interview exclusive kris main

COFFEE WITH : Kris Main « Quand je me regarde aujourd’hui, je me rends compte que j’ai beaucoup mûri. » [INTERVIEW EXCLUSIVE]


9–14 minutes

C’est dans un café du quartier de Yeonnam que nous avons rejoint l’artiste Kris Main pour faire une introspection sur sa carrière.

Kris Main, de son vrai nom Jeong Min-jae, est un artiste coréen qui a commencé sa carrière comme producteur pour d’autres chanteurs. Il sort ses premiers singles en 2021, construisant sa discographie jusqu’au double EP JANUS [I] et JANUS [O].

Autour d’une boisson fraîche, il s’est livré à nous sur ses aspirations, ses inspirations et de sa manière d’appréhender sa carrière. 

dear. korea : Peux-tu te présenter ?

Kris Main : Bonjour, je suis KRIS MAIN, un artiste qui révèle la beauté à l’état brut.

dear. korea : Comment décrirais-tu ton style musical en une seule phrase, pour celles et ceux qui te découvrent pour la première fois ?

Kris Main : Comme je l’ai dit précédemment, je me décrirais comme un artiste qui trouve la beauté dans ce qu’il y a de plus brut.

dear. korea : Peux-tu développer un peu ce propos ? 

Kris Main : Mes racines (musicales) sont dans le rock, mais ces derniers temps, j’explore un large éventail de styles musicaux. Je mélange des genres comme l’électro, le hip-hop et même la musique dance dans mon univers musical. Et c’est ce genre de style que je souhaite continuer à créer et à exprimer à l’avenir.

dear. korea : Tu as autant créé que tu t’es produit sur scène, mais qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir artiste au départ ? Et surtout, qu’est-ce qui t’a poussé à te consacrer davantage à la scène ?

Kris Main : J’ai toujours eu beaucoup de talent (d’énergie créative) depuis que je suis enfant, et je trouvais dommage de l’exprimer uniquement au travers de la production musicale. Alors que je réfléchissais à la suite de ma carrière, mon mentor musical, HE’S du duo de producteurs et DJ Advanced, m’a dit : “Tu as une superbe voix, pourquoi ne pas essayer de chanter ?”

J’y ai réfléchi, et ça m’a semblé être une idée sympa, alors j’ai décidé de tenter le coup. Et honnêtement, j’ai fini par adorer ça bien plus que je ne l’aurais imaginé. Je suis très heureux de faire ce que je fais aujourd’hui.

dear. korea : Ton style intègre de multiples genres comme le rock, le hip-hop et le pop-punk. Qui sont les artistes qui t’ont inspiré et influencé ?

Kris Main : Il y en a beaucoup, mais si je devais en choisir quelques-uns, je pourrais en nommer quatre d’emblée. Blackbear, The Chainsmokers, Skrillex et MGK (Machine Gun Kelly)

dear. korea : Si tu devais choisir un seul favori parmi ceux-là ? 

Kris Main : Je ne peux absolument pas. Ils sont tous aussi importants pour moi.

dear. korea : Si tu devais choisir une chanson dans ta discographie pour inciter les gens à te suivre, laquelle ce serait ?

Kris Main : Avant, je recommandais toujours mon titre “I’m Not Sorry”, mais depuis peu, j’ai sorti le diptyque d’EPs JANUS [I] et JANUS [O]. De toutes mes chansons, celle que je recommanderais en premier est “I Miss Myself”. C’est un morceau auquel je suis particulièrement attaché, car c’est l’un de ceux où je me suis montré le plus sincère et où j’ai exprimé ma situation de la manière la plus brute qui soit.

dear. korea : Tu dirais que c’est la chanson qui représente le mieux ton identité en tant qu’artiste ?

Kris Main : En partie oui. Mais surtout, j’ai toujours eu un penchant pour les chansons qui expriment des émotions sincères. Je pense que c’est l’une de celles où je me suis vraiment livré avec honnêteté et sincérité, et j’ai moi-même trouvé beaucoup de réconfort et de consolation en l’écoutant. C’est pourquoi je recommande particulièrement cette chanson.

dear. korea : Avant de te lancer, tu faisais plutôt de la composition pour des émissions comme Show Me The Money ou High School Rapper. Qu’est ce que produire pour d’autres artistes t’as appris ?

Kris Main : J’ai appris beaucoup de choses différentes, mais quand j’y pense, le métier de producteur est un domaine dans lequel il est vraiment difficile de travailler sans collaborer avec d’autres artistes. En ce sens, tu dois comprendre l’autre, intégrer ses valeurs et ses émotions, ainsi que tout ce qu’il souhaite exprimer pour en faire une œuvre. J’en ai tiré de très grandes leçons et appris énormément en matière de relations humaines.

dear. korea : Est-ce qu’il y a un artiste avec qui ça a particulièrement matché ?

Kris Main : Je ne sais pas si je peux n’en choisir qu’un, tous ceux avec qui j’ai travaillé ont été géniaux; mais si je dois mentionner quelqu’un ça serait le designer artistique URIUN. Ce n’est pas un musicien mais nous avons vraiment bien matché, et on a créé beaucoup de beaux projets visuels ensemble.

dear. korea : Dans ton double EP “JANUS [O] et [I]”, tu explores la différence entre ton “toi intérieur” et ton “toi extérieur”. As-tu l’impression que les artistes, notamment en Corée, sont enfermés dans un moule avant même que les auditeurs aient pu essayer de les écouter ?

Kris Main : Ce n’est pas vraiment à ce propos. Il y a beaucoup de personnes autour de moi, ou même de gens qui me rencontrent pour la première fois, qui ont tendance à me juger selon leur première impression et selon mon apparence. C’est même allé jusqu’au point où certains m’évitaient ou étaient intimidés avant même d’apprendre à me connaître. Je voulais casser ces stéréotypes et préjugés, c’est pourquoi j’ai fait ce double EP.

dear. korea : Tu renvoies souvent cette image intimidante au premier abord ? Personnellement je n’ai pas eu cette impression.

Kris Main : Les gens me trouvent assez souvent intimidant. Quand je rencontre quelqu’un pour la première fois, je ne suis pas du genre à briser la glace, je reste assis silencieusement. Je suis très à l’aise avec le silence, et je trouve que les moments gênants ou les atmosphères inhabituelles sont une étape naturelle dans la rencontre avec l’autre. Du coup je ne me prends pas tellement la tête et j’ai tendance à rester assez réservé. Mais à cause de ça, les gens sont souvent intimidés et gardent leur distance. C’est d’ailleurs ce que j’ai entendu directement de la part de beaucoup de gens après avoir appris à mieux les connaître.

dear. korea : Donc cet album est ta façon de briser ces idées fausses ?

Kris Main : Exactement, cet album est ma manière de confronter directement les stéréotypes.

dear. korea : J’ai l’impression que ta foi chrétienne influence également ta musique. Comment est né le titre “Forgive Me” ? Y’a t’il d’autres morceaux inspirés par ta foi ?

Kris Main : On commet beaucoup de pêché au cours de notre vie, et la vérité est qu’on continuera probablement d’en faire. Donc dans cette chanson je demande à Jésus de pardonner mes péchés et de continuer de croire en moi et de m’aimer pour qui je suis. C’est une chanson qui exprime à la fois mon égoïsme et mon repentir.

dear. korea : Dans des morceaux comme “Dead Inside” ou “Friends With Benefits”, tu abordes les thèmes de la vulnérabilité, de la solitude et des relations complexes. Le fait d’écrire ces paroles s’apparente-t-il à une forme de thérapie pour toi ? Ou s’agit-il plutôt d’un travail visant à transformer des sentiments personnels en récits plus universels ?

Kris Main : Je crois que c’est les deux. Parfois, écrire des chansons entre dans un processus de guérison pour moi, et d’autres fois je crée de la musique inspirée de petits moments, de petites scènes ou d’expériences qui m’ont marqués. Donc je dirais que c’est un peu des deux. En général, j’ai tendance à trouver l’inspiration même dans les plus petits détails de la vie quotidienne et je les exprime via la musique, les deux réponses s’appliquent dans mon cas.

dear. korea : D’un autre côté, est-ce que tu ressens parfois du stress lorsque tu écris des paroles ? Vu que tu tires ton inspiration même des moments les plus insignifiants, j’ai l’impression que tu es quelqu’un d’assez sensible. Je me demande donc si, lorsque tu crées quelque chose, cela devient une source de stress pour toi, ou si c’est plutôt un exutoire qui t’aide à évacuer ces émotions ?

Kris Main : Bien sûr, il y a plein de différents types de stress et de batailles intérieures qui surviennent quand je travaille sur un projet. En tant que créateur, je pense que ces challenges sont inévitables, mais une fois que le processus est terminé et que je vois le résultat, je me dis que tout ce chemin de création est magnifique et que même les moments les plus durs deviennent quelque chose de significatif. Sur le moment, c’était définitivement compliqué, mais maintenant que je regarde le chemin parcouru, je réalise que c’était en réalité de très beaux moments, donc je n’y pense plus comme des sources de stress.

dear. korea : Ton son est brut et peut parfois donner l’impression d’être enregistré en acoustique ou en live. Quand tu produis tes propres morceaux, qu’est ce que tu recherches en premier lieu?

Kris Main : Sans aucun doute, c’est les émotions que je recherche en premier. Avant toute chose, j’ai besoin de comprendre entièrement l’émotion que je veux exprimer et la traduire en musique. C’est ensuite que je peux écrire les paroles ou performer d’une façon qui retranscrit réellement ce que j’essaye de transmettre. C’est pour ça que je mets l’émotion au cœur de mon travail avant toute chose.

dear. korea : Tu sembles un peu attaché à l’idée d’être incompris. Penses-tu qu’un artiste doive être incompris pour rester fidèle à lui-même ?

Kris Main : Je le pense, sans aucun doute. Ce n’est pas seulement le cas des artistes, tout le monde vit cela. Il y aura toujours des gens qui vous aimeront, et il y aura toujours des gens qui vous détesteront ou vous mépriseront sans raison particulière. Pour moi, ce genre de préjugés et d’incompréhensions n’ont pas vraiment besoin d’exister ou de ne pas exister, ils n’ont finalement aucun sens. Si j’ai choisi de les exprimer à travers cet album, c’est parce que j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment partagé cette facette de moi-même avec autant de sincérité auparavant.

Je me suis dit qu’en décomposant ces sentiments en différentes parties et en les exprimant un par un, je pourrais montrer plus clairement qui je suis vraiment et peut-être même apporter du réconfort à d’autres personnes. C’est pourquoi j’ai décidé de l’exprimer au travers de cet album.

dear. korea : Dans une autre interview, l’artiste à qui j’ai parlé m’a confié qu’il écrivait des chansons inspirées par les histoires d’autres personnes. D’après ce que tu m’as raconté aujourd’hui, il semble que ta musique s’inspire davantage de tes propres expériences. Ca t’arrive de composer des morceaux inspirés par les histoires d’autres personnes ?

Kris Main : Non, pas du tout. J’écris aussi beaucoup de chansons inspirées d’univers imaginaires que je crée dans mon esprit. Mais je pense que si l’on veut vraiment que sa musique touche les gens, ce sont les expériences authentiques, l’expression directe et, surtout, la sincérité qui comptent le plus. Et pour que cette sincérité transparaisse véritablement, j’ai l’impression que je dois écrire à partir de mes propres émotions et de mes expériences personnelles.

C’est sans doute pour cela que j’ai tendance à écrire plus souvent et de manière plus approfondie sur mes propres histoires.

dear. korea : Quand tu compares l’artiste que tu étais en 2021, à l’époque où tu as sorti « Dior Dream », et au Kris Main que tu es aujourd’hui, comment penses-tu avoir évolué ?

Kris Main : Quand j’ai reçu les questions de l’interview pour la première fois, j’avais déjà quelques réponses en tête. Mais au fil de notre conversation d’aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir eu l’occasion d’y réfléchir plus en profondeur.

Sur le plan musical, j’ai évidemment beaucoup évolué, mais plus encore, je pense avoir beaucoup mûri en tant que personne. Je suis toujours un peu fou et encore immature à certains égards, mais par rapport à ce que j’étais à l’époque, je fais beaucoup plus d’efforts pour aller vers les autres. Et pas seulement vers les autres : j’essaie aussi d’accepter et de comprendre des environnements, des cultures et des points de vue différents. Quand je me regarde aujourd’hui, je me rends compte que j’ai beaucoup mûri.

dear. korea : Une question récurrente que nous posons toujours aux artistes en guise de conclusion est de savoir s’ils connaissent des chansons françaises. Aimes-tu certaines chansons ou certains artistes français ?

Kris Main : J’adore DJ Snake. Une des principales raisons pour lesquelles j’ai commencé à faire de la musique est parce que j’ai grandi en écoutant de l’électro. En réalité, je ne me suis mis au rock que bien plus tard, j’étais un gros fan de musique électro. Alors que je produisais des sons pour beaucoup d’artistes K-pop, j’ai fini par faire des morceaux à influence reggaeton; et un des artistes qui a eu la plus grosse influence sur mon approche du reggaeton est DJ Snake. D’où le fait que je suis très fan de lui.

Nous remercions chaleureusement YAN (Instagram : @yannn.llun) d’avoir mené cette interview à nos côtés ainsi que pour son travail de traduction. 

Merci également à Kris Main d’avoir pris le temps de nous rencontrer.

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    Rédactrice en cheffe, créatrice de contenu et actuellement PVTiste en Corée du Sud ! Après avoir découvert la K-pop en 2016, c’est pour toute la culture coréenne que je me suis passionnée. Au travers de mes articles, je souhaite partager mes coups de cœurs et aventures avec les lecteurs de dear. korea.

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