 없어, never-ending grind” (je n’arrive pas à le remplir, c’est un travail sans fin). Tout au long de la chanson, EVAN rappelle que ce qu’il fait n’est jamais assez et qu’il en veut toujours plus. Prêt à travailler pour évoluer constamment en tant qu’artiste, il ne se repose pas sur ses lauriers et veut montrer au public dès le premier titre qu’il a conscience des sacrifices et du travail nécessaires pour construire une carrière artistique. Une thématique qui fait notamment écho aux hésitations et aux questionnements que le public pouvait avoir face à son choix de quitter son groupe pour se lancer dans une carrière solo, un véritable challenge autant pour lui que pour son label.
Cette entrée en matière autoproduite s’appuie sur des couplets efficaces et un pré-refrain qui monte progressivement jusqu’à finir en voix de tête, prolongeant la tension avant l’arrivée du refrain. Celui-ci répète finalement le point central du morceau : tout ce que je fais et sur quoi je travaille est bien, mais jamais assez. Une volonté de progression qu’EVAN exprime lui-même dans son interview pour Billboard News Special : “Je veux continuer à me développer et aller de plus en plus haut, c’est important pour moi d’avoir cet objectif. En ce sens, je pense que je ne suis “pas assez””
C’est une chanson assez impactante pour commencer le projet : sous couvert d’une mélodie pop et plutôt groovy, Evan n’hésite pas à montrer sa vulnérabilité qui le pousse à être ambitieux.
Noise
Assez rapidement, le deuxième titre nous plonge dans un univers sonore bien différent du premier. Ici, la pop laisse place au lo-fi et à une douceur sans fioritures. Un véritable oxymore se construit entre le titre de la chanson, qui se traduit littéralement par “bruit”, et la simplicité choisie du morceau. EVAN propose une introduction à la voix saturée, filtrée par un effet radiophonique typique du lo-fi. Celle-ci crée d’emblée une sorte de sas, un filtre entre le monde extérieur, bruyant, et son monde à lui, celui qu’il souhaite nous faire écouter. “Noise” devient alors une invitation à se couper du reste pour mieux s’écouter, en parfait contraste avec le morceau précédent et le suivant.
“Little by little, what’s the rush? Yeah, my time keeps on tickin’, I’m doin’ it right (…) I don’t care ’bout the noise around, I tune it just fine” (Petit à petit, pourquoi se précipiter ? Ouais, le temps passe, mais je fais les choses comme il faut (…) Je me fiche du bruit autour de moi, je le règle très bien). EVAN choisit son propre rythme, lent aux yeux de certains, rapide pour d’autres, mais surtout celui qu’il veut. Avec ce titre, on entre un peu plus dans sa tête, voire dans son intimité, non sans rappeler les dernières inspirations de Justin Bieber dans ses projets SWAG et SWAG II. Dans le huis clos de son studio, EVAN semble accepter cette sensation de flou, “comme s’il était perdu dans la brume, ça me semble normal d’être triste”. Il écrit alors ses doutes et les pose sur papier pour nous permettre de mieux le comprendre, tout en faisant écho à ses propres comparaisons. Nous comme lui pouvons nous sentir “blue”. À travers un groove R&B lo-fi, EVAN souligne l’importance de faire abstraction de ce fameux bruit du monde, de lâcher prise face à l’agitation et, surtout, de faire confiance à son propre rythme et à son intuition (ici artistique).
Ride or Die
Après la douceur revient la tempête avec “Ride or Die”, morceau sorti en juin dernier sur un single EP de pré-release. Cette première sortie musicale de Heeseung en tant qu’EVAN était particulièrement attendue : il s’agissait de sa première chance de prouver qu’il avait fait le bon choix en poursuivant une carrière sans ENHYPEN. Alors que le public ne savait pas encore à quoi s’attendre ni quelle direction artistique il allait prendre, Heeseung choisit une inspiration emo-rock, accompagnée d’un mixage de sa voix chargé en effets. Entre autotune, saturation et notes hautes, “Ride or Die” était un parti pris intéressant qui n’a toutefois pas complètement convaincu le public cet été. Le titre, à lui seul, ne semblait pas rendre compte de tout le potentiel de l’artiste et a parfois laissé le public sur sa faim, notamment chez ceux qui attendaient de retrouver sa voix, pourtant si significative dans son groupe.
Le titre est pourtant sans ambiguïté. Il reprend l’expression “ride or die”, que l’on pourrait grossièrement traduire par “cours ou meurs” en français. Un choix qui illustre finalement assez bien le saut dans le vide et le challenge qu’Heeseung vient d’accepter : c’est maintenant ou jamais. Il utilise alors toute sa souffrance et ses angoisses pour sortir de sa torpeur, dans une esthétique sombre et rock fortement inspirée des années grunge.
À l’écoute complète de l’album, quelques mois après sa sortie officielle, “Ride or Die” prend toute son importance et occupe une place de choix dans la tracklist, qui s’enchaîne assez naturellement dans le flot du projet. Le morceau devient d’autant plus appréciable lorsqu’il est replacé dans cet ensemble et compris comme une partie intégrante de l’histoire qu’EVAN cherche à raconter. Il semble avoir réfléchi précisément au choix de ses morceaux : après les doutes et l’ambition de faire toujours plus, puis la mise à l’écart du “bruit” environnant, l’amour et le soutien de ceux qui le suivent deviennent ici une source de force, de réconfort et de motivation pour continuer à avancer. Malgré l’incertitude et le rejet d’autrui parfois, il avance, il “ride”, parce que son amour (pour la musique, certainement) ne mourra jamais
Finalement, “Ride or Die” trouve pleinement sa place comme une très bonne B-side de l’album et représente parfaitement le premier projet d’Heeseung devenu EVAN dans sa matière la plus brute.
Death of Me (*Title Track)
Après les titres de pré-release, le quatrième morceau de l’album est la title track, sortie officiellement au moment de l’album. Ce titre, qu’EVAN choisit de promouvoir dans les music shows et lors de ses apparitions médiatiques, est sans doute l’un des plus forts de l’EP. Avec un titre éponyme aussi fort, littéralement “ma mort” ou “mon décès” qui fait sans doute écho à “Ride or Die”, Heeseung s’apprête à faire mourir la persona qu’il était pour laisser place à une nouvelle entité, plus affirmée : EVAN. Il reprend ici une trope artistique récurrente, celle du chaos avant l’accalmie, du marasme avant l’épiphanie, et surtout de la mort pour mieux renaître.
EVAN s’octroie ainsi le droit de poursuivre sa carrière et son art dans la direction qu’il souhaite, en affrontant ses peurs et ses démons, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs. Il l’exprime notamment dans les paroles, mais c’est en sautant dans le vide qu’il semble finalement “trouver sa direction”, car ce n’est “pas encore l’heure de sa mort”. Dans son interview promotionnelle avec Weverse Magazine, il se livre davantage sur la création du titre et en explique la genèse avec vulnérabilité. Il révèle notamment que cette dernière phrase fait écho à une expérience personnelle particulièrement marquante : EVAN a lui-même frôlé la mort lorsqu’il a combattu un cancer à l’âge de 7 ans.
Dans “Death of Me”, plusieurs inspirations musicales se dessinent entre pop et, dans une certaine mesure, R&B. La plus évidente au premier abord est sans doute The Weeknd, dont EVAN est fan. Si le refrain semble se rapprocher de “Take My Breath”, le clip, lui, est une interpolation claire à “Save Your Tears”. Une direction musicale qui ne surprend finalement pas, puisque les fans s’attendaient à retrouver cet univers chez lui, notamment après ses nombreuses covers du chanteur canadien, comme “I Can’t Feel My Face” lors du Music Bank Madrid en octobre 2024.
Le titre se révèle ainsi particulièrement rythmé et dansant, avec des allures rétro qui lui permettent de pleinement exprimer ses qualités de performeur. La chorégraphie est elle-même inspirée de nul autre que Michael Jackson, dont la gestuelle et le célèbre gant continuent d’être un moteur et une source inépuisable d’inspiration. Dans un décor de strass et de paillettes à la The Greatest Showman, EVAN nous montre finalement qui il est : un performeur hors pair, un peu torturé, mais animé par une véritable rage de vaincre et de vivre de sa passion. Son “destin est dans les étoiles”, et nulle part ailleurs.
Twilight
Dans un registre bien plus léger, “Twilight” nous offre une douce pause pour respirer et savourer toute la douceur que la voix d’Heeseung a à nous offrir. À travers une jolie mélodie nostalgique et des paroles simples et répétitives, on observe le crépuscule lumineux de l’album. Produite par Elias Edman, qui a notamment travaillé avec Omar Rudberg, “Twilight” explore une pop électronique tranquille, empreinte de sonorités UK garage (GENIUS). S’agissant de l’une de mes chansons favorites de l’album, elle s’écoute avec une grande facilité et offre un véritable moment de respiration au milieu du projet.
Dans son interview podcast avec STAN:A, EVAN révèle que la réverbération et l’intensité du morceau ont été pensées pour rappeler ces moments d’intimité où l’on peut “partager le crépuscule” avec quelqu’un. Une image onirique qui renforce la dimension romantique du titre et capture ces instants de douceur suspendus entre deux personnes amoureuses, ou comme il préfère le dire, entre lui et ses fans. Il offre ici un moment d’intimité simple et agréable avec ses auditeurs, on peut profiter de sa voix dans notre casque, sans artifices. On pourrait penser que le choix du crépuscule prend aussi une autre dimension lorsqu’on replace le titre dans l’ensemble de DEATH OF ME. Entre la lumière et l’obscurité, le morceau semble occuper cet espace intermédiaire où EVAN se trouve lui-même : après avoir affronté le bruit et ses propres démons, il s’autorise enfin à ralentir.
Immature
Ce ralentissement n’est pourtant que de courte durée puisque le titre “Immature”, aux sonorités heavy metal, vient rapidement appuyer sur le volume et faire remonter le bruit. Il s’agit définitivement de mon titre préféré de l’album : EVAN s’approprie pleinement le genre et pousse sa voix dans un registre dans lequel nous ne l’aurions pas forcément imaginée auparavant. Dès l’introduction instrumentale, les guitares et les percussions nous enveloppent et nous font comprendre où il veut en venir : sa renaissance s’opère pour de bon, et c’est “tout ce qu’il voulait faire”.
Sa voix est distordue, les cordes des guitares sont poussées à leur maximum, le rythme est abrupt : ici, EVAN répond à ses détracteurs qui le pensent immature en affirmant leurs dires et en embrassant complètement cet aspect de lui (et tout un chacun). Oui, il est immature, mais cela ne le dessert pas. Au contraire, il sublime ses manquements et ses défauts au travers de la musique et en fait une véritable force artistique. Il compare même la répétition quaternaire du mot ‘Immature” dans le refrain à un marteau qui vient frapper encore et encore, jusqu’à ce que l’idée soit parfaitement comprise. Le titre est audacieux, presque effronté, et EVAN s’y présente comme une véritable rockstar qui n’en fait qu’à sa tête.
Le titre avait d’ailleurs attisé la curiosité du public lorsqu’il en parlait dans son documentaire de début. Le choix était alors cornélien entre “Immature” et “Ride or Die” pour accompagner ses débuts, et c’est finalement cette dernière que son équipe avait privilégiée, malgré la préférence personnelle d’EVAN pour “Immature”. Celle-ci fut donc accueillie avec d’autant plus de surprise et d’enthousiasme par les fans, qui ont pu découvrir plus pleinement son parti pris artistique et cette véritable “crise d’adolescence” exprimée à travers le rock. Son seul défaut est d’être bien trop courte pour une chanson de défoulement, on aurait adoré y entendre un bridge instrumental puissant.
Overflow
Après la crise d’adolescence, EVAN se montre de nouveau vulnérable sur la douce “Overflow” qui accompagnait le single “Ride or Die” en juin dernier. Il nous avait donc déjà montré cet aspect de sa musique en posant d’une voix de poitrine émotionnelle sur une instrumentale indie pop romantique. Dans un parfait mix entre “Noise” et “Twilight”, “Overflow” se veut posée et intimiste, tout en mettant en valeur la voix d’Heeseung et les sentiments qu’il souhaite partager. EVAN insiste ici sur le trop-plein d’émotions, il nous dit d’ailleurs dans un interview avec W KOREA que “Personnellement, je l’ai écrite pendant une période difficile de ma vie. À l’époque, j’étais submergé par d’innombrables émotions, mais je n’arrivais pas à en résoudre une seule. Puis, un jour, un parolier étranger avec lequel je travaillais a lancé comme ça le mot Overflow. Je me suis dit : “C’est ça.” Sa vidéo avec W KOREA est particulièrement jolie visuellement, on le voit dans des décors simples et contrastés qui mettent en avant sa silhouette et son langage corporel titubant. Une chanson de ‘yearning’ comme les fans l’aiment.
Note : Le “yearning” désigne un sentiment de désir profond et mélancolique, cette sensation de manquer intensément quelque chose ou quelqu’un tout en aspirant à l’atteindre.
Going Home
Pour le dernier titre de son album, EVAN referme la boucle avec “Going Home” (rentrer chez soi). Un ultime “yearning” qui vient clore ce premier EP dont il semble particulièrement fier. Cette chanson pop-rock mélancolique laisse une place importante à la mélodie de guitare et à une batterie lente, non sans rappeler les balades de groupes de rock ou certaines chansons de fin de film Disney (comment ne pas entendre “I’ll always remember you” de Hannah Montana). Le refrain fonctionne parfaitement grâce à l’alternance entre quelques notes en voix de poitrine et d’autres en voix de tête, lui donnant toute sa puissance et sa nostalgie.
Le mélange entre la voix parfaitement mixée de Heeseung et une instrumentale riche en sonorités, ponctuée par un solo de guitare en guise de pont, accompagne parfaitement cette mise à nu. EVAN se livre ici entièrement à travers une chanson éminemment personnelle, dont les paroles ne méritaient pas moins qu’une telle production. Il explique qu’il avait rarement le temps de rentrer chez lui pour voir sa famille et que, lorsque l’occasion s’est finalement présentée, il s’est soudainement mis à pleurer. Une confession qui résume à elle seule l’un des sacrifices et des sentiments que les idols sont contraintes d’endurer tout au long de leur carrière, mais qui donne aussi à “Going Home” une dimension particulière : après avoir cherché sa direction, affronté ses peurs et fait taire le bruit autour de lui, EVAN sait désormais où rentrer.
Conclusion
Avec DEATH OF ME, EVAN offre un premier projet solo remarquable : il pose les premières fondations de l’artiste qu’il souhaite devenir. Au fil des titres, il navigue entre le bruit de ses pensées, ses doutes, ses peurs et cette volonté constante d’aller plus loin. La mort évoquée dans le titre devient alors celle d’une ancienne version de lui-même, nécessaire pour laisser place à une renaissance artistique plus personnelle et affirmée. Loin de rejeter qui il était, il l’embrasse plutôt pour montrer son évolution.
De la pop au R&B, du lo-fi au rock et jusqu’au heavy metal, EVAN explore différentes facettes de sa personnalité et de sa voix en assumant toutes ses inspirations, même lorsqu’elles peuvent surprendre. Il ne cherche pas non plus à effacer ses imperfections : il les transforme en matière créative et en fait même une force.
Après avoir sauté dans le vide et s’être lancé dans un challenge personnel, et après avoir accepté de laisser mourir une partie de lui-même, EVAN semble avoir trouvé sa direction. DEATH OF ME raconte ainsi moins une fin qu’un commencement : celui d’un artiste encore en construction, mais qui sait désormais où il veut aller (et on a envie de le suivre). C’est désormais fière et curieuse que j’attends la suite des projets d’EVAN, tant que BELIFT soutient complètement sa carrière.
Sources:



