À l’occasion de la sortie en France du film « 3670 » prévue pour le 25 novembre 2026, la société de distribution “Les Douze Crocodiles” a organisé une séance presse le 29 octobre dernier à laquelle nous avons assisté. Le réalisateur Park Joon-ho, présent pour l’occasion, s’est confié sur le processus de création du film et sur son succès.
Park Joon-ho signe son premier long-métrage, dont il est le réalisateur, scénariste, producteur et monteur, qui est sorti en Corée du sud en 2025. « 3670 » a été diffusé en France pour la première fois la même année, lors de la 20ème édition du Festival du Film Coréen à Paris (FFCP). Il y a gagné le prix du public et a donc été remis à l’affiche de la 21ème édition, pour une séance spéciale en présence du réalisateur.

Dans « 3670 », on suit Cheol-jun, un jeune transfuge nord-coréen homosexuel qui essaie de trouver sa place et de se construire un avenir dans le sud de la péninsule. Rencontres, découvertes et désillusions vont rythmer son quotidien jusqu’alors monotone et reclus.
Le nom du film fait référence au code utilisé par les membres du groupe qu’il intègre pour se donner rendez-vous. Il s’agit du lieu (station jongno 3, sortie 6), l’heure (7 heures), suivi du nombre de personnes présentes. Dans le titre, le réalisateur a choisi de le laisser neutre (“0”) pour laisser place à l’espoir et à l’imagination.
Park Joon-ho, un réalisateur engagé
Park Joon-ho a étudié le cinéma à l’Université National des Arts de Corée (Korea National University of Arts) et a scénarisé et réalisé plusieurs court-métrages tels que “Almond: My Voice Is Breaking” en 2017 et “Eunseo” en 2019.

Pour son premier long-métrage intitulé « 3670 », Park Joon-ho dit avoir été inspiré par les réfugiés nord-coréens auxquels il donnait des cours d’anglais et de rédaction pendant ses trois années de bénévolat à la « Jayuteo School ». Cette expérience lui a permis de changer sa vision des nord-coréens, en partie biaisée par leurs représentations dans les médias et dans le cinéma sud-coréen.
Il s’est donc donné pour mission de faire un film dans lequel “ces figures ne seraient pas définies par leur passé, et seraient vues comme des personnes vivant leur présent en Corée du Sud”.

Bien qu’il dit ne pas avoir rencontré de transfuges homosexuels, Park Joon-ho, étant proche de la culture et de la communauté gay sud-coréenne, a voulu dépeindre l’intégration d’un jeune homme ayant un double statut de minorité dans ce pays où règnent compétition, discrimination et préjugés ancrés.
“Les minorités sexuelles ne sont pas traitées comme des citoyens à part entière par la loi ou les institutions existantes, c’est pour cette raison que certains de mes amis LGBTQ+ en Corée ont décidé d’émigrer vers des sociétés qui sont plus accueillantes, tant sur le plan institutionnel que culturel.”
Il a également voulu “tourner dans des lieux réels fréquentés par la communauté gay”, afin de “documenter fidèlement ce à quoi elle ressemblait en février 2024, au moment du tournage.”

Quant au choix des acteurs, Park Joon-ho dit avoir eu un coup de cœur pour le regard charismatique de Cho You-hyun, qui n’avait pourtant pas beaucoup d’expériences de jeu à son actif. À l’inverse, son partenaire de jeu Kim Hyeon-mok a déjà été aperçu dans plusieurs K-dramas populaires (“Extraordinary You”, “Start-up”, “Navillera”…).

Leur duo, à la frontière entre l’amitié et l’amour, est un symbole du contraste existant entre les deux Corées : d’un côté le sud-coréen, en proie à des sentiments forts tels que la jalousie et le manque d’estime de soi qui sont le résultat d’une société aussi compétitive, et de l’autre le nord-coréen, beaucoup plus pure et sincère dans ses relations sociales.
L’amour plutôt que la haine
S’il est difficile de dépeindre l’évolution de communautés minoritaires dans un pays malgré tout conservateur comme la Corée du sud, il est très facile de tomber dans des schémas classiques tels que le déni, la haine de soi et des autres, ou encore la capitulation face aux obstacles, qui passe souvent par le suicide.
Dans « 3670 », Park Joon-ho se démarque en se concentrant sur les difficultés rencontrées dans un quotidien plus commun et auxquelles n’importe qui peut s’identifier. Les personnages évoluent donc avec leurs problèmes et différences sans pour autant être confrontés à une quelconque forme de haine ni de violence, physique ou psychologique, qui soit ultérieure à leur quotidien et/ou communauté.

Ce choix se ressent particulièrement dans la représentation faite de l’Eglise et de la religion. Elle a une place centrale dans la vie des transfuges nord-coréens, car c’est l’un des rares organismes qui les accueille et leur ouvre les portes du partage, de l’éducation et d’un semblant de vie sociale.
C’est le cas pour Cheol-jun, qui témoigne régulièrement en racontant son miraculeux parcours pour arriver jusqu’au sud, et semble avoir prêté à sa survie une dimension divine.

Pourtant, “en Corée, l’Eglise est l’ennemie principale de la communauté queer qui vient même protester pendant la marche des fiertés.” Le réalisateur dit alors avoir voulu montrer un autre aspect de l’Eglise dans son film, car il pense que “Dieu peut parfois servir de cadre significatif pour donner un sens à la vie.”
Plutôt que de dépeindre la religion comme un obstacle à l’intégration et l’acceptation de soi, elle est ici vue comme un élément positif de la vie du personnage, sans pourtant devoir être une fin en soi.
“Cheol-jun et moi-même, tels que nous sommes aujourd’hui, donnons un sens au monde à travers un cadre différent.”
Avec « 3670 », Park Joon-ho a gagné, entre autres, le prix du Meilleur Nouveau Réalisateur aux Korean Critic’s Choice Awards de Busan puis du Meilleur Réalisateur de l’Année décerné par le magazine Cine21 en décembre 2025.
Cho You-hyun, l’acteur principal, a également été récompensé en tant que Meilleur Nouvel Acteur et Meilleur Acteur de l’Année à ces deux occasions.
Conclusion
Tout comme la chanson utilisée dans la scène de fin (“Merry-go-round” de Zion. T), ce film nous embarque dans une boucle rythmée et addictive aux messages forts, plans immersifs et dialogues sincères. Park Joon-ho fait preuve d’ambition et d’engagement avec ce premier long-métrage qui a tout pour plaire au public français, et ce quel que soit l’âge, le genre ou encore l’intérêt ou non pour la culture coréenne.
En bref : une œuvre complète à (re)voir sans modération !
Un grand merci au réalisateur Park Joon-ho et à l’équipe des Douze Crocodiles pour leur invitation.

